Skáldskaparmál, 51

51. Frá Völsungum.

Eftir Sigurð svein lifði dóttir, er Áslaug hét, er fædd var at Heimis í Hlymdölum, ok eru þaðan ættir komnar stórar. Svá er sagt, at Sigmundr Völsungsson var svá máttugr, at hann drakk eitr ok sakaði ekki, en Sinfjötli, sonr hans, ok Sigurðr váru svá harðir á húðna, at þá sakaði ekki eitr, at útan kæmi á þá bera. Því hefir Bragi skáld svá kveðit:

114.
Þá er forns Litar flotna
á fangboða öngli
hrökkviáll of hrokkinn
hekk Völsunga drekku.

Eftir þessum sögum hafa flest skáld ort ok tekit ýmsa þáttu. Bragi inn gamli orti um fall Sörla ok Hamðis í drápu þeiri, er hann orti um Ragnar loðbrók.

115.
Knátti eðr við illan
Jörmunrekkr at vakna
með dreyrfáar dróttir
draum í sverða flaumi;
rósta varð í ranni
Raudvés höfuðniðja,
þá er hrafnbláir hefnðu
harma Erps of barmar.

116.
Flaut of set við sveita
sóknar alfs í golfi
hræva dögg, þar er höggnar
hendr sem fætr of kenndusk;
fell í blóði blandinn
brunn ölskála, runna
þat er á Leifa landa
laufi fátt, at höfði.

117.
Þar svá at gerðu gyrðan
golfhölkvis sá fylkis
segls naglfara siglur
saums andvanar standa;
urðu snemmst ok Sörli
samráða þeir Hamðir
hörðum herðimýlum
Hergauts vinu barðir.

118.
Mjök lét stála stökkvir
styðja Gjúka niðja
flaums, þá er fjörvi næma
Foglhildar mun vildu,
ok bláserkjar birkis,
ball, fagrgötu allir,
ennihögg ok eggjar
Jónakrs sonum launa.

119.
Þat sék fall á fögrum
flotna randar botni.
Ræs gafumk reiðar mána
Ragnarr ok fjölð sagna.


51. À propos des Völsungar.

Après Sigurðr le jeune, survécut une fille nommée Áslaug, qui était née chez Heimir à Hlymdal, et de là sont issues de grandes lignées. Il est dit que Sigmundr, fils de Völsung, était si puissant qu’il buvait du poison et cela ne lui faisait aucun mal, et que Sinfjötli, son fils, ainsi que Sigurðr, étaient si résistants de peau que le poison ne les affectait pas quand il touchait leur peau nue. C’est pourquoi le scalde Bragi a composé ainsi :

114.
Alors que l’ancien Litr des flots
sur l’accroche du champion au combat
l’anguille s’est enroulée sur elle-même1
pendu à la coupe des Völsungar.

D’après ces récits, la plupart des poètes ont composé et tiré divers épisodes.

115.
Il se pourrait que ce soit de ce mauvais
que dû Jörmunrekkr se réveiller
au milieu des troupes ensanglantés
rêve en plein déluge d’épées;
Le tumulte éclata dans le hall
des chefs descendants de Raudvé,
Quand les bleus comme des corbeaux se vengèrent
des malheurs d’Erpr sur leurs cœurs.

116.
Flottait au-dessus du siège avec le sang
de l’assaut de l’elfe2 au sol
la rosée des cadavres, là où ils sont tranchés
les mains comme les pieds se faisaient sentir;
chuta dans du sang mêlé
la fontaine des coupes de bière, les buissons
qui sont sur les terres de Leif
rares en feuilles, à sa tête.

117.
Là, ainsi firent-ils encercler
le récipient du golfhölkvis34 du souverain
les mâts voilés du clouté du voyage5
dépourvu de couture se dressaient;
très tôt devinrent et Sörli
de leur concertation et Hamðir
par les dures pierres meulières
frappés par les amis d’Hergaut.

118.6
Grandement firent-ils jaillir l’acier
soutenant les descendants de Gjúki
dans un déluge, lorsque la fjörvi7 ôtée
voulurent-ils au désir8 de Foglhildr9,
et [de par la branche]10 de la chemise bleue11 du bouleau12
le désastre, du beau chemin pour tous13,
des coups au front et tranchants d’épée
rétribuant les fils de Jónakr.

