Skáldskaparmál, 72

72. Hestaheiti.

Þessi eru hesta heiti talið í Þorgrímsþulu:

259.
Hrafn ok Sleipnir,
hestar ágætir,
Valr ok Léttfeti,
var þar Tjaldari,
Gulltoppr ok Goti,
getit heyrðak Sóta,
Mór ok Lungr með Mari.

260.
Vigg ok Stúfr
var með Skævaði.
Þegn knátti Blakkr bera,
Silfrtoppr ok Sinir,
svá heyrðak Fáks of getit,
Gullfaxi ok Jór með goðum.

261.
Blóðughófi hét hestr,
er bera kváðu
öflgan Atriða,
Gísl ok Falhófnir,
Glær ok Skeiðbrimir,
þar var ok Gyllis getit.

Þessir eru enn talðir í Kálfsvísu:

262.
Dagr reið Drösli,
en Dvalinn Móðni,
Hjalmr Háfeta,
en Haki Fáki,
reið bani Belja
Blóðughófa,
en Skævaði
skati Haddingja.

262.
Dagr reið Drǫsli
en Dvalinn Móðni,
Hǫð Hjálmþér
en Haki Fáki.
Reið bani Belja
Blóðughófa
en Skævaði
skati Haddingja.

263.
Vésteinn Vali,
en Vífill Stúfi,
Meinþjófr Mói,
en Morginn Vakri,
Áli Hrafni,
er til íss riðu,
en annarr austr
und Aðilsi
grár hvarfaði,
geiri undaðr.

264.
Björn reið Blakki,
en Bjárr Kerti,
Atli Glaumi,
en Aðils Slöngvi,
Högni Hölkvi,
en Haraldr Fölkvi,
Gunnarr Gota,
en Grana Sigurð.

Árvakr ok Alsviðr draga sólina, sem fyrr er ritat. Hrímfaxi eða Fjörsvartnir draga nóttina. Skinfaxi eða Glaðr fylgja deginum.


72. Les heiti des chevaux.

Ces heiti de chevaux sont énumérés dans la Þorgrímsþula :

259.
Hrafn1 (Corbeau) et Sleipnir2 (Glissant),
chevaux très-hautement-obtenus3,
Valr4 (Charognard) et Léttfeti5 (Pas-Léger),
là était aussi Tjaldari6 (ombroilleur),
Gulltoppr (Crinière-d’Or) et Goti,
j’ai entendu Soti (le charbonné) mentionné,
Mór7 (brun) et Lungr8 (poumon), avec Mari9 (jument).

260.
Vigg10 (le Coursier) et Stúfr11 (le Trapu)
étaient aux côtés de Skævaði12 (le Déhanché).
Blakkr13 (le Noirâtre) était capable de porter Þegn14 (un vassal),
Silfrtoppr15 (la Crinière-d’Argent) et Sinir16 (le Nerfé),
ainsi ai-je entendu parler de Fákr17 (‘Indompté),
Gullfaxi18 (la Chevelure-d’Or) et Jór19 (la Monture) parmi les goð.

261.
Blóðughófi20 (« Sabot sanglant ») était le nom d’un cheval,
que l’on chantait porter
le puissant21 Atriða22,
Gísl23 (Flèche) et Falhófnir24 (Sabot recourbé),
Glær25 (L’Éclatant) et Skeiðbrimir26 (Rugisseur de course),
là fut aussi fait mention de Gyllir27 (le doré).

Ceux-ci sont encore énumérés dans la Kálfsvísa :

262.
Dagr28 (le Jour) chevaucha [sur] Drösull (le Traîneur),
mais Dvalinn29 (l’Endormi) [sur] Móðnir (le courageux),
Hjalmr (le Casque) [sur] Háfeti30 (aux-longues-enjambées)
mais Haki31 [sur] Fáki (indomptée),
le meurtrier de Beli chevaucha
Blóðughófi (Sabot sanglant),
et [sur] Skævaði (le Déhanché)
le champion des Haddingjar.

262.
Dagr (le Jour) chevaucha [sur] Drösull (le Traîneur),
mais Dvalinn (l’Endormi) [sur] Móðnir (le courageux),
Hǫðr [sur] Hjálmþér32 (Serviteur-du-casque)
mais Haki [sur] Fáki (indomptée),
le meurtrier de Beli chevaucha
Blóðughófi (Sabot sanglant),
et [sur] Skævaði (le Déhanché)
le champion des Haddingjar.

263.
Vésteinn33 (Pierre-du-Temple) [sur] Vali34 (le Choisi),
et Vífill35 (Scarabée) [sur] Stúfr36 (Râblé),
Meinþjófr37 (Voleur-de-douleur) [sur] Mói38 (le Doux),
mais Morginn39 (le matin) [sur] Vakri40 (le Tournoyant),
Áli41 [sur] Hrafn (le Corbeau),
qui vers la glace chevauchèrent,
et un autre [chancela] vers l’est
sous Aðils42
le gris s’éloigna
blessé par la lance.

