Gylfaginning, 35

35. Frá ásynjum.

Þá mælti Gangleri: « Hverjar eru ásynjurnar? »
Hárr segir: « Frigg er æðst. Hon á þann bæ, er Fensalir heita, ok er hann allvegligr.
Önnur er Sága. Hon býr á Sökkvabekk, ok er þat mikill staðr.
Þriðja er Eir. Hon er læknir beztr.
Fjórða er Gefjun. Hon er mær, ok henni þjóna þær, er meyjar andast.
Fimmta er Fulla. Hon er enn mær ok ferr laushár ok gullband um höfuð. Hon berr eski Friggjar ok gætir skóklæða hennar ok veit launráð með henni.
Freyja er tignust með Frigg. Hon giftist þeim manni, er Óðr heitir. Dóttir þeira er Hnoss. Hon er svá fögr, at af hennar nafni eru hnossir kallaðar, þat er fagrt er ok gersimligt. Óðr fór í braut langar leiðir, en Freyja grætr eftir, en tár hennar er gull rautt. Freyja á mörg nöfn, en sú er sök til þess, at hon gaf sér ýmis heiti, er hon fór með ókunnum þjóðum at leita Óðs. Hon heitir Mardöll ok Hörn, Gefn, Sýr. Freyja átti Brísingamen. Hon er ok kölluð Vanadís.
Sjaunda Sjöfn, hon gætir mjök til at snúa hugum manna til ásta, kvinna ok karla, ok af hennar nafni er elskhuginn kallaðr sjafni.
Átta Lofn, hon er svá mild ok góð til áheita, at hon fær leyfi af Alföðr eða Frigg til manna samgangs, kvinna ok karla, þótt áðr sé bannat eða þvertekit þykki. Þat er af hennar nafni lof kallat ok svá þat, at hon er lofuð mjök af mönnum.
Níunda Vár, hon hlýðir á eiða manna ok einkamál, er veita sín á milli konur ok karlar. Því heita þau mál várar. Hon hefnir ok þeim, er brigða.
Tíunda Vör, hon er vitr ok spurul, svá at engi hlut má hana leyna. Þat er orðtak, at kona verði vör þess, er hon verðr vís.
Ellifta Syn, hon gætir dura í höllinni ok lýkr fyrir þeim, er eigi skulu inn ganga, ok hon er sett til varnar á þingum fyrir þau mál, er hon vill ósanna. Því er þat orðtak, at syn sé fyrir sett, þá er maðr neitar.
Tólfta Hlín, hon er sett til gæzlu yfir þeim mönnum, er Frigg vill forða við háska nökkurum. Þaðan af er þat orðtak, at sá, er forðast, hleinir.
Þrettánda Snotra, hon er vitr ok látprúð. Af hennar heiti er kallat snotr kona eða karlmaðr, sá er hóflátr er.
Fjórtánda Gná, hana sendir Frigg í ýmsa heima at erendum sínum. Hon á þann hest, er renn loft ok lög ok heitir Hófvarpnir. Þat var eitt sinn, er hon reið, at vanir nökkurir sá reið hennar í loftinu. Þá mælti einn:

42.
« Hvat þar flýgr,
hvat þar ferr
eða at lofti líðr? »

Hon svarar:

43.
« Né ek flýg,
þó ek ferk
ok at lofti líðk
á Hófvarpni,
þeim er Hamskerpir
gat við Garðrofu. »

Af Gnár nafni er svá kallat, at þat gnæfar, er hátt ferr.
Sól ok Bil eru talðar með ásynjum, en sagt er fyrr frá eðli þeira.


35. À propos des Asynes.

