Skáldskaparmál, 64

64. Skipskenningar.

Hvernig skal kenna skip? Svá, at kalla hest eða dýr eða skíð sækonunga eða sævar eða skipreiða eða veðrs. Báru fákr, sem Hornklofi kvað:

189.
Hrjóðr lét hæstrar tíðar
harðráðr skipa börðum
báru fáks ins bleika
barnungr á lög þrungit.

Geitis marr, svá kvað Erringar-Steinn:

190.
En þótt ófrið sunnan
öll þjóð segi skaldi,
hlöðum Geitis mar grjóti,
glaðir nennum vér, þenna.

Sveiða hreinar:

191.
Súðlöngum komt sveiða,
sunds liðu dýr frá grundu,
sigrakkr, Sölsa bekkjar,
Sveins mögr, á tröð hreinum.

Svá kvað Hallvarðr. Hér er ok kölluð sunds dýr ok særinn Sölsa bekkr. Svá kvað Þórðr Sjáreksson:

192.
Sveggja lét fyr Siggju
sólborðs goti norðan.
Gustr skaut Gylfa rastar
glaumi suðr fyr Aumar
En slóðgoti síðan
sæðings fyr skut bæði,
hestr óð lauks fyr Lista,
lagði Körmt ok Agðir.

Hér er skip kallat sólborðs hestr ok sær Gylfa land, sæðings slóð særinn ok hestr skipit ok enn lauks hestr. Laukr heitir siglutré. Ok enn sem Markús kvað:

193.
Fjarðlinna óð fannir
fast vetrliði rastar.
Hljóp of húna gnípur
hvals rann íugtanni.
Björn gekk fram á fornar
flóðs hafskíða slóðir.
Skúrörðigr braut skorðu
skers glymfjötur bersi.

Hér er skip kallat björn rasta. Björn heitir vetrliði ok íugtanni ok bersi, ok björn skorðu er hér kallat. Skip er ok kallat hreinn, svá kvað Hallvarðr, sem áðr er ritat, ok hjörtr, sem kvað Haraldr konungr Sigurðarson:

194.
Sneið fyr Sikiley víða
súð, várum þá prúðir.
Brýnt skreið vel til vánar
vengis hjörtr und drengjum.

Ok elgr, sem Einarr kvað:

195.
Baugs, getr með þér þeygi,
þýðr, drengr vera lengi,
elg búum flóðs, nema fylgi,
friðstökkvir, því nökkut.

Otr, sem Máni kvað:

196.
Hvat munt hafs á otri,
hengiligr, með drengjum,
karl, því at kraftr þinn förlask,
kinngrár, mega vinna?

Vargr, sem kvað Refr:

197.
En hoddvönuðr hlýddi,
hlunnvitnis em ek runni
hollr til hermðar-spjalla
heinvandils, Þórsteini.

Ok oxi. Skip er kallat skíð eða vagn eða reið. Svá kvað Eyjólfr dáðaskáld:

198.
Meita fór at móti
mjök síð of dag skíði
ungr með jöfnu gengi
útvers frömum hersi.

Svá kvað Styrkárr Oddason:

199.
Ok eft ítrum stökkvi
ók Högna lið vögnum
hlunns á Heita fannir
hyrjar flóðs af móði.

Ok sem Þorbjörn kvað:

200.
Hafreiðar var hlæðir
hlunns í skírnar brunni,
Hvíta-Krists sá er hæsta
hoddsviptir fekk giftu.


64. Les kenningar du navire.

Comment doit-on désigner un navire ? Ainsi, en l’appelant le cheval ou la bête ou le ski des rois des mers ou de la mer ou des escadres ou du vent. Le cheval de la vague, comme l’a chanté Hornklofi :

189.
Le dompteur1 ordonna à l’heure la plus haute
inflexible que les étraves des navires
du cheval pâle de la vague2
[alors qu’il était encore] jeune homme soient mises à flots.

Le cheval de Geitir, comme l’a chanté Erringar-Steinn :

190.
Mais bien que de la guerre en provenance du sud 
tout le peuple le rapporte au scalde,
 nous chargeons le cheval de Geitir3 de pierres,
 joyeux nous osons, nous, ceci.

Les rennes des Sveiðar4 :

191.
Des longs-à-bordages-à-clin5 (il) fut amené des sveiðar6,
depuis les bêtes du détroit7 glissant du rivage,
le vaillant victorieux, du banc de Sölsi,
le fils de Sveinn, sur le chemin des rennes.

