Skáldskaparmál, 63

63. Orrosta kennd til Óðins.

Orrosta er veðr Óðins, sem fyrr er ritat. Svá kvað Víga-Glúmr:

188.
Rudda ek sem jarlar,
orð lék á því, forðum
með veðrstöfum Viðris
vandar mér til landa.

Viðris veðr er hér kallat orrusta, en vöndr vígs sverðit, en menn stafir sverðsins. Hér er bæði orrosta ok vápn haft til kenningar mannins. Þat er rekit kallat, er svá er ort. Skjöldr er land vápnanna, en vápn er hagl eða regn þess lands, ef nýgervingum er ort.


63. Des désignations de la bataille liée à Óðinn.

La bataille est la tempête d’Óðinn, comme cela a été écrit plus tôt. Ainsi chanta Víga-Glúmr :

188.
Je frayai mon chemin à la manière des jarlar,
tel que les propos en dansent à ce sujet, jadis
au moyen des bâtons-de-tempête du Viðrir
du sceptre pour moi pour les terres.

La tempête de Viðrir est ici appelée la bataille, de même le sceptre du combat est l’épée, et les hommes sont les bâtons de l’épée. Ici la bataille et les armes sont employées comme kenningar pour l’homme. Cela est appelé rekit1, une composition menée selon cette forme.
Le bouclier est la terre des armes, et les armes sont la grêle ou la pluie de cette terre, lorsque l’on compose avec des figurations-renouvelées (nýgervingar).


Battle is called Storm of Odin, as is recorded above; so sang Víga-Glúmr:

I cleared my way aforetime
Like earls to lands; the word went
Of this among the Storm-Staves,
The men of Vidrir’s Sword-Wand.

Here battle is called Storm of Vidrir, and the sword is the Wand of Battle; men are Staves of the Sword. Here, then, both battle and weapons are used to make metaphors for man. It is called ‘inlaying,’ when one writes thus.

« The shield is the Land of Weapons, and weapons are Hail or Rain of that land, if one employs figures of later coinage.

———————————————-

La bataille est appelée Tempête d’Óðinn, comme il a été mentionné précédemment ; ainsi chanta Víga-Glúmr :

Je me frayai un chemin autrefois
Comme les jarls à travers les terres ;
On parla de cela parmi les Bâtons de la Tempête,
Les hommes du Bâton d’Épée de Viðrir.

Ici, la bataille est appelée Tempête de Viðrir (Óðinn),
et l’épée est désignée comme le Bâton de la Bataille ;
les hommes sont appelés Bâtons de l’Épée.

Ainsi, dans cet exemple, bataille et armes sont utilisés pour former des métaphores pour désigner l’homme.

On appelle cela l’incrustation (inlaying), lorsqu’on compose ainsi, en enchâssant plusieurs images.

Le bouclier est ainsi nommé Terre des Armes,
et les armes sont appelées Grêle ou Pluie de cette terre,
lorsqu’on emploie des figures de style d’invention plus récente.


Viðrir : « l’Agité », « le Perturbateur », « celui qui trouble », viðr (vent, tempête, agitation) ,
Le mot viðr est un terme rare, mais on le rapproche de la racine du germanique commun :

  • *wēdrą → temps, vent, météo, qui a donné :
    • gotique : wēþr,
    • vieil anglais : weder (weather),
    • vieil haut allemand : wetar,
    • norrois : veðr (tempête).

La racine verbale viðra pourrait signifier faire rage, se déchaîner, se débattre.

Donc, Viðrir = celui qui est comme une tempête, celui qui souffle, trouble, agite.

  1. kenning étendu, enchaînement, énumération, pousser, conduire, dérouler, déroulé, conduit, exposé. ↩︎

Laisser un commentaire

En savoir plus sur 🌲 Mímameiðr 🌲

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture