
7. Einkenni skáldskapar.
Þá mælti Ægir: « Hversu á marga lund breytið þér orðtökum skáldskapar, eða hversu mörg eru kyn skáldskaparins? »
Þá mælti Bragi; « Tvenn eru kyn, þau er greina skáldskap allan. »
Ægir spyrr: « Hver tvenn? »
Bragi segir: « Mál ok hættir. »
« Hvert máltak er haft til skáldskapar? »
« Þrenn er grein skáldskaparmáls. »
« Hver? »
« Svá at nefna hvern hlut, sem heitir. Önnur grein er sú, er heitir fornöfn. In þriðja málsgrein er sú, er kölluð er kenning, ok er sú grein svá sett, at vér köllum Óðin eða Þór eða Tý eða einhvern af ásum eða álfum, ok hvern þeira, er ek nefni til, þá tek ek með heiti af eign annars ássins eða get ek hans verka nökkurra. Þá eignast hann nafnit, en eigi hinn, er nefndr var. Svá sem vér köllum sig-Tý eða hanga-Tý eða farma-Týr, þat er þá Óðins heiti, ok köllum vér þat kennt heiti, svá ok at kalla reiðar-Tý. »
7. Caractéristiques de la poésie.
Alors Ægir déclara : « De combien de façons variez-vous les expressions de la poésie, ou combien de genres de poésie existent-ils ? »
Alors Bragi répondit : « Il y a deux genres qui englobent toute la poésie. »
Ægir demanda : « Quels sont ces deux genres ? »
Bragi expliqua : « Le mètre et les figures de style. »
« Quel figures de style est utilisé pour la poésie? » [demanda Ægir.]
« Elles se divisent en trois catégories. » [répondit Bragi.]
« Lesquelles ? » [insista Ægir.]
[Bragi précisa : ] « [La première consiste à] nommer chaque chose par son nom. La deuxième catégorie est celle qu’on appelle les fornöfn. La troisième, que nous appelons kenning, est structurée de telle manière que nous pouvons désigner Óðinn, Þór, Tý ou l’un des Æsir ou des elfes et pour chacun que je mentionne, je prends un attribut d’un autre des Æsir ou je relate certains de ses actes. Ainsi, il devient le propriétaire du nom, et non celui dont le nom a été utilisé. Par exemple, lorsque nous disons ‘victoire-Týr’ (sig-Tý), ‘pendu-Týr’ (hanga-Tý), ou ‘fardeau-Týr’ (farma-Tý), qui sont des désignations pour Óðinn, et nous appelons cela un nom caractérisé, ainsi que de dire ‘chariot-Týr’ (reiðar-Tý). »
6. Then said Æger: In how many ways do you vary the poetical expressions, or how many kinds of poetry are there?
Answered Brage: There are two kinds, and all poetry falls into one or the other of these classes.
Æger asks: Which two?
Brage answers: Diction and meter.
What diction is used in poetry?
There are three sorts of poetic diction.
Which?
One is to name everything by its own name; another is to name it with a pronoun, but the third sort of diction is called kenning (a poetical periphrasis or descriptive name); and this sort is so managed that when we name Odin, or Thor or Tyr, or any other of the asas or elves, we add to their name a reference to some other asa, or we make mention of some of his works. Then the appellation belongs to him who corresponds to the whole phrase, and not to him who was actually named. Thus we speak of Odin as Sigtyr, Hangatyr or Farmatyr, and such names we call simple appellatives. In the same manner he is called Reidartyr.
