Gylfaginning, 16

16. Enn frĂĄ askinum

Þá mĂŠlti Gangleri: « Hvat er fleira at segja stĂłrmerkja frĂĄ askinum? »
HĂĄrr segir: « Margt er ĂŸar af at segja. Örn einn sitr Ă­ limum asksins, ok er hann margs vitandi, en Ă­ milli augna honum sitr haukr, sĂĄ er heitir Veðrfölnir. Íkorni sĂĄ, er heitir Ratatoskr, renn upp ok niðr eftir askinum ok berr öfundarorð milli arnarins ok Níðhöggs, en fjĂłrir hirtir renna Ă­ limum asksins ok bĂ­ta barr. Þeir heita svĂĄ: DĂĄinn, Dvalinn, Duneyrr, DuraĂŸrĂłr. En svĂĄ margir ormar eru Ă­ Hvergelmi með Níðhögg, at engi tunga mĂĄ telja. SvĂĄ segir hĂ©r:

24.
Askr Yggdrasils
drĂœgir erfiði
meira en menn viti;
hjörtr bítr ofan,
en ĂĄ hliðu fĂșnar,
skerðir Níðhöggr neðan.

SvĂĄ er enn sagt:

25.
Ormar fleiri liggja
und aski Yggdrasils
en ĂŸat of hyggi hverr Ăłsviðra apa.
GĂłinn ok MĂłinn,
ĂŸeir eru Grafvitnis synir,
Gråbakr ok Grafvölluðr,
Ófnir ok Sváfnir,
hygg ek, at ĂŠ myni
meiðs kvistum må.

Enn er ĂŸat sagt, at nornir ĂŸĂŠr, er byggja við Urðarbrunn, taka hvern dag vatn Ă­ brunninum ok með aurinn ĂŸann, er liggr um brunninn, ok ausa upp yfir askinn, til ĂŸess at eigi skuli limar hans trĂ©na eða fĂșna. En ĂŸat vatn er svĂĄ heilagt, at allir hlutir, ĂŸeir er ĂŸar koma Ă­ brunninn, verða svĂĄ hvĂ­tir sem hinna sĂș, er skjall heitir, er innan liggr við eggskurn, svĂĄ sem hĂ©r segir:

26.
Ask veit ek ausinn,
heitir Yggdrasill,
hårr baðmr, heilagr,
hvĂ­ta auri;
ĂŸaðan koma döggvar,
er Ă­ dali falla;
stendr hann ĂŠ yfir grĂŠnn
Urðarbrunni.

SĂș dögg, er ĂŸaðan af fellr ĂĄ jörðina, ĂŸat kalla menn hunangfall, ok ĂŸar af fÊðast bĂœflugur. Fuglar tveir fÊðast Ă­ Urðarbrunni. Þeir heita svanir, ok af ĂŸeim fuglum hefir komit ĂŸat fuglakyn, er svĂĄ heitir. »


16. Encore sur l’arbre

Alors Gangleri demanda : « Qu’y a-t-il d’autre de remarquable Ă  dire Ă  propos du frĂȘne ? »
HĂĄrr rĂ©pondit : « Il y a beaucoup Ă  dire. Un aigle est perchĂ© dans les branches de l’arbre, et il est trĂšs sage. Entre ses yeux se trouve un faucon appelĂ© Veðrfölnir. L’Ă©cureuil nommĂ© Ratatoskr court le long du tronc de l’arbre, montant et descendant, transportant des paroles malveillantes entre l’aigle et Níðhöggr. Quatre cerfs courent dans les branches de l’arbre et mordent les bourgeons. Ils sont nommĂ©s DĂĄinn, Dvalinn, Duneyrr et DuraĂŸrĂłr. Il y a tellement de serpents dans Hvergelmir avec Níðhöggr que personne ne peut les compter. Comme il est dit ici :

24.
Le frĂȘne Yggdrasil
endure de grandes difficultés
plus que les hommes ne savent ;
le cerf le broute en haut,
il se décompose sur le cÎté,
et Níðhöggr le ronge en bas.

Ainsi, il est également dit :

25.
Plus de serpents se trouvent
sous le frĂȘne Yggdrasil
que ne pourrait le penser un fou.
GĂłinn et MĂłinn,
fils de Grafvitnir,
Gråbakr et Grafvölluðr,
Ófnir et Sváfnir,
je crois qu’ils rongeront toujours
les branches de l’arbre.