264.
Björn (l’Ours) chevaucha [sur] Blakkr43 (le Grisâtre),
mais Bjárr44 (l’Éclatant) [sur] Kerti45 (la Chandelle),
Atli46 [sur] Glaumi47 (le Rieur),
mais Aðils48 [sur] Slöngvi49 (le Serpentant),
Högni50 [sur] Hölkvi51 (le boiteux),
mais Haraldr52 [sur] Fölkvi53 (le Pâlichon),
Gunnarr54 [sur] Goti55 (le Goth / le Jaillissant),
et [sur] Grani56 (le Crinièreux)[,] Sigurð57.

Árvakr58 (Matinal) et Alsviðr59 (Très rapide) tirent le soleil, comme il a été écrit précédemment. Hrímfaxi60 (Crinière de givre) ou Fjörsvartnir61 (Noir-de-vie, obscurcisseur-de-poitrine) tirent la nuit. Skinfaxi62 (Crinière brillante) ou Glaðr63 (le Joyeux) accompagnent le jour.


These are the names of horses enumerated in the Rhymes of Thorgrímr:[5]

Hrafn[6] and Sleipnir,
The famous horses;
Valr[7] and Léttfeti;
Tjaldari[8] a was there too;
Gulltopr and Goti;[9]
I heard Sóti[10] told of;
Mór[11] and Lungr[12] with Marr.[13]

  1. For meanings not given in footnotes, see Gylfag., ch. xv, and Skálds., ch. xvii.
  2. Raven. 7. Hawk. 8. Racer? (Cl.-Vig, p. 635). 9. ? 10. Soot-Colored.
  3. Dark-Gray. 12. ? 13. a Steed.
    Vigg[1] and Stúfr[2]
    Were with Skævadr;[3]
    Blakkr[4] could well bear Thegn;
    Silfrtoppr and Sinir;[5]
    I heard Fákr[6] spoke of;
    Gullfaxi and Jór[7] with the Gods were.

Blódughófi[8] hight a horse
That they said beareth
The strength-eminent Atridi;
Gísl[9] and Falhófnir;[10]
Glær[11] and Skeidbrimir;[12]
Mention, too, was made of Gyllir.[13]

These also are recorded in Kálfsvísa:

Dagr rode Drösull,[14]
And Dvalinn rode Módnir;[15]
Hjálmthér, Háfeti;[16]
Haki rode Fákr;
The Slayer of Beli
Rode Blódughófi,
And Skævadr was ridden
By the Ruler of Haddings.

Vésteinn rode Valr,
And Vifill rode Stúfr;
Meinthjófr rode Mór,

  1. Carrier. 2. Stump. 3. Hoof-Tosser. 4. Black. 5. Sinewy. 6. Jade.
  2. Horse, Steed. 8. Bloody-Hoof. 9. Hostage. 10. Hollow-Hoof.
  3. Shining. 12. Swift-Runner. 13. Golden. 14. Roamer. 15. Spirited.
  4. High-Heels.
    And Morginn on Vakr;[1]
    Áli rode Hrafn,
    They who rode onto the ice:
    But another, southward,
    Under Adils,
    A gray one, wandered,
    Wounded with the spear.

Björn rode Blakkr,
And Bjárr rode Kertr;[2]
Atli rode Glaumr,[3]
And Adils on Slöngvir;[4]
Högni on Hölvir,[5]
And Haraldr on Fölkvir;[6]
Gunnarr rode Goti,[7]
And Sigurdr, Grani.[8]

Arvakr[9] and Alsvidr[10] draw the Sun, as is written before; Hrímfaxi[11] or Fjörsvartnir[12] draw the Night; Skinfaxi[13] and Gladr[14] are the Day’s horses.

  1. Watchful, Nimble, Ambling, or perhaps Hawk.
  2. Related to Kerti = a candle? 3. Tumult. 4. Slinger.
  3. Horse; etymology? 6. ? 7. Goth. 8. Shining-Lip? (Jónsson).
  4. Early-Wake. 10. All-Swift. 11. Frosty-Mane. 12. Swart-Life.
  5. Shining-Mane. 14. Bright, or Glad. 15. Red.

——————————–

Voici les noms des chevaux énumérés dans les Rimes de Þorgrímr :[5]

Hrafn[6] et Sleipnir,
Les fameux chevaux ;
Valr[7] et Léttfeti ;
Tjaldari[8] était là aussi ;
Gulltoppr et Goti[9] ;
J’entendis parler de Sóti[10] ;
Mór[11] et Lungr[12] avec Marr[13].

[5] Pour les significations non indiquées dans les notes, voir Gylfaginning, ch. XV, et Skáldskaparmál, ch. XVII.
6. Corbeau.
7. Faucon.
8. Coureur ? (Cl.-Vig., p. 635).
9. ?
10. De couleur suie.
11. Gris sombre.
12. ?
13. Un destrier.

