Skáldskaparmál, 56

56. Enn frá gullskenningum.

Í Bjarkarmálum inum fornum eru tölð mörg gullsheiti. Svá segir þar:

126.
Gramr inn gjöflasti
gæddi hirð sína
Fenju forverki,
Fáfnis Miðgarði,
Glasis glóbarri,
Grana fagrbyrði,
Draupnis dýrsveita,
dúni Grafvitnis.

127.
Ýtti örr hilmir,
aldir við tóku,
Sifjar svarðfestum,
svelli dalnauðar,
tregum otrsgjöldum,
tárum Mardallar,
eldi Órunar,
Iðja glysmálum.

128.
Gladdi gunnveitir,
gengum fagrbúnir,
Þjaza þingskilum
þjóðir hermargar,
Rínar rauðmalmi,
rógi Niflunga,
vísi inn vígdjarfi.
Varði hann Baldr þeygi.

Gull er kallat í kenningum eldr handar eða liðs eða leggjar, því at þat er rautt, en silfr snær eða svell eða héla, því at þat er hvítt. Með sama hætti skal ok kenna gull eða silfr til sjóðs eða diguls eða lauðar, en hvárttveggja silfr ok gull má vera grjót handar eða hálsgjörð nökkurs þess manns, er títt var at hafa men. Men ok hringar eru bæði silfr ok gull, ef eigi er annan veg greint. Sem kvað Þorleikr fagri:

129.
Kastar gramr á glæstar
gegn valstöðvar þegnum,
ungr vísi gefr eisu
armleggs, digulfarmi.

Ok sem kvað Einarr skálaglamm:

130.
Liðbröndum kná Lundar
landfrækn jöfurr granda.
Hykka ek ræsis rekka
Rínar grjót of þrjóta.

Svá kvað Einarr Skúlason:

131.
Blóðeisu liggr bæði
bjargs tveim megin geima
sjóðs, á ek sökkva stríði,
snær ok eldr, at mæra.

Ok enn sem hann kvað:

132.
Dægr þrymr hvert, en hjarta
hlýrskildir ræðr mildu
Heita blakks, of hvítum
hafleygr digulskafli.
Aldri má fyr eldi
áls hrynbrautar skála,
öll viðr folka fellir
framræði snæ bræða.

Hér er gull kallat eldr áls hrynbrautar, en silfr snær skálanna. Svá kvað Þórðr Mæraskáld:

133.
Sér á seima rýri,
sigðis látrs at átti,
hrauns glaðsendir handa,
Hermóðr föður góðan.


56. Encore à propos des kenningar de l’or.

Dans les anciens Bjarkamál, sont énumérés de nombreux noms de l’or. Ainsi cela est-il dit :

126.
Le seigneur1 le plus généreux
a enrichi sa garde
du labeur de Fenja,
de celui de Fáfnir à Miðgarð,
des aiguilles2 brillantes de Glasir,
du précieux fardeau de Grani,
de la sueur précieuse de Draupnir,
du duvet de Grafvitnir.

127.
Le seigneur hardi appela,
les hommes répondirent,
aux liens des serments3 de Sif,
à la glace de la vallée tendue4,
avec les douloureuses compensations d’Otter,
par les larmes de Mardöll,
par le feu d’Órun,
dans les paroles brillantes d’Iðja.

128.
Le dispensateur de bataille se réjouit,
de ceux qui avançaient magnifiquement équipés,
des réparations du Thing de Þjazi
des nations aux armées innombrables,
du métal rouge du Rhin,
du conflit des Niflungar,
lui le guide hardi des combats.
Ne protégea point Baldr pour autant.

L’or est appelé dans les kenningar le feu de la main, ou du membre, ou de l’os, parce qu’il est rouge ; mais l’argent (est appelé) neige, glace ou givre, parce qu’il est blanc. De la même manière, il faut aussi désigner l’or ou l’argent en tant que trésor5, cachette6 ou chargement7. mais l’un et l’autre, argent et or, peuvent être appelés pierre de la main, ou collier de quelque homme qui portait fréquemment un ornement. Les colliers et les anneaux sont à la fois en argent et en or, si cela n’est pas précisé autrement. Comme le déclara Þorleikr fagri :8

129.
Le chef lance sur les prestigieux
postes avancés de ses hommes,
le jeune guide donne le feu brillant
du bras9, la cargaison dissimulée.