Il est Ă©galement dit que les Nornes, qui rĂ©sident prĂšs du Puits d’Urðr, prennent chaque jour de l’eau du puits ainsi que de la terre qui se trouve autour, et la versent sur l’arbre afin que ses branches ne se dessĂšchent ou ne pourrissent pas. Cette eau est tellement sacrĂ©e que tous les objets qui y sont immergĂ©s deviennent aussi blancs que la membrane appelĂ©e ‘skjall’ qui se trouve Ă  l’intĂ©rieur de la coquille d’Ɠuf, comme il est dit ici :

26.
Je connais un frĂȘne, humectĂ©,
nommé Yggdrasil,
un arbre élevé, saint,
recouvert d’une blanche boue ;
de là viennent les rosées
qui tombent dans les vallées ;
il se tient toujours vert
au-dessus du Puits d’Urðr.

La rosĂ©e qui tombe de lĂ  sur la terre est appelĂ©e chute de miel, et c’est de cela que naissent les abeilles. Deux oiseaux sont nĂ©s dans le Puits d’Urðr. Ils sont appelĂ©s cygnes, et de ces oiseaux est issue la race d’oiseaux qui porte ce nom.


Chapitre 16

Gangleri demanda : « Y a-t-il d’autres choses remarquables Ă  dire du frĂȘne? »
Le TrĂšs-Haut rĂ©pondit : « Il y a maintes choses Ă  raconter Ă  son sujet. Dans les branches du frĂȘne est perchĂ© un aigle dont le savoir est trĂšs vaste ; entre ses yeux est perchĂ© un faucon, appelĂ© Vedrfolnir. Un Ă©cureuil du nom de Ratatosk court de bas en haut et de haut en bas le long du frĂȘne et transmet les paroles haineuses que s’échangent l’aigle et Nidhogg. Quatre cerfs, appelĂ©s Dain, Dvalin, Duneyr et Durathror, courent dans les branches du frĂȘne et broutent les jeunes pousses. Mais, dans Hvergelmir, il y a tellement de serpents en compagnie de Nidhogg qu’aucune langue ne peut les compter. Voici ce qui est dit ici :

Le frĂȘne Yggdrasil
Subit des épreuves
Plus grandes que ne le savent les hommes.
D’en haut un cerf le broute,
Sur le cÎté, il pourrit,
Et d’en bas Nidhogg le ronge.

Il est dit également ceci :

Plus de serpents
Se trouvent sous le frĂȘne Yggdrasil
Que ne peut se l’imaginer
Un vieil insensé:
Goin et Moin —
Ce sont les fils de Grafvitnir —,
Grabak et Grafvollud,
Ofnir et Svafnir,
Je sais que toujours
De l’arbre ils rongeront les rameaux.

On dit encore que les Nornes qui habitent prĂšs de la source d’Urd y prennent chaque jour de l’eau et, avec elle, la boue dĂ©posĂ©e tout autour de la source, et qu’elles en aspergent le frĂȘne afin que ses branches ne se dessĂšchent ni ne pourrissent. Cette eau est si sacrĂ©e que toutes les choses qui entrent dans la source deviennent aussitĂŽt blanches que la membrane placĂ©e Ă  l’intĂ©rieur de la coquille d’Ɠuf, comme il est dit ici :

Je sais qu’il est un frĂȘne
Appelé Yggdrasil,
Arbre altier, sacré,
De blanche boue aspergé.
De là viennent les gouttes de rosée
Qui tombent dans les vallées.
Toujours vert, il se dresse
Au-dessus de la source d’Urd.

La rosĂ©e qui, de lĂ , tombe sur la terre, les hommes l’appellent “miellĂ©e”, et c’est de cela que se nourrissent les abeilles. [D’autre part], deux oiseaux vivent dans la source d’Urd : ils s’appellent “cygnes”, et c’est d’eux que provient l’espĂšce d’oiseaux qui porte ce nom.»

Sturluson, Snorri. L’Edda. [Paris]: Gallimard, 1991, p. 48, 49.


Veðrfölnir : « Vent-PĂąle » ou « TempĂȘte-PĂąle »

Ratatoskr : « Dent-Perceuse » ou « Dent-Gratteuse »

Skjall : « coquille », « écaille », « pureté », « blancheur », « sainteté »

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