
33. Sjávarkenningar.
Hvernig skal sæ kenna? Svá, at kalla hann Ymis blóð, heimsækir goðanna, verr Ránar, faðir Ægisdætra, þeira er svá heita Himinglæva, Dúfa, Blóðughadda, Hefring, Uðr, Hrönn, Bylgja, Bára, Kólga, land Ránar ok Ægisdætra ok skipa ok sæskips heita, kjalar, stála, súða, sýju, fiska, ísa, sækonunga leið ok brautir, eigi síðr hringr eyjanna, hús sanda ok þangs ok skerja, dorgar land ok sæfugla, byrjar. Svá sem kvað Ormr Barreyjarskáld:
84.
Útan gnýr á eyri
Ymis blóð fara góðra.
Svá kvað Refr:
85.
Vágþeysta berr vestan,
vætti ek lands fyr brandi,
hvalmæni skefr, húna
hógdýr of lög bógu.
Svá sem kvað Sveinn:
86.
Þá er élreifar ófu
Ægis dætr ok tættu
föls, við frost of alnar,
fjallgarðs rokur harðar.
Ok sem kvað Refr:
87.
Færir björn, þar er bára
brestr, undinna festa
oft í Ægis kjafta
úrsvöl Gymis völva.
Hér er sagt, at allt er eitt Ægir ok Hlér ok Gymir. Ok enn kvað hann:
88.
En sægnípu Sleipnir
slítr úrdrifinn hvítrar
Ránar, rauðum steini
runnit, brjóst ór munni.
Sem kvað Einarr Skúlason:
89.
Harðr hefir ört frá jörðu
élvindr, svana strindar
blakkr lætr í sog sökkva
snægrund, skipi hrundit.
Ok enn sem hann kvað:
90.
Margr ríss, en drífr dorgar
dynströnd í svig löndum,
spend verða stög stundum,
stirðr keipr, fira greipum.
Ok enn kvað hann:
91.
Grams bera gollna spánu,
göfug ferð er sú jöfri,
skýtr holmfjöturr Heita
hrafni, snekkju stafnar.
Enn sem hann kvað:
92.
Haustköld skotar hélðum
holmrönd varar öndri.
Ok enn svá:
93.
Sundr springr svalra landa
sverrigjörð fyr börðum.
Sem Snæbjörn kvað:
94.
Hvatt kveða hræra Grótta
hergrimmastan skerja
út fyrir jarðar skauti
eylúðrs níu brúðir,
þær er, lungs, fyrir löngu,
líðmeldr, skipa hlíðar
baugskerðir rístr barði
ból, Amlóða mólu.
Hér er kallat hafit Amlóða kvern. – Enn sem kvað Einarr Skúlason:
95.
Viknar ramr í, Rakna,
reksaumr fluga-straumi,
dúks hrindr böl, Þar er bleikir
bifgrund, á stag rifjum.
33. Les kenningar de la mer.
Comment doit-on désigner la mer? Ainsi, en l’appelant le sang d’Ymir, le visiteur des dieux, l’époux de Rán, le père des filles d’Ægir, qui se nomment Himinglæva, Dúfa, Blóðughadda, Hefring, Uðr, Hrönn, Bylgja, Bára, Kólga, la terre de Rán et des filles d’Ægir, et des navires et des appellations pour les navires de mer, la quille, les voiles, les bordages, les rames, les poissons, les glaces, les routes et chemins des rois de mer, également, l’anneau des îles, la maison des sables et des algues et des récifs, la terre des lignes de pêche et des oiseaux de mer, des vents1.
Comme a chanté Ormr Barreyjarskáld :
84.
Dehors résonne sur le rivage
le sang de Ymir2 se répandant de par les bons.
Comme a chanté Refr :
85.
Les vagues battantes portent depuis l’ouest,
j’observe la terre devant l’épée,
la crête de la baleine3 rase, de la hune
de la bête douce4 sur les vagues de ses épaules.
Comme a chanté Sveinn :
86.
Dès lors que radieuses par la tempête de neige, tissèrent
les filles d’Ægir5 et tirèrent
les voiles, avec le gel couvrant les coudées6,
les dures vapeurs du rempart montagneux.
Et comme a chanté Refr :
87.
L’ours7 se déplace, là où la vague
se brise, avec ses amarres tressée
souvent dans les mâchoires d’Ægir8
de la froide völva9 de Gymir.
Ici, il est dit que tout est un, Ægir, Hlér et Gymir.
Et encore il chanta :
88.
Mais le Sleipnir du rocher de la mer10
déchire l’écume blanche
de Rán11, comme une pierre rouge
en fusion, son cœur émergea de sa bouche.
Comme a chanté Einarr Skúlason :
89.