Ainsi chanta Hallvard. Ici se trouve également désigné la bête du détroit et pour la mer le banc de Sölsi. Ainsi chanta Þórðr Sjáreksson :

192.
Il fut ordonné de manœuvrer au devant de Siggja
le Goti8 du bord-du-soleil9 depuis le nord.
La rafale projeta sur le chemin de Gylfi
le Glaumr10 vers le sud au large de l’Aumar
Et le Goti-de-la-piste à sa suite
au travers des semailles11 les deux poupes,
le cheval au poireau12 se rua devant Lista,
aborda Kǫrmt et Agðir.

Ici, le navire est appelé cheval du bord-du-soleil et la mer la lande de Gylfi, la piste des semailles est la mer et le cheval est le navire et le cheval au poireau aussi. Le poireau est le nom du mât. Et encore comme Markús le chanta :

193.
Dans les chaînes-des-fjords13 il se rua dans les neiges
violentes des courants ondulants14 de l’hiver.
Bondissant15 au-dessus de la pointe des hunes
celui du palais de la baleine aux crocs avides.
L’ours16 s’avança sur les vagues des anciennes
routes des skis marins17.
Le déchaîné-des-tempêtes18 de l’étambot brisa
l’écueil des liens rugissant de l’ours.19

Ici le navire est appelé l’ours de la route. L’ours20 est aussi nommé Vetrliði21, Íugtanni22 et Bersi,23 et l’ours de l’étambot est aussi appelé. Le navire est également nommé le hreinn (renne), ainsi chanta Hallvarðr, comme il a été écrit plus haut, et aussi le hjǫrtr (cerf), comme le chanta le konungr Haraldr Sigurðarson24 :

194.
Fendit au large de la vaste Sicile
le bordage-à-clin25, alors nous étions fiers.
L’effilé glissant avec aisance vers notre objectif
le hjörtr (cerf) des voilures aux mains des jeunes braves.

Et aussi l’élan, comme Einarr le chanta  : 

195.
De l’anneau, ne peut avec toi,
agréable, le brave rester longtemps,
l’élan des habitants du flot [se prépare]26, sauf si ne suive,
le briseur de trêve27, un retour à ce don.

La loutre, comme Máni le chanta :

196.
Que veux-tu de la loutre de la mer28,
digne d’un chef, parmi les braves,
karl, puisque ta force décline,
et aux joues grises, pourras-tu réussir ?

Le loup (Vargr), comme l’a chanté Refr :

197.
Alors le maître-du-trésor29 écouta,
de l’observateur30-des-glissoirs je suis le descendant
dévoué à la parole-martiale
de la-pierre-à-aiguiser-du-vandill31, pour Þórsteinn.

Et le bœuf. Le navire est appelé ski, ou char, ou véhicule. Ainsi chanta Eyjólfr dáðaskáld :

198.
À la rencontre de Meiti32 il s’en alla
très tard dans le jour sur le ski
le jeune avec sa cohorte bien ordonnée
du banc de pêche33 le noble hersir34.

Ainsi chanta Styrkárr Oddason :

199.
Et suivant un splendide lancement
fut menée la troupe de Högni sur les chars
à glissoir35 des étendues blanches de Heiti36
du feu du flot avec fureur.

Et tel que Þorbjörn le chanta :

200.
Le chargeur du coursier-de-la-mer était37
dans le puits d’ablution du glissoir,
le blanc-Kristr38 celui qui très élevé
du ravisseur de trésor39 obtint la grâce.



L. « How should the ship be periphrased? Call it Horse or Deer or Snowshoe of the Sea-King, or of Ship’s Rigging, or of Storm. Steed of the Billow, as Hornklofi sang:

The Counsel-Stern Destroyer
Of the pale Steed of the Billow
When full young let the ships’ prows
Press on the sea at flood-tide.

Geitir’s Steed, as Erringar-Steinn sang:

But though to the skald all people
This strife from the south are telling,
We shall yet load Geitir’s Sea-Steed
With stone; we voyage gladly.

Sveidi’s Reindeer:

O Son of Sveinn strife-valiant,
Thou comest with Sveidi’s Reindeer,
Long of seam, on the Seat of Sölsi;
The Sound-Deer from land glided.

So sang Hallvardr. Here the ship is also called Deer of the Sound; and the Sea is called Sölsi’s Seat.

Thus sang Thórdr Sjáreksson:

The swift Steed of the Gunwale
Around Sigg veered from northward,
The gust shoved Gylfi’s Stream’s Mirth,
The Gull’s Wake-Horse, to southward
Of Aumar, laying fleetly
Both Körmt and Agdir’s coastline
Along the stern; by Listi
The Leek’s Steed lightly bounded.

Here the ship is called Steed of the Gunwale; and the sea is Gylfi’s Land; the sea is also called Gull’s Wake. The ship is called Horse, and further, Horse of the Leek: for ‘leek’ means ‘mast.’

