
59. Maðr kenndr til viða.
Maðr er kenndr til viða, sem fyrr er ritat, kallaðr reynir vápna eða víga, ferða ok athafnar, skipa ok alls þess, er hann ræðr ok reynir. Svá kvað Úlfr Uggason:
148.
En stirðþinull starði
storðar leggs fyr borði
fróns á folka reyni
fránleitr ok blés eitri.
Viðr ok meiðr, sem kvað Kormákr:
149.
Meiðr er mörgum æðri
morðteins í dyn fleina;
hjörr fær hildibörrum
hjarl Sigurði jarli.
Lundr, svá kvað Hallfreðr vandræðaskáld:
150.
Askþollum stendr Ullar
austr at miklu trausti
rækilundr inn ríki
randfárs brumaðr hári.
Hér er ok þollr nefndr. Búss, svá kvað Arnórr:
151.
Rökr öndurt bað randir
reggbúss saman leggja,
rógskýja helt, Rygja,
regni haustnótt gegnum.
Askr, sem Refr kvað:
152.
Gekk í gulli stokkna
gjöfrífr, Háars drífu
askr viðr ærinn þroska,
as-Freyr sæing meyjar.
Hlynr, sem hér er:
153.
Heill kom þú, handar svella
hlynr kvaddi svá brynju.
Börr, sem Refr kvað:
154.
Alls böðgæðis bjóða,
börr ræðr til þess hjörva,
ógnstöðvar hefi ek ægi
einráðit Þórsteini.
Stafr, sem Óttarr kvað:
155.
Heltu, þar er hrafn né svalta,
hvatráðr ertu, láði,
ógnarstafr, fyr jöfrum,
ýgr, tveimr, við kyn beima.
Þorn, sem Arnórr kvað:
156.
Hlóð, en hála téðu
hirðmenn ara grenni,
auðar þorn fyr örnu
ungr valköstu þunga.
59. Des désignations de l’homme lié aux arbres.
Un homme est désigné en relation avec les arbres, tel qu’il a été écrit précédemment, appelé sorbier1 des armes ou des batailles, des voyages et des actions, des navires et de tout ce qui leur est lié, de tout ce qu’il2 dirige et éprouve.
Ainsi chanta Úlfr Uggason :
148.3
Et la corde-raide4 perça de ses yeux
d’os de la terre5 devant le bord
le sorbier6 de la Frón (seigneurie) des peuples
et le luisant-d’apparence souffla du venin.
Forêt et arbre7, comme l’a chanté Kormákr.
149.
Cet arbre8 est plus noble que de nombreux autres
dans le fracas des lances de la branche meurtrière9 ;
l’épée procure des porteurs de bataille10
des héritiers de Sigurdr, des jarl avec des terres.
Bosquet, comme l’a chanté Hallfreðr vandræðaskáld :
150.
Debout parmi les frênes et sapins d’Ullr11
à l’est à l’occasion d’un grand soutien
le robuste bosquet12 protège le royaume
orné des bourgeons du malheur des boucliers dans ses cheveux.
Ici est également mentionné le sapin. Búss13 (navire), comme l’a chanté Arnórr :
151.
Au crépuscule il fut ordonné aux bords des boucliers
de se joindre ensemble par l’arbre des navires14,
se tenait les nuages du conflit, aux hommes de Rygir,
pendant la pluie d’une nuit d’automne.
Le frêne, tel que le chanta Refr :
152.
Il pénétra à travers l’or cristallisé
fougueux en présents, sous la pluie divine de Hárr15
ce frêne arbre16 à la grande maturité,
est l’áss-Freyr du lit des jeunes femmes.
L’érable, comme il est ici :
153.
Heil sois le bienvenu, du givre de la main17
l’érable18 salua ainsi l’armure.
Börr19, comme l’a chanté Refr :
154.
L’offrande au nourricier de bataille20,
le börr21 en assume le sort des épées,
l’Aegir du lieu de terreur22
fut décidé seul en faveur de Þórsteinn.
Le bâton, comme l’a chanté Óttarr :
155.
Tiens bon, là où le corbeau ne souffre pas de la faim,
toi le prompt à décider, pour les landes,
bâton de terreur, devant les rois,
redoutable, comme deux, contre le clan des ennemis.
Épine, comme Arnórr l’a chanté :
156.
Elle empila, et il fut offert sur un terrain glissant
de concert avec la garde rapprochée de l’aigle,
l’épine23 de l’abondance devant cet aigle
un jeune amas de lourds cadavres.
Man is periphrased in tree-metaphors, as we have written before; he is called Rowan, or Tester, of Weapons, or of Combats, of Expeditions and of Deeds, of Ships, and of all that which he wields and tests; thus sang Úlfr Uggason:
But the flashing-eyed stiff Edge-Rope
Of the Earth stared past the gunwale
At the Rowan-Tree of the people
Of Stone, the Giant-Tester.