Alors Gangleri demanda : « Qui sont les Asynes ? »
Hárr répondit : « Frigg est la plus élevée de toutes. Elle possède la demeure appelée Fensalir, et elle est extrêmement magnifique.
La seconde est Sága. Elle réside à Sökkvabekk, et c’est un lieu immense.
La troisième est Eir. Elle est la meilleure des guérisseuses.
La quatrième est Gefjun. Elle est vierge, et celles qui meurent vierges la servent.
La cinquième est Fulla. Elle est également vierge, porte ses cheveux longs et libres, et a un bandeau d’or autour de sa tête. Elle porte le coffre1 de Frigg et s’occupe de ses chaussures et connaît aussi ses secrets.
Freyja est la plus distinguée après Frigg. Elle était mariée à un homme nommé Óðr. Leur fille est Hnoss, qui est si belle que de son nom sont dérivés les termes pour désigner ce qui est précieux et magnifique. Óðr partit pour de longs voyages, et Freyja pleure son absence, et ses larmes sont de l’or rouge. Freyja a de nombreux noms, la raison en est qu’elle a adopté différents noms lorsqu’elle voyageait parmi des peuples inconnus à la recherche d’Óðr. Elle est appelée Mardöll, Hörn, Gefn, Sýr. Freyja possédait le Brísingamen. Elle est également appelée Vanadís.
Sjöfn, la septième, s’applique ardemment à orienter les cœurs vers l’amour, tant chez les femmes que chez les hommes, et c’est de son nom que vient le terme ‘sjafni’ pour désigner l’affection.
La huitième est Lofn, elle est si douce et bonne à invoquer, qu’elle obtient la permission d’Alföðr ou de Frigg pour les unions, des femmes et des hommes, même si elles étaient auparavant interdites ou semblaient impossibles. Cela vient de son nom, louange [lof], et c’est pourquoi elle est très louée [lofuð] par les gens.
La neuvième est Vár, elle écoute les serments des hommes et les accords privés qui sont passés entre hommes et femmes. C’est pourquoi de tels accords sont appelés varar (promesses). Elle se venge aussi de ceux qui enfreignent ces accords.
La dixième est Vör, elle est sage et inquisitive, de sorte que rien ne peut lui rester caché. Il y a un proverbe qui dit qu’une femme devient consciente [vör] de quelque chose, par la sagesse acquise de son expérience de femme.
La onzième est Syn, elle garde les portes du hall et les ferme à ceux qui ne doivent pas entrer, et elle est nommée pour défendre les causes lors des assemblées contre les accusations qu’elle souhaite réfuter. C’est pourquoi il y a un proverbe qui dit qu’une dénégation [Syn] est placée devant [l’assemblé] lorsque quelqu’un nie [les accusations].
La douzième est Hlín, elle est nommée pour veiller sur les hommes que Frigg souhaite sauver de tout danger. De là vient le proverbe : celui qui échappe [à un danger], est protégé par Hlín.
La treizième est Snotra, elle est sage et modeste. De son nom vient le terme pour une femme ou un homme sage [snotr], celui qui est modéré.
La quatorzième est Gná, que Frigg envoie dans divers mondes pour ses missions. Elle possède ce cheval qui court à travers l’air et l’eau et qui s’appelle Hófvarpnir. Il arriva une fois, alors qu’elle chevauchait, que certains des Vanes virent sa monture dans les airs. L’un d’eux dit alors :

42.
« Qu’est-ce qui là vole,
qu’est-ce qui là se déplace
ou glisse dans les airs ? »

Elle répondit :

43.
« Je ne vole pas,
bien que je voyage
et que je me déplace dans les airs
sur Hófvarpnir,
celui que Hamskerpir
a engendré avec Garðrofa. »

C’est ainsi nommé d’après le nom de Gnár, qu’elle est appelée, car elle résonne [gnæfar] lorsqu’elle se déplace vers le haut .
Sól et Bil sont comptés parmi les Asynes, mais leur nature a été décrite auparavant.


Chapitre 35.

Gangleri déclara alors : « Quelles sont les déesses Ases ? »
Le Très-Haut répondit : « Frigg est la plus éminente d’entre elles. Elle possède une halle magnifique, qui est appelée Fensalir.
La seconde est Saga : elle habite à Soekkvabekk, qui est une vaste résidence.
La troisième est Eir: elle est excellent médecin.
La quatrième est Gefion : elle est vierge et elle est servie par toutes celles qui meurent vierges.
La cinquième est Fulla : elle est vierge, elle aussi, et elle a les cheveux flottants et un bandeau d’or autour de la tête. Elle porte le coffret de Frigg et a la garde de ses chaussures; elle partage aussi ses secrets.
Avec Frigg, Freyja est la plus noble [des déesses]. Elle épousa Odr, et leur fille s’appelle Hnoss. Celle-ci est si belle que son nom sert à désigner toutes les choses belles et précieuses: elles sont en effet appelées hnossir (« joyaux »). Odr est parti au loin pour de longs voyages et, depuis, Freyja le pleure, et ses larmes sont d’or rouge. Elle possède beaucoup de noms, et la raison en est qu’elle se fait appeler de diverses façons quand elle voyage à travers des nations étrangères à la recherche d’Odr. Elle porte les noms de Mardoll, Horn, Gefn et Syr. Freyja possédait le collier des Brisingar. Elle est également appelée Vanadis (la « dise des Vanes »).
La septième est Siofn elle prend grand soin d’orienter vers l’amour les pensées des hommes et des femmes; c’est d’après son nom que l’amour est appelé siafni.
La huitième est Lofn : elle est clémente et si bonne envers ceux qui l’invoquent qu’elle obtient d’Alfadr et de Frigg la permission d’unir en mariage les hommes et les femmes, même lorsque semblable projet avait auparavant été interdit. C’est la raison pour laquelle son nom est utilisé pour désigner et la permission (lof) et le fait que quelque chose est hautement loué (lofat).
La neuvième est Var: elle écoute les serments prêtés par les hommes, et les accords que passent entre eux les femmes et les hommes. C’est la raison pour laquelle ces accords portent le nom de “promesses solennelles” (varar). Elle punit ceux qui ne tiennent pas parole.
La dixième est Vör : elle est sage et curieuse, en sorte que rien ne peut lui être dissimulé. Il est une expression qui dit qu’une femme est “consciente” (vor) de quelque chose lorsqu’elle en est instruite.
La onzième est Syn: elle surveille la porte de la halle et la ferme à ceux qui ne doivent pas y entrer. À l’assemblée, on lui attribue la défense des causes que l’on veut réfuter. Aussi existe-t-il une expression qui dit qu’il y a “dénégation” (syn) quand quelqu’un nie.
La douzième est Hlin : elle veille sur les hommes que Frigg veut préserver d’un danger. De là vient l’expression qui dit que celui qui se préserve “se protège” (hleinyr).
La treizième est Snotra: elle est sage et affable. D’après son nom, on qualifie d’“avisé” (snotr) une femme ou un homme circonspect.
La quatorzième est Gna : Frigg l’envoie en mission dans divers mondes. Elle possède un cheval qui galope à travers les airs et sur la mer, et qui est appelé Hofvarpnir. Une fois qu’elle était en expédition, des Vanes la virent chevaucher dans l’air, et l’un d’eux déclara:

“Qui vole là?
Qui se déplace là?
Qui passe dans les airs^27?”

Elle répondit:

« Point ne vole
Et cependant me déplace,
Et passe dans les airs,
Montée sur Hofvarpnir
Que Hamskerpir
Engendra avec Gardrofa. »

D’après le nom de Gna, on dit d’une chose qui s’élève en hauteur qu’elle “se dresse” (gnæfar).
Sol et Bil sont elles aussi comptées parmi les déesses Ases, mais leurs caractéristiques ont déjà été mentionnées plus haut.

Sturluson, Snorri. L’Edda. [Paris]: Gallimard, 1991, p. 65, 66, 67.