Et ainsi que l’a chanté Einarr skálaglamm :

130.
Aux tisons des membres10 de Lundr
le prince valeureux de cette terre les brisa.11
Je ne pense pas que les hommes du chef
les pierres du Rhin12 viennent à manquer.

Ainsi chanta Einarr Skúlason :

131.
Sur la braise du sang13 repose de manière double
des deux côtés du rocher des océans
la bourse, je sombre dans le conflit,
de la neige14 et du feu, pour la gloire.

Et de nouveau, ainsi qu’il chanta :

132.
Chaque jour résonne, mais le cœur
des disques ardents dirigent avec clémence
le cheval de Heiti15, les blanches
congères du creuset16 qui brille sur le feu de la mer17.
Jamais ne peut devant le feu
du bol du chemin résonnant de l’anguille18,
même si tous les piliers19 des hommes sont renversés
le courage fait fondre sa neige20.

Ici, l’or est appelé le feu du chemin résonnant de l’anguille, et l’argent la neige des bols. Ainsi chanta Þórðr Mæraskáld :

133.
On peut voir le trésors se réduire,
qui appartenait à la demeure de l’épée21,
par le distributeur joyeux de la roche des mains22,
Hermóðr, au père noble.


In the ancient Bjarkamál many terms for gold are told: it says there:

The king most gift-gracious
His guardsmen enriched

With Fenja’s Labor,
With Fáfnir’s Midgard,
Glasir’s bright Needles,
Grani’s fair Burden,
Draupnir’s dear dripping,
Down of Grafvitnir.

The free-handed Lord gave,
The heroes accepted,
Sif’s firm-grown tresses,
Ice of the bow-force,
Otter-gild unwilling,
Weeping of Mardöll,
Fire-flame of Órun,
Idi’s fine Speeches.

The warrior rejoiced;
We walked in fair garments,
In Thjazi’s counsels
The people’s host-countless,
In the Rhine’s red metal,
Wrangling of Niflungs,
The leader war-daring,
Warded Baldr not.

XLV. Gold is metaphorically termed Fire of the Hand, or of the Limb, or of the Leg, because it is red; but silver is called Snow, or Ice, or Hoar-Frost, because it is white. In like manner, gold or silver may be periphrased in metaphors of purse, or crucible, or lather, and both silver and gold may be called Hand-Stone, or Necklace, of any man who was wont to have a necklace. Necklaces and rings are both silver and gold, if no other distinction is raised.

As Thorleikr the Fair sang:

The kindly Prince the Load casts
Of Crucibles on the Hawk-Seats
Of thanes, the wrists embellished,–
Gives Embers of the Arm-joint.

And as Einarr Tinkling-Scale sang:

The land-strong King of Lurid
Breaks the golden Limb-Brands;
I think the Prince of Warriors
Lacks not the Rhine’s bright Pebbles.

Thus sang Einarr Skúlason:

The Purse-Snow and the Sea-Fire
Lie on both sides of the axe-head
Blood-spilling; ‘t is my office
To praise our foemen’s Scather.

And as he sang further:

The Sea-Glow each day standeth
O’er the Crucible’s white Snow-Drift,
And the shield, ships’ cheeks protecting,
Shelters a heart most lavish;
Ne’er can one melt the silver
Flagon-Snow in the Fire-Flame
Of the Eel’s Stream-Road; the Feller
Of Hosts all feats performeth.

Here gold is called Fire of the Eel’s Stream-Road; and silver, Snow of Flagons.

Thus sang Thórdr Mæri’s Skald:

The glad Giver of the Hand-Waste
Of the Gold-Minisher perceiveth
That the Hermódr of the Snake’s Lair
Hath had a lordly father.