Tree and Beam, as Kormákr sang:
The Beam of the murdering Sword-Twig
Is taller than are many
In the Din of Darts; the sword wins.
The land for dauntless Sigurdr.
Grove, as sang Hallfredr Troublous-Skald:
The Mighty Grove and Faithful
Of the Shield-Murderer, budded
With hair, stands in the Eastlands
Safe with Ullr’s Ash-Warriors.
Here he is also called Ash.
Box, as Arnórr sang:
The Box of Ships bade the Rygir
Bring the shields together
At early dusk; through the spear-rain
Of strife-clouds held the autumn night.
Ash, as Refr sang:
The Strife-Lord, gracious Giver,
Sought the Maid’s bed gold-sprinkled;
The Ash of Odin’s War-Sleet
Won the estate of manhood.
Maple, as here:
Hail, Maple of the Ice-Lumps
Of the Hand!’ So spake the Birnie.
Tree, as Refr sang:
Since I have appointed
To proffer Odin’s Breast-Sea,
The War-God’s Verse, to Thorsteinn;
The Tree of Swords so wills it.
Staff, as Óttarr sang:
Thou, fierce War-Staff, maintainedst
Maugre two kings, thy borders
With heroes’ kin, where the ravens
Starved not; keen-hearted art thou.
Thorn, as Arnórr sang:
He gathered, the young Wealth-Thorn,
Many great heaps of corpses
For the eagles, and his henchmen
Guided and helped the hero.
———————————————–
L’homme est décrit par des métaphores d’arbres, comme nous l’avons déjà écrit ; il est appelé Sorbier, ou Éprouveur d’Armes, ou de Combats, d’Expéditions et d’Actes, de Navires, et de tout ce qu’il manie et teste ; ainsi chanta Úlfr Uggason :
Mais la corde rigide et luisante de la lame
De la Terre fixa du regard au-delà du plat-bord
Le Sorbier du peuple
De la Pierre, l’Éprouveur des Géants.
Arbre et Poutre, comme chanta Kormákr :
La Poutre du rameau meurtrier de l’Épée
Est plus grande que bien d’autres
Dans le fracas des flèches ; l’épée gagne
La terre pour l’intrépide Sigurdr.
Bosquet, comme chanta Hallfreðr le Scalde Turbulent :
Le Puissant Bosquet et Fidèle
Du Tueur au Bouclier, orné
De cheveux, se tient en Orient
À l’abri avec les Guerriers-Frênes d’Ullr.
Ici, il est également appelé Frêne.
Boîte, comme chanta Arnórr :
La Boîte des Navires ordonna aux Rygir
D’assembler les boucliers
Au crépuscule naissant ; à travers la pluie de lances
Des nuages de conflit, se déroula la nuit d’automne.
Frêne, comme chanta Refr :
Le Seigneur du Conflit, Généreux Donateur,
Chercha le lit doré de la jeune fille ;
Le Frêne des Grêlons de Guerre d’Odin
Conquit le domaine de la virilité.
Érable, comme ici :
Salut, Érable des blocs de glace
De la Main !’ Ainsi parla la Cotte de mailles.
Arbre, comme chanta Refr :
Puisque j’ai décidé d’offrir
La Mer de la Poitrine d’Odin,
Le Vers du Dieu de Guerre, à Thorsteinn ;
L’Arbre des Épées en a décidé ainsi.
Bâton, comme chanta Óttarr :
Toi, féroce Bâton de Guerre, tu as maintenu
Malgré deux rois, tes frontières
Avec les descendants de héros, là où les corbeaux
Ne manquèrent pas de nourriture ; intrépide es-tu.
Épine, comme chanta Arnórr :
Il rassembla, le jeune Épine de la Richesse,
De nombreux grands amas de cadavres
Pour les aigles, et ses compagnons
Guidèrent et aidèrent le héros.
- « Reynir » (nom masculin) :
« Sorbier. »
« Reynir » (personne) :
« Maître éprouvé. »
« Utilisateur expérimenté. » ↩︎ - l’homme en question ↩︎
- Ancienne traduction :
Et une corde raide perça de ses yeux
près du bord face à l’os de la terre
le sorbier de la terre du peuple
au regard étincelant et il souffla du venin. ↩︎ - Miðgarðsormr, le Serpent de Midgard ↩︎
- roche, géant ↩︎
- Thor ↩︎
- Viðr est plus générique, signifiant simplement « arbre » ou « bois », ou forêt, sans connotation spécifique de robustesse ou d’usage structurel. « bois », « arbre », ou « forêt ».
Meiðr, en revanche, peut avoir une connotation de transformation ou d’usage (comme une poutre ou un tronc sculpté), ce qui lui donne une symbolique plus humaine ou fonctionnelle. « arbre », « tronc », ou « branche ». ↩︎ - ce guerrier qui s’illustre ↩︎
- l’épée,
morðteins (« de la brindille de bataille [ÉPÉE] ») : Tous les manuscrits ont ‑reins. Mais « reins », qui pourrait être interprété comme hreins (« du renne ») ou comme le génitif masculin de l’adjectif hreinn (« propre, pur »), n’a pas de sens dans le contexte actuel. Cette édition adopte donc l’émendation -teins (« de la brindille »), suivant les éditions précédentes (SnE 1848-87, I; Skj B; Skald; SnE 1998).
J’ai délibérément choisi branche au lieu de brindille. ↩︎ - des guerriers ↩︎
- J’ai préféré traduire littéralement par frêne et sapin.
Ullar askþollum (« des sapins du navire d’Ullr <dieu> [(litt. « sapins du navire d’Ullr ») BOUCLIER > GUERRIERS] ») : Askr (« frêne », arbre du genre Fraxinus) fait ici référence à un navire fabriqué en bois de frêne, une signification occasionnellement attestée en prose (ONP : askr 4) et trouvée en poésie dans Eskál Vell 4/2I et ǪrvOdd Lv 2/4VIII (Ǫrv 8) ; voir aussi Jesch (2001a, 135-6), Note sur Þul Skipa 1/4 et OE æsc (« frêne-navire, navire viking »). « Navire d’Ullr » est une kenning raisonnablement courante pour « bouclier » (LP : Ullr ; Meissner 166), comme le note Skm (SnE 1998, I, 67, 167-8, 194), bien que les raisons de cette association (il est aussi appelé áss skjaldar (« dieu du bouclier ») dans Skm, SnE 1998, I, 19) restent obscures. Voir aussi Hallv Knútdr 3/5, 7, 8 et Note associée. ↩︎ - le guerrier, l’homme illustre ↩︎
- Racine germanique commune :
Búss pourrait être dérivé de la racine germanique bús, apparentée à bú (foyer, ferme, habitation).
Cela pourrait désigner quelqu’un lié à un foyer, à un maître de maison, ou à un fermier prospère.
En ce sens, Búss pourrait signifier « celui qui protège le foyer », « le chef du domaine », ou « le maître de la maison ».
Association maritime :
Une autre possibilité est que Búss soit lié à buss, un mot qui désigne un type de navire ou bateau à voile en usage au Moyen Âge dans les langues scandinaves.
Si cette étymologie est correcte, Búss pourrait symboliser un marin, un navigateur, ou quelqu’un associé à la mer.
Interprétation poétique :
Búss peut également être un sobriquet ou une métonymie utilisée par le poète Arnórr pour désigner une personne ou un héros en relation avec ces thèmes (foyer ou navigation).
« Le maître du foyer. »
« Le chef du domaine. » ↩︎ - Reggbúss : littéralement l’abri des dieux. Dans un contexte marin, il s’agirait d’un navire et de son mat ou de son capitaine. ↩︎
- la bataille si on l’interprète à un premier niveau, mais potentiellement aussi que la pluie divine de Hárr est la pluie de la rivière Thund qui encercle la Valholl et de ce fait, est-ce une pluie de la bataille, de l’étude ou du sexe? La rivière Thund, l’inondation (atmosphérique), est la rivière du ciel qu’enjambe le Bifröst. Cette strophe semble donc nous indiquer que l’accès au divin, il y a en fait un jeu de mot triple, est possible par la voie du guerrier, la voie de l’étude et la voie du sexe. ↩︎
- cet homme arbre, cet homme robuste, cet homme illustre ↩︎
- Avec de l’argent ↩︎
- l’homme illustre ↩︎
- Arbre, tronc, pilier, poutre : Support brut ou robuste : Guerrier central ↩︎
- j’ai choisi nourricier comme traduction :
bǫðgœðis : « du promoteur de bataille [= Óðinn] » :
Le kenning promoteur de bataille est une métaphore traditionnelle pour « guerrier », mais le contexte montre qu’il ne peut ici désigner qu’Óðinn. En effet, ægi ógnstǫðvar (« l’océan du lieu de terreur [POITRINE] ») doit être complété par « Óðinn » pour correspondre au schéma « liquide de la poitrine d’Óðinn [POÈME] ». ↩︎ - l’arbre, le guerrier illustre incontournable dans ce cas précis. ↩︎
- Le poème, la poitrine (champ de bataille), le liquide de la poitrine qui permet d’écrire le poème de guerre : ægi ógnstǫðvar bǫðgœðis — « l’océan du lieu de terreur du promoteur de bataille » [POÈME] ↩︎
- l’homme illustre de la garde rapprochée de l’aigle, du seigneur, empila un tas frais de lourds cadavres. ↩︎
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