119.
Je vois la chute parmi les beaux
dans le bas-fond du bouclier des flots.
L’impulsion du courroux de la lune m’a été donnée14
pour Ragnarr et de nombreuses sagas.


A daughter named Áslaug lived after young Sigurdr; she was reared with Heimir in Hlymdalir, and great houses are sprung from her. It is said that Sigmundr, Völsungr’s son, was so strong that he could drink venom and receive no hurt; and Sinfjötli his son and Sigurdr were so hard-skinned that no venom from without could harm them: wherefore Bragi the Skald has sung thus:

When the wriggling Serpent
Of the Völsung’s Drink hung writhing

On the hook of the Foeman
Of Hill-Giants’ kindred.

Most skalds have made verses and divers short tales from these sagas. Bragi the Old wrote of the fall of Sörli and Hamdir in that song of praise which he composed on Ragnarr Lodbrók:

Once Jörmunrekkr awakened
To an dream, ‘mid the princes
Blood-stained, while swords were swirling:
A brawl burst in the dwelling
Of Randvér’s royal kinsman,
When the raven-swarthy
Brothers of Erpr took vengeance
For all the bitter sorrows.

The bloody dew of corpses,
O’er the king’s couch streaming,
Fell on the floor where, severed,
Feet and hands blood-dripping
Were seen; in the ale-cups’ fountain
He fell headlong, gore-blended:
On the Shield, Leaf of the Bushes
Of Leifi’s Land, ‘t is painted.

There stood the shielded swordsmen,
Steel biting not, surrounding
The king’s couch; and the brethren
Hamdir and Sörli quickly
To the earth were beaten
By the prince’s order,

To the Bride of Odin
With hard stones were battered.

The swirling weapons’ Urger
Bade Gjúki’s race be smitten
Sore, who from life were eager
To ravish Svanhildr’s lover;
And all pay Jónakr’s offspring
With the fair-piercing weapon,
The render of blue birnies,
With bitter thrusts and edges.

I see the heroes’ slaughter
On the fair shield-rim’s surface;
Ragnarr gave me the Ship-Moon
With many tales marked on it.]

——————————————–
Une fille nommée Áslaug survécut au jeune Sigurdr ; elle fut élevée avec Heimir à Hlymdalir, et de grandes maisons sont issues d’elle. On raconte que Sigmundr, le fils de Völsungr, était si fort qu’il pouvait boire du venin sans en être affecté ; et que son fils Sinfjötli ainsi que Sigurdr avaient la peau si dure qu’aucun venin extérieur ne pouvait les blesser : c’est pourquoi Bragi le Skald a chanté ainsi :

Quand le Serpent tortillant de la boisson des Vǫlsungar se tordit en s’enroulant sur l’hameçon de l’ennemi de la parenté des géants des collines.

La plupart des scaldes ont composé des vers et divers récits courts à partir de ces sagas. Bragi l’Ancien a écrit sur la chute de Sörli et Hamdir dans ce chant de louange qu’il a composé pour Ragnarr Lodbrók :

Un jour, Jǫrmunrekkr s’éveilla
D’un rêve, au milieu des princes
Tachés de sang, tandis que les épées tourbillonnaient :
Une bagarre éclata dans la demeure
Du parent royal de Randvér,
Quand les frères noirs de corbeau
D’Erpr prirent vengeance
Pour toutes les amères douleurs.

La rosée sanglante des cadavres,
S’écoulant sur le lit du roi,
Tomba sur le sol où, séparés,
Les pieds et les mains dégoulinant de sang
Furent vus ; dans la fontaine des coupes d’hydromel,
Il tomba la tête la première, mélangé au sang :
Sur le bouclier, Feuille des buissons
De la terre de Leifi, c’est peint.

Là se tenaient les épéistes protégés,
Le fer ne mordant pas, entourant
Le lit du roi ; et les frères
Hamdir et Sörli furent rapidement
Battus à terre
Par ordre du prince,

À la fiancée d’Odin,
Ils furent frappés avec des pierres dures.

L’instigateur des armes tourbillonnantes
Ordonna que la race de Gjúki soit sévèrement frappée,
Eux qui aspiraient à ôter la vie
Au bien-aimé de Svanhildr ;
Et tous remboursent les descendants de Jónakr
Avec l’arme transperçant la beauté,
La déchireuse de cottes de mailles bleues,
Avec des coups amers et tranchants.