And again, as Markús sang:

The Stream’s Winterling waded
Stoutly the Firth-Snake’s Snow-Heaps;
The Tusker of the Mast-Head
Leaped o’er the Whale’s spurned House-Tops;
The Bear of the Flood strode forward
On the ancient paths of sea-ships;

The Stay’s Bear, shower-breasting.
Broke the Reef’s splashing Fetter.

Here the ship is called Winterling of the Stream: a bear cub is called a Winterling; and a bear is called Tusker; the Bear of the Stay is a ship.

The ship is also called Reindeer, and so Hallvardr sang, as we have written before; and Hart, as King Haraldr Sigurdarson sang:

By Sicily then widely
The Seam cut: we were stately;
The Sea-Hart glided swiftly
As we hoped beneath the heroes.

And Elk, as Einarr sang:

The ring’s mild Peace-Dispenser,
The princely hero, may not
Long bide with thee, if something
Aid not; we boune the Flood’s Elk.

And Otter, as Máni sang:

What, laggard carle with gray cheeks,
Canst do among keen warriors
On the Otter of the Sea-Waves?
For thy strength is ebbing from thee.

Wolf, as Refr sang:

And the Hoard-Diminisher hearkened
To Thorsteinn; true my heart is

To the Lord of the Wolf of Billows
In the baleful Wrath-Wand’s conflict.

And Ox also. The ship is called Snowshoe, or Wagon, or Wain. Thus sang Eyjólfr the Valiant Skald:

Late in the day the young Earl
In the Snowshoe of Landless Waters
Fared with equal following
To meet the fearless chieftain.

Thus sang Styrkárr Oddason:

Högni’s host drove the Wagons
Of Rollers o’er Heiti’s snow-Heaps,
Angrily pursuing
The great Giver of Flood-Embers.

And as Thorbjörn sang:

The Freighter of Wave-Crests’ Sea-Wain
Was in the font of christening,
Hoard-Scatterer, who was given
The White Christ’s highest favor.

————————————
L. Comment doit-on périphraser le navire ?
On peut l’appeler cheval, renne ou raquette du roi de mer, ou bien de l’agrès du navire, ou de la tempête.

« Cheval de la vague », comme le chante Hornklofi :

Le destructeur à l’esprit de conseil,
du pâle cheval de la vague,
déjà très jeune, fit presser les proues des navires
sur la mer à marée haute.

« Le cheval de Geitir », comme le chante Erringar-Steinn :

Mais bien que tous racontent au scalde
ce conflit venu du sud,
nous chargerons tout de même de pierre
le cheval marin de Geitir :
nous naviguons avec joie.

« Le renne de Sveiði », comme le chante Hallvarðr :

Ô fils de Sveinn, vaillant dans la lutte,
tu viens avec le renne de Sveiði,
long de bordages, sur le siège de Sølsi ;
le cerf du détroit glissa loin de la côte.

(Ici, le navire est aussi appelé « cerf du détroit », et la mer est appelée « siège de Sølsi ».)

Ainsi chante Þórðr Sjáreksson :

Le rapide cheval du plat-bord
vira au nord de Sigg,
la bourrasque poussa la joie du courant de Gylfi,
le cheval du sillage de la mouette, vers le sud d’Eime.
Il laissa rapidement derrière la poupe
Kǫrmt et la côte d’Agder ;
au large de Lista,
le cheval du poireau bondit légèrement.

(Ici, le navire est appelé « cheval du plat-bord » ; la mer, « terre de Gylfi » ; et encore, « sillage de la mouette ». Le navire est aussi nommé « cheval du poireau », car « poireau » est un kenning pour « mât ».)

Encore une fois, comme le chante Markús :

Le petit d’ours du courant
traversa vaillamment les congères du serpent de fjord ;
le défendeur à la dent avide
bondit par-dessus les sommets du logis de la baleine ;
l’ours du flot avança
sur les antiques pistes des skis marins ;
l’ours du hauban, affronteur d’averses,
brisa la chaîne éclaboussante du récif.

(Ici, le navire est nommé « petit d’ours du courant » — un petit d’ours est appelé hiveron ; et un ours est aussi appelé « défenseur » ; « ours du hauban » = navire.)

Le navire est aussi appelé renne, comme on l’a vu précédemment chez Hallvarðr, et cerf, comme le chante le roi Haraldr Sigurðarson :

Près de la Sicile,
la couture de mer s’ouvrit grand :
nous étions pleins de prestance ;
le cerf de mer glissait rapidement,
tel qu’on l’espérait, sous les héros.