Vigg[1] et Stúfr[2]
Étaient avec Skævaðr[3] ;
Blakkr[4] pouvait bien porter Þegn ;
Silfrtoppr et Sinir[5] ;
J’entendis parler de Fákr[6] ;
Gullfaxi et Jór[7] étaient avec les dieux.

Blóðughófi[8] s’appelait un cheval
Que l’on disait porter
Le très-puissant Atriði ;
Gísl[9] et Falhófnir[10] ;
Glær[11] et Skeiðbrimir[12] ;
On mentionna aussi Gyllir[13].

Ceux-ci sont également rapportés dans la Kálfsvísa :

Dagr chevauchait Drǫsull[14],
Et Dvalinn montait Móðnir[15] ;
Hjálmþér, Háfeti[16] ;
Haki montait Fákr ;
Le tueur de Beli
Montait Blóðughófi,
Et Skævaðr était monté
Par le souverain des Haddingjar.

Vésteinn montait Valr,
Et Vífill montait Stúfr ;
Meinþjófr montait Mór,
Et Morginn, Vakr[1] ;
Áli montait Hrafn,
Eux qui chevauchèrent sur la glace ;
Mais un autre, vers le sud,
Sous Aðils,
Un gris errait,
Blessé par la lance.

Bjǫrn montait Blakkr,
Et Bíarr montait Kǫrtr[2] ;
Atli montait Glaumr[3],
Et Aðils, Slǫngvir[4] ;
Hǫgni, Hǫlkvir[5],
Et Haraldr, Fǫlkvir[6] ;
Gunnarr montait Goti[7],
Et Sigurðr, Grani[8].

Árvakr[9] et Alsviðr[10] tirent le Soleil, comme cela a été dit plus tôt ;
Hrímfaxi[11] ou Fjǫrsvartnir[12] tirent la Nuit ;
Skinfaxi[13] et Gladr[14] sont les chevaux du Jour.

1. Porteur.
2. Tronçon, Trapu.
3. Lanceur de sabot.
4. Noir.
5. Nerveux / Musclé.
6. Jument (ou: Cheval fougueux).
7. Goth.
8. Sabot Sanglant.
9. Otage.
10. Sabots Creux.
11. Brillant.
12. Coureur agile.
13. Doré.
14. Vagabond.
15. Fougueux, Ardant.
16. Haut-Talons.

1. Vigilant, Alerte, Ambleur (ou peut-être « Faucon »).
2. Peut-être relié à Kerti = chandelle ?
3. Tumulte.
4. Lanceur, Tireur.
5. Cheval ; étymologie incertaine.
6. ?
7. Goth.
8. Lèvre brillante ? (cf. Finnur Jónsson).
9. Réveil-matin.
10. Tout-Rapide.
11. Crinière Gelée.
12. Vie Sombre.
13. Crinière Brillante.
14. Lumineux, ou Joyeux.
15. Rouge.


Hrafn : corbeau
Sleipnir : le Glissant
Valr : le Charognard
Léttfeti : Pas-léger
Tjaldari : le Tenteur / Voileur
Gulltoppr : Crinière d’or
Goti : le Goth / le Fougueux
Soti : le Charbonné
Mór : le Brun
Lungr : Poumon
Mari : la Jument
Vigg : le Coursier
Stúfr : le Trapu
Skævaði : le Déhanché
Blakkr : le Grisâtre
Þegn : le Vassal
Silfrtoppr : Crinière d’Argent
Sinir : le Nerveux
Fákr : l’Indompté / le Sauvage
Gullfaxi : Crinière-d’Or
Jór : la Monture
Blóðughófi : Sabot Sanglant
Atriða : le Cavalier assaillant
Gísl : la Flèche / l’Otage
Falhófnir : Sabots recourbés / Sabots cachés
Glær : l’Éclatant
Skeiðbrimir : Rugisseur de course
Gyllir : le Doré
Dagr : le Jour
Drösull : le Traîneur
Dvalinn : l’Endormi / le Retardataire
Móðnir : le Courageux
Hjalmr : le Casque
Háfeti : Longs-pas / à la longue foulée
Hjálmþér : Serviteur du casque
Haki : le Crochu / nom de guerrier
Fáki : l’Indompté
Skævaði
Vésteinn : Pierre du sanctuaire
Vali : le Choisi / le Justicier (cf. Váli, fils d’Óðinn)
Vífill : le Scarabée / le Vagabond
Stúfr
Meinþjófr : Voleur de douleur
Mói : le Doux
Morginn : le Matin
Vakri : le Veilleur / l’Éveillé
Áli : le Noble / Ancêtre héroïque
Hrafn
Aðils : le Noble / le Juste
Björn : l’Ours
Blakkr :
Bjárr : l’Éclatant
Kerti : la Chandelle
Atli : le Père / le Chef
Glaumi : le Rieur
Slöngvi : le Serpentant / le Lanceur
Hölkvi : le Boiteux
Fölkvi : le Pâlichon
Grani : le Crinièreux
Árvakr : Éveillé tôt / le Matinal
Alsviðr : le Très-Rapide
Hrímfaxi : Crinière-de-Givre
Fjörsvartnir : le Noircisseur de vie
Skinfaxi : Crinière-de-Lumière
Glaðr : le Radieux