Les Asynes

  1. Frigg : La plus élevée des déesses, résidant à Fensalir, un lieu splendide.
  2. Sága : Habite Sökkvabekk, un grand endroit.
  3. Eir : La meilleure des guérisseuses.
  4. Gefjun : Vierge servie par celles qui meurent vierges.
  5. Fulla : Vierge aux cheveux libres, portant un bandeau d’or, garde les secrets de Frigg.
  6. Freyja : Parmi les plus distinguées, mère de Hnoss, et déesse de l’amour et de la beauté. Ses larmes se transforment en or rouge.
  7. Sjöfn : S’efforce de tourner les cœurs vers l’amour.
  8. Lofn : Douce et bonne, elle permet l’union d’hommes et de femmes même contre les interdictions.
  9. Vár : Écoute les serments et accords privés, venge les promesses brisées.
  10. Vör : Sage et inquisitive, rien ne lui échappe.
  11. Syn : Garde les portes du hall et défend contre les fausses accusations.
  12. Hlín : Protège ceux que Frigg souhaite sauver des dangers.
  13. Snotra : Prudente et aux manières douces, symbolise la courtoisie.
  14. Gná : Messagère de Frigg, chevauche Hófvarpnir qui peut courir dans les airs et sur l’eau.

Commentaire

De là, on déduit — Frigg étant l’Idéal inaccessible — que la meilleure des épouses n’est ni la plus zélée (Gna est en quatorzième position), ni la plus circonspecte (Snotra, en treizième), ni la plus protectrice (Hlin, douzième), ni la plus chaste (Syn, onzième), ni la plus instruite (Vor, dixième), ni la plus fidèle (Var, neuvième), ni la plus gentille (Lofn, huitième), ni la plus piquante (Sjofn, septième), ni la plus belle (Freyja, sixième), ni la plus complice (Fulla, cinquième), ni la plus pure (Gefjon, quatrième), ni la plus experte dans les choses de santé (Eir, troisième), mais bien celle qui connaît le plus de contes — au sens large : celle qui enseigne au mieux la tradition à ses enfants.

Ainsi, on en arrive à la conclusion que c’est Sága qui incarne cet idéal. Résidant à Sökkvabekk, un lieu vaste et majestueux, elle est celle qui connaît et préserve les récits, celle qui veille à la transmission de la mémoire et de la tradition. En ce sens, la meilleure des épouses est celle qui, par la parole et le savoir, tisse le lien entre les générations, perpétuant l’héritage des anciens et nourrissant l’esprit de son clan.


Sága : « celle qui voit » ou « voyante »

Sökkvabekk : « ruisseau enfoncé » ou « ruisseau profond ».

Eir : « secours » ou « miséricorde ».

Gefjun : « don » ou « abondance »

Fulla : « pleine » ou « abondante »

Freyja : « dame »

Óðr : englobe des concepts tels que l’esprit, l’intellect, la poésie, la fureur, et l’extase.

Hnoss : « Trésor » ou « Bijou précieux

Mardöll : « celle qui brille sur la mer » ou « l’éclat de la mer »

Hörn : « lin »

Gefn : « celle qui donne » ou « donatrice »

Sýr : « truie » ou « cochonne »

Brísingamen : « le collier des Brísings » ou « le joyau des Brísings »

Vanadís : « déesse des Vanes » ou « la Dise des Vanes »

Sjöfn : « se pencher vers » ou « incliner vers » [l’autre]

Lofn : « Amour » ou « Celui/Celle qui console »

Var : « celle qui promet » ou « fidèle »

Vör : « Prudente » ou « Sage »

Syn : « Refus » ou « Défense », « dénégation »

Hlín : « Protectrice »

Snotra : Sage

Gná : « Rapide » ou « Véloce »

Hófvarpnir : « Celui qui jette ses sabots » ou « Lanceur de sabots »

Gnæfar : « bruit » ou « clameur », « des sons résonnants, des échos », « résonances », « échos » ou « bruits retentissants », un peu comme le char de Thor.



  1. eski
    boîte, coffret, cassette ↩︎

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