Je vois le massacre des héros
Sur la surface du rebord du beau bouclier ;
Ragnarr m’a donné la Lune-du-Navire
Marquée de nombreux récits.


Chapitre 6.

(…)

Une fille du nom d’Aslaug survécut au jeune Sigurd. Elle fut élevée chez Heimir, dans la région des Hlymdalir, et elle est à l’origine de grandes lignées.
On raconte que Sigmund, le fils de Volsung, était d’une nature si puissante qu’il buvait du poison sans que cela lui fît de mal, tandis que ses fils, Sinfjotli et Sigurd, avaient une peau si dure que le poison ne leur faisait aucun mal, même s’il atteignait un endroit dénué de leur corps.

(…)

Sturluson, Snorri. L’Edda. [Paris]: Gallimard, 1991, p. 127.


Litr : « couleur » ou « teint » « Apparence »
Jörmunrekkr : « Roi Puissant » ou « Grand Souverain »
Raudvé : « Sanctuaire Rouge »
Erpr : « Le Sombre » ou « Le Brun »
Leif : « Héritier » ou « Descendant »
golfhölkvis : destrier du sol, sol saint,
fjörvi : vie, âme, force vitale
Foglhildr : « Bataille d’oiseau » ou « Guerrière des oiseaux »

  1. Le serpent Jörmungandr, présenté ici comme un ancien nain des flots, c’est-à-dire un ver dans le sang d’Ymir, est le poison dans la coupe des Völsungar… ↩︎
  2. alfs : peut-être esprit ↩︎
  3. le récipient du sol royal du souverain, ↩︎
  4. Autre information : « [2] sá golfhǫlkvis ‘la cuve du destrier du sol [MAISON > LIT]’ : Certains commentateurs (par exemple Dronke 1969, 211-12) ont interprété ‘sá’ comme la 3e pers. du prétérit singulier du verbe ‘sjá’ (voir), mais cela nécessite de modifier ‘hǫlkvis’ en ‘hǫlkvi’ et d’adopter le terme ‘fylkir’ (souverain) de R et Tˣ comme sujet de la proposition. Une majorité de spécialistes, y compris l’éditeur actuel, comprennent ‘sá’ comme l’accusatif singulier de ‘sár’ m. ‘vaisseau, cuve, récipient’, formant ainsi le noyau d’un kenning pour désigner un lit. ‘Golfhǫlkvir’ (‘destrier du sol’) est alors un kenning pour ‘maison’ (cf. Meissner 430-1), se référant à la salle de Jǫrmunrekkr. ‘Hǫlkvir’ apparaît comme un heiti (nom poétique) pour ‘cheval’ dans plusieurs contextes (par exemple Akv 30/7, SnE 1998, I, 89, Anon Kálfv 4/5, où il se réfère au cheval du héros Hǫgni). Kock (NN §1916) considère ‘hǫlkvir’ comme un heiti pour ‘navire’, et il est possible que ce mot ait eu les deux sens (AEW : hǫlkvir). Les kennings pour désigner un lit sont rares dans la poésie skaldique, et ‘sár’, avec ses associations probablement banales, n’est utilisé nulle part ailleurs dans le corpus (voir LP : sár). Bragi l’a probablement choisi au moins en partie a) pour des raisons métriques (Gade 1995a, 29-30) ; b) parce qu’il étend la métaphore du verbe ‘gyrða’ (encercler avec un cerceau ou une bande) ; et c) parce qu’il évoque un récipient contenant un liquide, le parallèle implicite étant avec le corps mutilé et saignant de Jǫrmunrekkr, privé de bras et de jambes. Marold (1994c, 569-71), cependant, voit dans ‘sár’ une référence à la chambre de Jǫrmunrekkr, formée de planches de bois. »
    Explication des kennings :
    golfhǫlkvis — « du destrier du sol » [MAISON] : Ce kenning, qui compare une maison à un cheval (destrier) supportant le sol, est un exemple poétique complexe.
    sá golfhǫlkvis — « la cuve du destrier du sol » [LIT] : Ici, le kenning désigne un lit en le comparant à une cuve (sár) dans une maison (golfhǫlkvis), avec des connotations de blessure et de liquide, peut-être en référence au corps mutilé de Jǫrmunrekkr.