  1. *krabhnós / kʷr̥p-no- → kʷerp- (« attraper, saisir ») ↩︎
  2. Vieux norrois sleipr = « glissant », « glissant facilement », « fluide »
    Adjectif : sleipr (glissant)
    Le suffixe -nir est fréquent pour les noms masculins mythologiques
    Racine proto-germanique : slipjaną (« glisser »), IE : sleubh- (« glisser, couler ») ↩︎
  3. Vieux norrois ágætr = excellent, remarquable
    préfixe á- = intensif (très, hautement)
    -gætr < geta = « obtenir, recevoir » → litt. « hautement obtenu » → « digne », « éminent »
    Racine germanique commune avec gotique agaths, vieil anglais gōd ↩︎
  4. valr (m.) = faucon, apparenté au gotique walus, vieil anglais wear, germ. commun walaz
    Racine possible avec le vieux norrois val- (« ceux qui tombent au combat ») :
    cf. valkyrja (« choisisseuse des morts »)
    valr = « cadavres sur le champ de bataille »
    Indo-européen : racine wel- (« choisir », « mourir ») ↩︎
  5. Léttfeti : Littéralement « celui qui marche légèrement » (light-pacer), dérivé de l’adjectif létt (« léger ») et d’un nom d’agent formé à partir du verbe fort feta (« marcher, faire un pas ») ou du nom fet (« pas, foulée »). C’est l’un des chevaux appartenant aux Æsir (mentionné dans la Gylfaginning, Edda de Snorri 2005, chapitre 15 ; et dans le Grímnismál 30, vers 5). Comme les autres noms de chevaux cités dans cette strophe, il est également attesté dans le Þula des chevaux (Þul Hesta, strophe 2, vers 1). Il n’est pas utilisé dans les kenningar scaldiques, mais apparaît dans les rímur (poèmes rimés islandais tardifs) comme un heiti (terme poétique) désignant un cheval en général (cf. Finnur Jónsson, 1926–1928 : léttfeti). ↩︎
  6. « Celui qui tend une tente », « le monteur de tente », « le couvreur », ou « celui qui abrite » ↩︎
  7. Mór « Brume » ou « cheval brun » ↩︎
  8. Lungr « Poumon » ou dérivé signifiant « vitalité » Peut suggérer la force ou l’endurance. ↩︎
  9. Ou Marr?
    Marr
    « Mer » ou par extension « cheval » (dans les kenningar)
    Marr est fréquemment utilisé pour les chevaux dans les kenningar (métaphores poétiques), par analogie entre la mer et la course du cheval. ↩︎
  10. vieux norrois : vigg = « cheval de guerre », « monture »
    apparenté au :
    vieil anglais wīg (« guerre », cf. wīg-hengest = destrier)
    vieux haut allemand wīg = combat
    du proto-germanique wīgą (« guerre, combat »)
    racine indo-européenne : weik- / weyg- → « combattre, résister » ↩︎
  11. Stúfr signifie littéralement « morceau », « petit », « raccourci », souvent utilisé pour désigner quelque chose de compact ou tronqué
    Vieux norrois stúfr = « tronçon », « morceau coupé », « bout »
    Du proto-germanique stubaz = ce qui est écourté, stump, cf. angl. stump, all. Stumpf
    Utilisé dans les noms propres humains également :
    cf. Stúfr inn munnlausi (scalde islandais du 11e s., dit « le muet ») ↩︎
  12. Skævaði : « Le Déhanché » ou « Le Boiteux »
    Lien avec skæva ou skæfa :
    verbe rare possible : « boiter », « se déplacer en biais »
    ou « grincer », « frotter avec bruit » (cf. skafa = racler)
    Formation analogique sur des verbes de mouvement imparfait
    → comme hikka, stika, haltra (boiter, trébucher, marcher anormalement)
    Suffixe verbal -aði → peut indiquer une action passée ou un état
    Skævaði : « celui qui a boité », « le déhanché » ↩︎
  13. Vieux norrois : blakkr = cheval brun-noir, robe foncée
    Du proto-germanique blakkaz = brillant noir, luisant sombre
    Lié à l’anglais archaïque blac = sombre / bruni ↩︎
  14. Vieux norrois : þegn = homme libre, guerrier, vassal
    Proto-germanique : þegnaz = « serviteur », mais au sens noble
    Indo-européen : racine tek- → « engendrer, mettre au service »
    → Ce mot désigne un homme d’aristocratie militaire, souvent fidèle à un jarl ou un roi, doté d’un honneur personnel ↩︎
  15. nom composé : silfr (argent) + toppr (crête, sommet)
    silfr
    Vieux norrois : « argent », du proto-germanique silubra- → apparenté au latin argentum (via IE arg- = briller)
    toppr
    Vieux norrois : « sommet », « crête », « toupet », du proto-germ. tuppaz ; cf. angl. top, all. Zopf (tresse) ↩︎
  16. Vieux norrois sini (plur. sinir) = « nerf », « tendon »
    Proto-germanique seniz, IE sneh₁- = attacher, tendre, lier
    Cognats : anglais sinew, allemand Sehne = tendon ↩︎
  17. Vieux norrois Fákr : un heiti poétique pour cheval, souvent utilisé dans les listes
    Lié à fákunnigr = « inconnu », mais aussi « indompté »
    Probablement de racine germanique fah-, fahhan = attraper, dominer
    → Fákr peut signifier le cheval sauvage, l’indompté, l’étranger ↩︎
  18. gull
    or
    Vieux norrois ; du proto-germanique gulþą, IE ghel- (briller, jaune)
    faxi
    crinière
    De fax = crinière, toupet, chevelure (de cheval) ↩︎
  19. Vieux norrois jór = cheval
    Du proto-germanique ehwaz via un détour poétique (poeticism germanique)
    IE : éḱwos → racine universelle pour « cheval » (cf. sanskrit aśva, latin equus, gallois epos)
    Dans la poésie scaldique, jór est un heiti classique pour cheval, employé pour sa valeur sonore et poétique. ↩︎
  20. Blóðughófi = blóðugr (ensanglanté) + hófi (sabot)
    → Sabot-ensanglanté ou Sabot sanglant
    Blóðughófi ; Atriða, Atriði :
    Blóðughófi (littéralement « celui aux sabots sanglants ») est également mentionné dans Anonyme Kálfv 1/6 et sous la forme Blóðhófr dans le Þula des chevaux (Þul Hesta 4/5).
    Il n’est pas clair qui est le propriétaire de ce cheval. Dans Kálfv 1/5, il est dit que celui qui monte Blóðughófi est bani Belja, « le meurtrier de Beli » [géant] — c’est-à-dire Freyr.
    Cependant, ici, c’est Atriði qui est mentionné, et ce nom est possiblement une variante de Atríðr, un nom attribué à Óðinn (cf. Grímnismál 48/4 et la note au Þul Óðins 1/3).