Et encore élan, comme le chante Einarr :

Le doux briseur de paix des anneaux,
le noble héros, ne pourra pas
longtemps rester auprès de toi,
à moins que rien ne l’aide :
nous préparons l’élan du flot.

Et loutre, comme le chante Máni :

Toi, lourdaud au visage blême,
que peux-tu faire parmi les vaillants guerriers,
sur la loutre des vagues ?
Ta force est en train de te quitter.

Et encore loup, comme le chante Refr :

Et le diminueur de trésor (le généreux)
écouta Þorsteinn ;
mon cœur est fidèle
au seigneur du loup des flots,
dans le conflit de la verge de rage (épée).

Et aussi bœuf. Le navire est encore appelé raquette de neige, chariot ou char. Ainsi chante Eyjólfr le Vaillant Scalde :

Tard dans la journée, le jeune jarl
dans la raquette des eaux sans terre
partit avec une escorte égale
pour affronter le vaillant chef.

Ainsi chante Styrkárr Oddason :

La troupe de Hǫgni poussa les chars
des rouleaux par-dessus les congères de Heiti,
en poursuivant avec colère
le grand donneur des braises du flot (l’or).

Et comme le chante Þorbjǫrn :

Le chargeur du char marin des crêtes de vagues
fut plongé dans la fontaine baptismale,
le disperseur de trésor, à qui fut donnée
la plus haute faveur du Christ blanc.


Geitir : le Chèvreux

Sveiðar : « celui qui brûle », « tourmenteur »

Sölsi : « le solaire », « petit soleil »

Sveinn : jeune homme, serviteur, garçon

Siggja : « Victorieuse », ou « fille de la victoire »

Goti : Le Goth

Glaumr : Le Tapageur, le Joyeux, le Rieur

Aumar : « le Pitoyable », « le Malheureux »

Lista : « l’Artiste », « la Savante », « la Magicienne »

Kǫrmt : La Courante, la Voie

Agðir : les Agder (région sud de la Norvège)

Vetrliði : « celui qui suit l’hiver »

Íugtanni : « Dent ardente », « dent de feu »

Bersi : Diminutif de bjǫrn = ours

Meiti : « Le Blesseur », ou Le Pilier / Mât, la bataille

  1. Haraldr ↩︎
  2. Le navire ↩︎
  3. Le navire ↩︎
  4. Ou potentiellement Les rennes de Sveiði. Sveiða est la forme génitive plurielle faible (non la forme d’un nom propre en génitif singulier). ↩︎
  5. navire long à planche ↩︎
  6. Sveiði (autre roi marin) [= la mer], les brûleurs ↩︎
  7. [= les navires] ↩︎
  8. un nom de cheval, le destrier ↩︎
  9. le navire, le cheval avec des flancs de navire ↩︎
  10. le navire, nom de cheval : bruit, tumulte, vacarme, ↩︎
  11. la mer ↩︎
  12. image du navire voguant avec ses voiles hautes, semblable à un cheval harnaché de toile. ↩︎
  13. serpents du fjord (fjarðlinna) = les poissons, mais dans le contexte marin, ils deviennent vagues sinueuses? ↩︎
  14. congères de serpents = les masses d’écume des vagues, métaphore hivernale? ↩︎
  15. le navire ↩︎
  16. le navire puissant ↩︎
  17. = les vagues sillonnées par d’autres navires, skis marins = désigne soit d’anciens navires, soit les traces laissées sur la mer. ↩︎
  18. le navire ↩︎
  19. lien rugissant de l’écueil = les vagues se brisant sur les rochers, danger marin personnifié. ↩︎
  20. bjǫrn ↩︎
  21. compagnon de l’hiver  ↩︎
  22. à la dent courbe, aux crocs avides ↩︎
  23. autre mot pour ours ↩︎
  24. Haraldr harðráði, connu en français sous le nom Harald III de Norvège ↩︎
  25. le navire ↩︎
  26. les navires de guerre se préparent ↩︎
  27. friðstøkkvir baugs (« briseur de paix de l’anneau ») : ↩︎
  28. le navire ↩︎
  29. homme généreux ↩︎
  30. le loup, le navire ↩︎
  31. l’épée, Vandill de la pierre à aiguiser → Vandill (baguette, lame) est un nom de lame/arme : épée → bataille → les paroles prononcées en temps de conflit. ↩︎
  32. la bataille ou un Roi de la mer ↩︎
  33. ski du banc de pêche → navire (le « ski » glissant sur la mer, lieu de pêche). ↩︎
  34. chef local ↩︎
  35. chars à glissoir : navires ↩︎
  36. les vagues ↩︎
  37. chargeur d’un navire ou célébrant d’une messe ↩︎
  38. le Messie ↩︎
  39. le Messie ↩︎

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