Ægir dit alors : « De combien de manières les termes de la poésie scaldique sont-ils formulés différemment, ou combien y a-t-il d’éléments essentiels dans l’art scaldique ? » Bragi répondit : « Les éléments qui divisent toute poésie sont au nombre de deux. » Ægir demanda : « Lesquels ? » Bragi dit : « La métaphore et le mètre. » « Quel type de métaphore est utilisé pour l’écriture scaldique ? » « Il y a trois types de métaphores scaldiques. » « Lesquels ? » « Ainsi : [premièrement], appeler chaque chose par son nom ; le deuxième type est celui que l’on appelle ‘substitution’ ; le troisième type de métaphore est celui que l’on appelle ‘périphrase’, et ce type est employé de la manière suivante : Supposons que je prenne Odin, ou Thor, ou Týr, ou l’un des Æsir ou des Elfes ; et à chacun d’eux que je mentionne, j’ajoute le nom d’une propriété de l’un des autres Æsir, ou je relate certains de ses actes. Alors, il devient propriétaire du nom, et non celui dont le nom a été appliqué à lui : tout comme lorsque nous parlons de Týr de la Victoire, ou Týr des Pendus, ou Týr des Cargaisons : cela devient alors le nom d’Odin : et nous appelons ces noms périphrastiques. De même avec le titre Týr du Char. »
Then said Ægir: « In how many ways are the terms of skaldship variously phrased, or how many are the essential elements of the skaldic art? » Then Bragi answered: « The elements into which all poesy is divided are two. » Ægir asked: « What two? » Bragi said: « Metaphor and metre. » « What manner of metaphor is used for skaldic writing? » « Three are the types of skaldic metaphor. » « Which? » « Thus: [first], calling everything by its name; the second type is that which is called ‘substitution;’ the third type of metaphor is that which is called ‘periphrasis,’ and this type is employed in such manner: Suppose I take Odin, or Thor, or Týr, or any of the Æsir or Elves; and to any of them whom I mention, I add the name of a property of some other of the Æsir, or I record certain works of his. Thereupon he becomes owner of the name, and not the one whose name was applied to him: just as when we speak of Victory-Týr, or Týr of the Hanged, or Týr of Cargoes: that then becomes Odin’s name: and we call these periphrastic names. So also with the title Týr of the Wain.[3]
- Týr. See discussion in Cl.-Vig., p. 647. This word as a proper name refers to the one-armed God of War; but, especially in compounds, it has the sense of God, the God, and is usually applied to Odin. The compounds mentioned here by Snorri are all epithets of Odin.
Ægir dit alors : « De combien de façons les termes de la poésie scaldique sont-ils formulés différemment, ou combien y a-t-il d’éléments essentiels dans l’art scaldique ? » Bragi répondit : « Les éléments qui divisent toute poésie sont au nombre de deux. » Ægir demanda : « Lesquels ? » Bragi dit : « La métaphore et le mètre. » « Quel type de métaphore est utilisé pour l’écriture scaldique ? » « Il y a trois types de métaphores scaldiques. » « Lesquels ? » « Ainsi : [premièrement], nommer chaque chose par son nom ; le deuxième type est celui que l’on appelle ‘la substitution’ ; le troisième type de métaphore est celui que l’on appelle ‘la périphrase’, et ce type est employé de la manière suivante : Supposons que je prenne Odin, ou Thor, ou Týr, ou l’un des Æsir ou des Elfes ; et à chacun d’eux que je mentionne, j’ajoute le nom d’une propriété de l’un des autres Æsir, ou je relate certains de ses actes. Il devient alors le propriétaire du nom, et non celui à qui le nom était appliqué : tout comme lorsque nous parlons de Týr de la Victoire, ou Týr des Pendus, ou Týr des Cargaisons : cela devient alors le nom d’Odin : et nous appelons ces noms des périphrases. Il en va de même avec le titre Týr du Chariot. »(3)
Note 3. Týr. Voir la discussion dans Cl.-Vig., p. 647. Ce mot en tant que nom propre se réfère au dieu de la guerre manchot ; mais, surtout dans les composés, il a le sens de Dieu, le Dieu, et est généralement appliqué à Odin. Les composés mentionnés ici par Snorri sont tous des épithètes d’Odin.
fornöfn : « noms anciens » ou « termes anciens », potentiellement périphrase….
Sig-Tý : Týr de la Victoire, ou Dieu de la Victoire : Wotan
Hanga-Tý : Týr des Pendus, Dieu des Pendus : Wotan
Farma-Tý : Týr des Cargaisons, ou Dieu des Cargaisons : Wotan
Reiðar-Tý : Týr du Chariot, ou Dieu du Chariot
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