    Kálfsvísa
    Dagr reið Drǫsli,
    en Dvalinn Móðni,
    Hjalmr Háfeta,
    en Haki Fáki,
    reið bani Belja
    Blóðughófa,
    en Skævaði
    skati Haddingja.

    Dagr chevauchait Drǫsli,
    et Dvalinn, Móðni,
    Hjalmr, Háfeti,
    et Haki, Fáki ;
    le tueur de Beli
    chevauchait Blóðughófi,
    et le prince des Haddingjar,
    Skævaðr.
    ↩︎
  21. Vieux norrois öflugr ← afl = force, puissance, énergie
    afl du proto-germ. aflaną (« atteindre, gagner »), apparenté à abla- (renforcer)
    Suffixe -ugr : intensif, adjectival, « pourvu de »
    → öflgan = celui qui possède force et puissance ↩︎
  22. celui qui chevauche au combat
    Atriðr = composé de :
    at = préfixe directionnel (« vers, contre »)
    ríða = chevaucher (verbe fort, « aller à cheval »)
    → Atriðr = celui qui chevauche vers [l’ennemi], celui qui mène une charge montée, ou le guerrier à cheval qui attaque ↩︎
  23. « projectile », « flèche »
    Gísl (lancer / otage / flèche)
    Vieux norrois gísl : deux acceptions principales :
    otage, garant humain (sens juridique / diplomatique)
    flèche, javelot, trait lancé (sens poétique attesté dans la poésie scaldique)
    Proto-germanique : gīslaz (« otage »), apparenté au gotique gails, vieil anglais gīsel
    Origine IE incertaine ; possiblement lié à ghais- = javelot (cf. gaesum latinisé dans gaesum, lance celtique) ↩︎
  24. Falhófnir = nom propre composé :
    fal- : caché, replié, ou peut-être falr = pli
    hófnir : du vieux norrois hófr = sabot
    → « Sabot-plié » / « à sabot recourbé »
    fal- : racine ambiguë
    falr = caché, couvert
    fella = replier, plier
    fald = pli de vêtement → idée de voilement, mystère
    hófr = sabot (cognat de l’anglais hoof, allemand Huf) ↩︎
  25. brillant, transparent, éclatant
    De glær = « verre clair », « pierre transparente » ↩︎
  26. Skeiðbrimir = nom composé :
    skeið = course, course rapide
    brimir = rugissant, bruyant
    → Le rugissant de la course, ou fougueux coureur
    skeið :
    signale ici une vitesse extrême, associée aux chevaux de course
    peut aussi désigner un parcours rectiligne, une voie tracée
    brimir :
    adjectif ou nom propre ?
    Adj. : celui qui rugit, fait du bruit (cf. brími : feu / grondement)
    Nom propre : Brimir, autre nom d’Ymir (le géant primordial), ou d’une épée mythique dans Völuspá
    Poétiquement, brimir évoque puissance primitive, tonnerre, voire combat sacré ↩︎
  27. Gyllir dérive de gull = or → « le doré », « brillant » ↩︎
  28. Vieux norrois : Dagr
    Proto-germanique : dagaz
    IE : dʰegʷh- = « brûler, briller » ↩︎
  29. De dvelja = « demeurer, rester », dvali = « torpeur, sommeil »
    Dvalinn = « l’Endormi » ou « celui qui reste » ↩︎
  30. Háfeti : composé de hár (haut) + feti (pas, pied)
    → « aux longues enjambées », « à la démarche haute »
    Composé de :
    hár = haut, élevé
    feti = pas, enjambée (de feta = marcher)
    Signifie :
    « à l’enjambée haute »
    « au pas allongé »
    « le marcheur altier », voire « le grand foulée » ↩︎