Sévèrement s’est rapidement manifesté de jörð12
le vent de tempête, depuis le pays des cygnes13
le coursier14 plongea dans le tourbillon
de la terre enneigée15, jeté contre le navire.
Et de nouveau il a chanté :
90.
Nombreuses se lèves, mais la ligne de traîne16 déferle
vers la plage rugissante en contournant les terres,
les haubans se tendent à certains moments,
les rames gelées, entre les mains des mortels.
Comme il a chanté :
91.
Le prince hostile porte des éclats dorés
noble est cette expédition pour ce prince,
le lien des îles17 tire Heiti
depuis le corbeau, sur les proues du navire rapide.
Et encore il a chanté :
92.
Le froid d’automne projette les gelées
de la rive de l’île18 mettant en garde contre l’orage.
Et également ainsi :
93.
Les terres froides19 se brisent en morceaux
sur la ceinture d’épée près des rivages.
Comme l’a chanté Snæbjörn :
94.
Ils racontent que le Grótti20 est vigoureusement remué
lui le plus hostile aux armées des écueils2122
au-delà des limites de jörð23
par les neuf jeunes femmes de l’île-moulin24,
celles qui, tout au long, depuis longtemps,
les fleurs de farine du rivage, les flancs des navires
gravés par le briseur d’anneaux à la proue
sont leur demeure, de la meule d’Amlóði25.
Ici, la mer est appelée le moulin d’Amlóði.
– Comme l’a chanté Einarr Skúlason :
95.
Cède le robuste, ô Rakni,
clou de dérive dans le courant rapide,
le malheur des toiles repousse26, là où est blanchâtre
la terre tremblante27, les haubans sur les côtes.
XXV. « How should one periphrase the sea? Thus: by calling it Ymir’s Blood; Visitor of the Gods; Husband of Rán; Father of Ægir’s Daughters, of them who are called Himinglæva, Dúfa, Blódughadda, Hefring, Udr, Hrönn, Bylgja, Bára, Kolga; Land of Rán and of Ægir’s Daughters, of Ships and of ships’ names, of the Keel, of Beaks, of Planks and Seams, of Fishes, of Ice; Way and Road of Sea-Kings; likewise Encircler of Islands; House of Sands and of Kelp and of Reefs; Land of Fishing-gear, of Sea-Fowls, and of Fair Wind. Even as Ormr Barrey’s-Skald sang:
On the gravelly beach of good ships
Grates the Blood of Ymir.
As Refr sang:
The mild deer of the masthead beareth
O’er the murky water from the westward
Her wave-pressed bows; the land I look for
Before the beak; the Whale-Home shallows.
Even as Steinn sang:
When the fallow fell-wall’s Whirlwinds
Wove o’er the waves full fiercely,
And Ægir’s storm-glad daughters
Tore, of grim frost begotten.
And as Refr sang:
Gymir’s wet-cold Spae-Wife
Wiles the Bear of Twisted Cables
Oft into Ægir’s wide jaws,
Where the angry billow breaketh.
It is said here that Ægir and Gymir are both the same. And he sang further:
And the Sea-Peak’s Sleipnir slitteth
The stormy breast rain-driven,
The wave, with red stain running
Out of white Rán’s mouth.
As Einarr Skúlason sang:
The stern snow-wind has thrust out
With strength, the ship from landward:
The Swan-Land’s steed sees Iceland
Into the surf receding.
And as he sang further:
Many a stiff rowlock straineth,
And the noisy Strand of Fish-Gear,
The Sea, the lands o’ercometh:
Men’s hands oft span the stays.
And he sang yet further:
The gray Isle-Fetter urges
Heiti’s raven-ship onward;
Gold beaks the fleet ships carry:
Rich that faring to the Chieftain.
And he sang again:
The Isle-Rim autumn chilly
Impels the dock’s cold snowshoe.
And thus also:
The cool lands’ Surging-Girdle
Before the beaks springs asunder.
As Snæbjorn sang:
They say nine brides of skerries
Swiftly move the Sea-Churn
Of Grótti’s Island-Flour-Bin
Beyond the Earth’s last outskirt,–
They who long the corny ale ground
Of Amlódí; the Giver
Of Rings now cuts with ship’s beak
The Abiding-Place of boat-sides.
Here the sea is called Amlódi’s Churn.
As Einarr Skúlason sang:
The sturdy drive-nails weaken
In the swift swirl, where paleth
Rakni’s Heaving Plain: wind
Puffs the reefs against the stays.