————————————————————

Dans l’ancien Bjarkamál, de nombreux termes pour désigner l’or sont mentionnés : il est dit ainsi :

Le roi, le plus généreux en dons,
Enrichit ses gardes
Avec le Travail de Fenja,
Le Midgard de Fáfnir,
Les Aiguilles brillantes de Glasir,
Le Bel Fardeau de Grani,
La précieuse Goutte de Draupnir,
Le Duvet de Grafvitnir.

Le Seigneur à la main libre donna,
Les héros acceptèrent,
Les Tresses bien attachées de Sif,
La Glace de la force de l’arc,
L’or contraint du Loup,
Les Larmes de Mardöll,
La Flamme ardente d’Órun,
Les Discours raffinés d’Idi.

Le guerrier se réjouit ;
Nous marchions vêtus magnifiquement,
Dans les Conseils de Thjazi,
Les innombrables hôtes du peuple,
Dans le Métal rouge du Rhin,
Les querelles des Niflungs.
Le chef, audacieux en guerre,
Ne put protéger Baldr.

XLVI. « L’homme est appelé Briseur d’Or, comme le chanta Óttarr le Noir :

Je dois utiliser le Briseur
De la Lueur de Bataille des braves ;
Voici la garde vaillante
Du Roi Sage assemblée.

Ou Expéditeur d’Or, comme le chanta Einarr Tinkling-Scale :

L’Expéditeur d’Or permet
À la terre silencieuse d’écouter
Le chant ; je recueille ses dons :
Le prince réjouit ses jeunes hommes.

Lanceur d’Or, comme le chanta Thorleikr :

Le Lanceur d’Or rend fidèle à lui
Sa garde avec une armure royale.

Adversaire de l’Or, comme le chanta Thorvaldr Blending-Skald :

**L’ennemi de l’or jette des braises ardentes
Du bras ; le roi donne des richesses rouges ;

Le désolateur des vils peuples
Dispense le Fardeau de Grani.**

Éleveur d’Or, comme il est écrit ici :

L’Éleveur d’Or dans l’amitié
Je l’ai obtenu, et du Guerrier,
Fils de l’Épée ardente,
Je fais un chant de louange.


  1. Gramr, potentiellement aussi l’épée Gramr de Sigurðr. ↩︎
  2. des feuilles dorées de Glasir, j’avais commencé à traduire par aiguille, cependant, puisque Glasir est potentiellement un chêne, les aiguilles serait-elle les styles de la pointe du gland ou peut-être le chêne chevelu? ↩︎
  3. les tresses? ↩︎
  4. les bracelets sur les bras? ↩︎
  5. sjóður (trésor : au sens de richesse accumulée, souvent précieuse, ou sac, ou bourse : comme un contenant pour des objets de valeur) ↩︎
  6. digull (cachette, lieu caché, pour dissimuler ou protéger quelque chose) ↩︎
  7. lauðr (chargement, richesse transportée, cargaison, charge : en tant que contenu transporté, souvent une richesse ou un objet précieux) ↩︎
  8. le Beau ↩︎
  9. l’or ↩︎
  10. Liðbröndum : Aux membres de bois, Aux membres de tisons, Aux membres d’or, Brǫnd : Bois, poutre, épée, tison, braise. ↩︎
  11. Il brise les anneaux d’or pour les partager. ↩︎
  12. l’or ↩︎
  13. hache, « Rocher de la braise de sang » (bjarg blóðeisu) : Une kenning pour la hache, où le rocher (bjarg) désigne la tête de la hache, comparée à un rocher, et la braise de sang (blóðeisu) fait référence à l’arme qui provoque le sang versé. ↩︎
  14. la bourse de la neige = argent, du feu = l’or ↩︎
  15. navire ou guerrier ↩︎
  16. de l’argent ↩︎
  17. Or ↩︎
  18. le feu l’or?, le bol résonnant le bateau? chemin de l’anguille la mer? ↩︎
  19. Vidr, arbre ↩︎
  20. le courage fait couler l’argent? apporte de l’argent? du bol. ↩︎
  21. le bouclier ↩︎
  22. l’or ↩︎

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