  31. Haki, roi légendaire (Ynglingatal) ↩︎
  32. Hjálmþér = hjálmr (casque) + þér (serviteur) ?
    → pourrait signifier : « Serviteur du casque », ou « Casqué loyal » ↩︎
  33. Vésteinn :
    Il pourrait s’agir de Wēohstān, le père de Wīglāf dans Beowulf
    vé
    vieux norrois : vé
    sanctuaire, lieu sacré, temple païen
    steinn
    vieux norrois : steinn
    pierre, rocher ↩︎
  34. Ou Valr, charognard, corbeau, mais aussi guerrier tué au combat, ↩︎
  35. vifill = scarabée / insecte noir (poétique, humble ou rusé) ↩︎
  36. Du vieux norrois stúfr, signifiant :
    tronc coupé, bout, moignon
    dérivé de stúta → « être court », « être rabougri » ↩︎
  37. Meinþjófr = mein (malheur, blessure) + þjófr (voleur) → « Voleur de douleur » ou « Voleur néfaste »
    → mein + þjófr
    Élément
    Origine
    Sens possible
    mein
    v.n. mein
    mal, dommage, fléau, blessure, douleur, maléfice
    þjófr
    v.n. þjófr
    voleur, brigand ↩︎
  38. Mói
    nom propre (hipponyme), ou dérivé de mór, mjúkr, móðr
    doux, pâle, jeune, brun, moelleux, brumeux ↩︎
  39. Morginn : « le matin » — peut symboliser le renouveau, le commencement ↩︎
  40. Vakri : de vakra, vaka → « l’Éveillé », ou peut-être « le Tournoyant » (si lié à vakr = enroulé)
    1. De vaka (veiller, rester éveillé) :
    vakri = « le Veilleur », « l’Éveillé »
    Cheval rapide, toujours prêt, vif
    2. De vakr (enroulé, sinueux, mouvant) :
    vakri = « le Tournoyant », « celui qui serpente »
    Pourrait désigner un cheval nerveux, énergique, agile ↩︎
  41. Áli le Fort? ↩︎
  42. Aðilsi (Aðils) : Le roi suédois Aðils d’Upsalir (Uppsala) ↩︎
  43. Blakki
    Cas : datif singulier du nom Blakkr
    Racine : blakkr → vieil adjectif nordique signifiant :
    gris clair, gris-jaunâtre
    couleur de robe de cheval souvent utilisée pour nommer une monture
    Évolution linguistique :
    Cf. vieil anglais blæc (« noir pâle » / gris sale)
    Apparenté au mot islandais moderne bleikur (rosé pâle / blond-gris)
    En poésie, utilisé comme heiti (terme poétique) pour un cheval
    ✨ Sens possibles pour Blakki :
    Le Grisâtre
    Le Pâle
    Le Clair
    Le Cendré ↩︎
  44. 1.
    bjár (non attesté directement, dérivé hypothétique)
    lumière, éclat
    2.
    apparenté à bjart-r (adj.)
    clair, brillant, lumineux
    Petit Ours? ↩︎
  45. kert(i)
    vieux norrois kert(i)
    chandelle, flamme, torche
    Kerti
    datif singulier
    « à la chandelle » → la monture chevauchée ↩︎
  46. Atli = forme norroise de Attila, roi des Huns
    Atli = « le Petit Père » ou Seigneur (par extension) ↩︎
  47. glaumr
    vieux norrois
    éclat de rire, liesse, tumulte joyeux
    Glaumi
    datif sg. masc.
    « à Glaumr » → la monture nommée « Joie » ou « Rieur » ↩︎
  48. Aðils (ou Eadgils en vieil anglais) : roi mythique des Suédois (Svíar), dynastie des Ynglingar
    aþalaz = noble, de haute naissance ↩︎
  49. slöngva (verbe)
    v.n.
    jeter, lancer, faire tournoyer
    slangr / slöng
    adj. ou subst. apparenté
    serpentant, sinueux, torsadé ↩︎
  50. Hǫgni Gjúkason est un héros de la Völsunga saga, frère de Gunnarr et compagnon de Sigurðr, impliqué dans la tragédie de Brynhildr et Gudrún.
    Dérivé du proto-germanique hugjanaz
    de hug- → esprit, pensée, cœur
    hǫggr (coup) parfois aussi proposé comme origine secondaire ↩︎
  51. hǫlkr / hǫlkvir
    (non attesté clairement)
    corpulent, massif, peut-être lent
    halkr
    claudicant, boiteux (cf. islandais haltur)
    bancal, irrégulier
    hölkr
    forme archaïque du mot pour « homme de guerre » ou « lourdaud »
    guerrier maladroit / homme massif ↩︎
  52. harja-
    proto-germanique
    armée, guerrier
    -waldaʀ
    proto-germanique
    dirigeant, chef ↩︎
  53. fölr (adj.)
    pâle, jaunâtre, fauve (couleur de robe équine)
    ➡️ Fölkvi = Le Pâlichon, le Fauve clair
    föl-
    de fölr
    pâle, clair
    -kvi
    suffixe rare, possiblement poétique, ou de kviðr (chant, récit)
    tonalité, voix, chant
    ➡️ Fölkvi = « Le chant pâle », ou « le pâle au galop chantant » ↩︎
  54. gunn-
    guerre, bataille
    (cf. gunnr, déesse de la guerre, valkyrie)
    -arr
    guerrier, combattant
    suffixe masculin agentif ↩︎
  55. Goti = Goth (en tant que nom de cheval, évoquant noblesse, antique force)
    gota / goti
    jet de liquide (sang, eau, etc.), fluide rapide ↩︎
  56. grani
    vieux norrois
    barbe, crinière ↩︎
  57. sig-
    victoire
    cf. sigr (victoire)
    -urðr / -varðr
    gardien, protecteur (cf. vǫrðr) ↩︎
  58. De ár- (« tôt », « matinal ») + vakr (« éveillé », « vigilant »)
    Signifie littéralement : « éveillé tôt », « matinal »
    Connotation : celui qui se lève tôt / rapide à l’aube ↩︎
  59. De al- (intensif : « très », « complètement ») + sviðr (« rapide », « prompt »)
    Signifie : « très rapide », « le plus prompt »
    Connotation : cheval de l’ardeur solaire, feu zénithal ↩︎
  60. Composé de hrím (« givre », « gel », « frimas ») + faxi (« crinière »)
    Sens littéral : « Crinière de givre »
    Il s’agit du cheval de Nótt (la Nuit) dans la Gylfaginning (Snorra Edda), attelé à son char
    Il dépose la rosée du matin sur la terre avec sa crinière glacée ↩︎
  61. Composé possible : fjör- (« vie » ou « vitalité ») + svartnir (« noirci », de svǫrtungr, ou forme poétique de svartur = noir)