    « Là, de sorte qu’ils encerclèrent la cuve du destrier du sol [MAISON > LIT] du souverain, les mâts de la voile du clouté [BOUCLIER > GUERRIERS], dépourvus de clous, se tiennent debout. Sǫrli et Hamðir furent très rapidement bombardés, par une décision commune, des dures pierres de l’épouse de Hergautr <= Óðinn> [= Jǫrð (jǫrð signifie ‘terre’) > PIERRES]. » ↩︎
  5. naglfara : navire, vaisseau ↩︎
  6. L’instigateur du tourbillon d’acier [BATAILLE > GUERRIER = Jǫrmunrekkr] fit subir de fortes pressions aux descendants de Gjúki [= Hamðir et Sǫrli], lorsqu’ils avaient l’intention de priver de vie l’amour de Bird-hildr <= Svanhildr> [= Jǫrmunrekkr]. Et tous remboursent les fils de Jónakr [= Hamðir et Sǫrli] pour les puissants et splendides coups au front portés par la branche de bouleau de la chemise sombre [ÉPÉE] et le chemin de la lame d’épée [BLESSURE].
    Contexte de la strophe 3. Cette strophe suit immédiatement le Rdr 5 dans trois manuscrits du Snorra Edda, R, Tˣ et C.
    [5-8] : Ces vers sont difficiles, et plusieurs interprétations ont été proposées. Le sens de base de l’helmingr est que les Goths, sous la direction de Jǫrmunrekkr, vengent (launa) Hamðir et Sǫrli pour leur attaque contre leur chef. (a) L’interprétation adoptée ici suit de près l’opinion de Marold (1983, 73-5 ; cf. Finnur Jónsson 1930-1, 265-6) en termes de syntaxe poétique et des règles normales de formation des kennings. Birki bláserkjar (« branche de bouleau de la chemise sombre [i.e. cotte de mailles] ») est interprété selon un schéma de kenning pour une épée dans lequel le mot de base est une branche ou un roseau, ou parfois une espèce d’arbre spécifique (cf. Meissner 152). (b) Dans Skj B, Finnur Jónsson a compris le second élément du composé ballfagr (v. 6) comme appartenant à gǫtu et a interprété la présence d’un kenning fagrgata bláserkjar birkis (« le chemin lumineux de l’épée [BLESSEURE] »). Il a ensuite compris une clause intercalée quelque peu maladroite avec ennihǫgg ball ok eggjar (vv. 6, 7), le verbe ball (« résonnait », dérivé de bella) ayant un sujet coordonné, pandehug rungede og sværdene lød (« les coups au front résonnèrent et les épées retentirent »). (c) Kock (NN §§215, 2002) a également pris ennihǫgg ok eggjar ensemble, les comprenant comme un objet coordonné de launa (« rembourser »), suivi en cela par Faulkes (SnE 1998, II, 266, 343). Pour que cette interprétation fonctionne, le nom hǫgg (« coups ») doit être compris à la fois avec enni- et eggjar- comme une sorte de hendiadys, pour donner l’ordre des mots en prose suivant : ok allir launa sonum Jónakrs ballfǫgr (ou bǫlfǫgr) ennihǫgg ok eggjar[hǫgg] birkis bláserkjar (« et tous vengent les fils de Jónakr [= Hamðir et Sǫrli] pour les puissants et splendides coups au front et coups de lame d’épée des bouleaux de la chemise sombre [GUERRIERS = Hamðir et Sǫrli] »). Le sens du kenning birkis bláserkjar dans cette interprétation est inhabituel et repose sur birki compris comme un nom collectif (« bouleaux »), qui peut donc désigner un groupe, ou dans ce cas, une paire de guerriers. Dans l’interprétation proposée par Marold et adoptée ci-dessus, birki est compris comme une abstraction « quelque chose de semblable à un bouleau », et donc « branche de bouleau », et le kenning birki bláserkjar (« branche de bouleau de la chemise sombre [i.e. cotte de mailles] ») peut alors être compris comme un kenning pour une épée. ↩︎
  7. datif singulier de fjör, qui signifie « vie », « âme » ou « force vitale » ↩︎
  8. Jǫrmunrekkr qui désirait Svanhildr ↩︎
  9. Svanhildr disparue? Foglhildr ↩︎
  10. l’épée ↩︎
  11. côte de maille ↩︎
  12. guerrier ↩︎
  13. la guerre ↩︎
  14. ou L’élan du char lunaire m’a été donné ↩︎

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