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XXV. « Comment peut-on paraphraser la mer? Ainsi : en l’appelant Sang d’Ymir; Visiteur des Dieux; Époux de Rán; Père des Filles d’Ægir, de celles qui sont nommées Himinglæva, Dúfa, Blódughadda, Hefring, Udr, Hrönn, Bylgja, Bára, Kolga; Terre de Rán et des Filles d’Ægir, des Navires et des noms de navires, de la Quille, des Proues, des Planches et Coutures, des Poissons, de la Glace; Chemin et Route des Rois de la Mer; de même, Enveloppeur des Îles; Maison des Sables et des Algues et des Récifs; Terre des Engins de Pêche, des Oiseaux de Mer et du Vent Propice. Comme le chantait Ormr Barrey’s-Skald :
Sur la plage graveleuse des bons navires
Gratte le Sang d’Ymir.
Comme le chantait Refr :
Le doux cerf de la tête de mât porte
Sur les eaux sombres de l’ouest
Ses proues pressées par les vagues; je cherche la terre
Devant le bec; les bas-fonds de la Maison de la Baleine.
Comme le chantait Steinn :
Quand les tourbillons du mur tacheté des montagnes
Tissent férocement sur les vagues,
Et que les filles d’Ægir, heureuses de la tempête,
Déchirent, engendrées par le givre sinistre.
Et comme le chantait Refr :
La Völva humide et froide de Gymir
Attire souvent l’Ours des Câbles Tordus
Dans les larges mâchoires d’Ægir,
Où la vague en colère se brise.
Il est dit ici qu’Ægir et Gymir sont tous deux les mêmes. Et il chantait encore :
Et le Sleipnir du Pic de la Mer fend
La poitrine orageuse, poussée par la pluie,
La vague, avec une tache rouge s’écoulant
De la bouche blanche de Rán.
Comme Einarr Skúlason a chanté :
Le vent de neige sévère a repoussé
Avec force, le navire depuis la terre :
Le cheval de la Terre des Cygnes (la mer) voit l’Islande
Reculer dans les vagues.
Et comme il a chanté plus loin :
Beaucoup de dames de nage rigides se tendent,
Et la bruyante Plage des Engins de Pêche,
La mer, submerge les terres :
Les mains des hommes tendent souvent les haubans.
Et il a encore chanté :
Le lien de l’île grise pousse
Le navire corbeau de Heiti en avant ;
Des becs dorés portent les navires rapides :
Riche est ce voyage pour le Chef.
Et il a encore chanté :
Le bord d’île automnal froid
Pousse la chaussure de neige froide du quai.
Et ainsi également :
La Ceinture Agitée des terres fraîches
Se fend devant les proues.
Comme Snæbjorn a chanté :
Ils disent que neuf épouses des écueils
Font rapidement bouger le Moulin de Mer
De la Meule de l’Île de Grótti
Au-delà du dernier bord de la Terre,–
Elles qui autrefois moulurent la bière de maïs d’Amlóði ;
Le Donateur
D’Anneaux coupe maintenant avec la proue du navire
Le Lieu de Résidence des côtés de bateaux.
Ici, la mer est appelée le Moulin d’Amlódi.
Comme Einarr Skúlason a chanté :
Les clous solides s’affaiblissent
Dans le tourbillon rapide, où pâlit
La Plaine Montante de Rakni : le vent
Souffle les récifs contre les haubans.
Heiti : Roi des mers
Rakni : Roi des mers
Himinglæva : « Celle qui est brillante dans le ciel », « Transparence céleste », « Clarté céleste »
Dúfa : « Colombe » ou « celle qui plonge ».
Blóðughadda : « Cheveux sanglants », « Celle aux cheveux ensanglantés »
Hefring : « Élèveuse », « Celle qui soulève »
Uðr : « Vague », « Onde »
Hrönn : « Vague », « Rouleau »
Bylgja : « Vague », « Ondulation »
Bára : « Vague », « Lame de fond »
Kólga : « Froidure »
Hlér : « Dieu de la mer »
Heiti : « Épithète »
- ou des départs. ↩︎
- la mer ↩︎
- la mer ↩︎
- le navire ↩︎
- la mer ↩︎
- les avant-bras ↩︎
- le navire ↩︎
- la mer ↩︎
- Rán ↩︎
- un navire ↩︎
- la mer ↩︎
- depuis la terre ↩︎
- la mer ↩︎
- le navire ↩︎
- Islande ↩︎
- la mer ↩︎
- la mer ↩︎
- la mer ↩︎
- la mer glacée ↩︎
- le moulin ↩︎
- le moulin à eau le plus hostile à la mer ↩︎
- hostile aux marins ↩︎
- le moulin le plus cruel du monde connu ↩︎
- les neuf filles d’Ægir, la mer ↩︎
- Le Roi Amleth. ↩︎
- le vent ↩︎
- la mer ↩︎
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