    Fákr, Léttfeti, Fjǫrsvartnir, Valr,
    le butin, Falhófnir,
    le las de la course, et Lungr,
    Vakr, le brillant de guerre,
    le vent, Tjaldari,
    la rafale, le large,
    le destrier, et le goutteur de chemin.

    Fjǫrsvartnir : Littéralement « obscurcisseur de vie » (m.).
    Il s’agit de l’un des chevaux mythiques qui tirent la Nuit.
    Selon le Skáldskaparmál (Edda de Snorri, édition 1998, I, p. 90),
    Hrímfaxi eða Fjǫrsvartnir draga nóttina
    « Hrímfaxi ou Fjǫrsvartnir tirent la nuit ».
    Voir aussi les strophes 1/1, 3/3, 4 et 4/8, ainsi que les notes correspondantes.
    Le second élément du composé (-svartnir) est un nom d’agent formé à partir du verbe faible sortna (« obscurcir »), cf. le norvégien moderne svartne, suédois moderne svartna, « s’assombrir, devenir noir ».
    Le chercheur Kock (Notae Norrœnæ, §2157D) propose que le premier élément du composé (fjǫr-) signifie non pas « vie », mais « poitrine », et que le nom devrait plutôt être interprété comme « à la poitrine sombre » ou « obscurcisseur de poitrine ».
    Cette interprétation, fondée sur Grípisspá 17/8, reste cependant incertaine.
    Le heiti (terme poétique) n’apparaît pas ailleurs dans la poésie scaldique.


    ↩︎
  62. Composé de skin- (de skína, « briller », « luire ») + faxi (« crinière »)
    Littéralement : « Crinière brillante », ou « Crins étincelants »
    Il est le cheval de Dagr (le Jour) dans la Gylfaginning de Snorri
    Sa crinière éclaire ciel et terre pendant sa course ↩︎
  63. Vieux norrois : glaðr = « joyeux », « éclatant », « lumineux »
    Racine partagée avec glóir, glóa (luire), gleyma (briller faiblement)
    Dans plusieurs þulur, Glaðr est un heiti de cheval (souvent solaire ou héroïque) ↩︎

Note

La flexibilité et les niveaux de sens dans la tradition textuelle :

Dans les traditions anciennes et mystiques, les textes sont souvent caractérisés par une flexibilité qui permet aux scribes de suggérer différents niveaux de contenu au-delà de l’évidence.

• Le texte comme non-fixe : Le fait que les noms soient interchangeables (comme dans votre exemple) illustre que le texte n’est pas aussi figé que les traductions modernes pourraient le laisser croire, ce qui permet l’implication de plusieurs niveaux de contenu

L’interchangeabilité vient souvent du fait que ces noms sont des symboles ou des épithètes désignant une essence ou une fonction qui peut être exprimée de multiples façons


Commentaire

L’analyse de Blóðughófi (« Sabot sanglant »), le cheval monté par Frey, le meurtrier de Beli, en utilisant la méthode Otswal, révèle les couches de sens qui lient la souveraineté de Frey à la nécessité du conflit et du sacrifice.

L’Otswal (qui signifie « Autorité Divine ») est un outil herméneutique qui décline le sens en trois niveaux : Othilia (littéral), Sunniva (allusif) et Alfhilde (caché/mystique/magique).

NiveauInterprétation pour Blóðughófi (« Sabot Sanglant »)
1. Othilia (Sens Littéral)Le cheval du guerrier qui combat. Blóðughófi est littéralement le « Sabot sanglant » qui porte « le meurtrier de Beli ». L’identité du cavalier, Frey, est confirmée par son acte de tuer Beli, un acte de violence nécessaire pour rétablir l’ordre ou pour obtenir la main de Gerd. Le cheval est mentionné parmi d’autres montures des Æsir lors des chevauchées divines.
2. Sunniva (Sens Allusif et Symbolique)Le prix de la prospérité. Frey est le dieu de la paix (Friðr) et de la récolte (Ár). Le fait que son cheval ait les sabots couverts de sang symbolise que la paix et l’abondance ne sont pas gratuites; elles sont gagnées et maintenues par la violence et le sacrifice. La monture de Frey (associé au signe de l’opulence et de la douceur de vivre) se doit de porter la marque du combat, illustrant que le royaume terrestre (Midgard) est un lieu de constante confrontation où l’eudémonisme (la recherche du bonheur) est chèrement acquis.
3. Alfhilde (Sens Caché, Magique et Mystique)La nécessité de l’action et le triomphe sur la bassesse.
Iss (Exégèse)La transmutation de la matière par la volonté. Le nom du cheval, combinant mouvement (hófi/sabot) et violence (blóðugr/sang), enseigne que l’accomplissement du destin (Thélème) exige de s’engager pleinement dans l’action, même si elle est violente. Le sabot sanglant est l’équivalent du sang du guerrier qui va au Valhalla et dont le sang écrit des runes dans le ciel. C’est une condition pour la survie et la régénération (le salut croît avec le danger).
Hyrr (Magique)Le véhicule de l’ascèse et de la victoire. Le cheval est un symbole runique important (Ehwaz) et peut symboliser le véhicule (le corps, l’énergie, le mouvement) qui mène au Divin. Le sang sur le sabot symbolise que, pour l’initié, le chemin vers l’élévation spirituelle n’est pas « propre » ou facile, mais implique de traverser les épreuves (comme Frey combattant les Jötnar ou les forces du mal). Le sabot ensanglanté est la marque que le cavalier, par son audace, a accepté le combat dans le monde matériel et a payé le prix pour que son projet (son Thélème) puisse se manifester. Le sang (sacrifice) est ici l’agent magique qui purifie l’action et garantit la victoire.

Synthèse du Sens Caché

Blóðughófi, le « Sabot Sanglant », incarne le paradoxe que le dieu de l’abondance et du plaisir (Frey) doit faire face à la réalité brutale du monde. Le sang sur le sabot est le témoignage visible que l’eudémonisme wotanique — le bonheur sur terre — n’est possible que par une confrontation constante et efficace avec les forces de la décadence et du chaos (les Jötnar/Skrealingar). Ce n’est qu’en acceptant de se « salir » (le sang) par la nécessité de la bataille, que le dieu peut maintenir l’ordre et la fertilité (Ár ok Friðr). C’est un rappel constant que l’action magique (la transmutation du plomb en or) s’opère dans la violence des polarités et que « tout le malheur de l’homme vient de ce qu’il lui est possible d’outrepasser ses forces ». La fureur du cheval est donc l’expression de la volonté du Jarl qui, bien que noble, doit s’abaisser au combat pour préserver sa nature et sa lignée.

Analogie :

Le Sabot Sanglant est comme la main d’un jardinier qui, pour cultiver des roses magnifiques et assurer une récolte abondante (Frey), doit accepter de porter les marques et les blessures du travail acharné et de l’arrachage impitoyable des mauvaises herbes (sang et rigueur). Le sang sur le sabot est la preuve que la victoire a été acquise sur le terrain physique, légitimant ainsi la paix qui en découle.

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