
Askr et Embla : la crĂ©ation de lâhumanitĂ©
Askr â vieux norrois askr, « frĂȘne » â et Embla, dont le nom est traditionnellement rapprochĂ© de lâorme mais demeure dâĂ©tymologie discutĂ©e, sont les deux premiers ĂȘtres humains dans la mythologie scandinave. Leur crĂ©ation est rapportĂ©e dans la poĂ©sie eddique, aux strophes 17 et 18 de la VöluspĂĄ, ainsi que dans la Gylfaginning de Snorri Sturluson.
Selon la Gylfaginning, chapitre 9, les trois fils de Borr â Ăðinn, Vili et VĂ© â dĂ©couvrent deux arbres sur le rivage, les relĂšvent et en façonnent des ĂȘtres humains. Le premier leur donne le souffle et la vie (Ç«nd ok lĂf), le deuxiĂšme leur accorde lâintelligence et le mouvement (vit ok hrĂŠring), le troisiĂšme leur donne lâapparence, la parole, lâouĂŻe et la vue (ĂĄsjĂłnu, mĂĄl ok heyrn ok sjĂłn).
Les dieux leur donnent ensuite des vĂȘtements et des noms : lâhomme est appelĂ© Askr, et la femme Embla. Dâeux descend lâhumanitĂ©, Ă laquelle Miðgarðr, le domaine protĂ©gĂ© des hommes, est attribuĂ© comme demeure.
La VöluspĂĄ prĂ©sente une autre triade divine : Ăðinn, HĆnir et Lóðurr1. Askr et Embla sont dâabord dĂ©crits comme privĂ©s de force et de destinĂ©e, puis reçoivent les qualitĂ©s qui les rendent vivants :
- Ăðinn leur donne le souffle vital (Ç«nd) ;
- HĆnir leur accorde lâóðr, terme diversement interprĂ©tĂ©, notamment comme esprit ou facultĂ© dâinspiration ;
- Lóðurr leur donne le lĂĄ, dont le sens demeure discutĂ© â « sang » ou « chaleur vitale », selon les interprĂ©tations â ainsi que les « bonnes couleurs » (litu góða), Ă©voquant lâapparence dâun ĂȘtre vivant.
Le don dâóðr nourrit notamment la lecture dĂ©veloppĂ©e dans HĆnir : LâIntuitif SacrĂ© et la Boue des Origines, oĂč HĆnir est envisagĂ© comme une figure de lâinspiration et de la rĂ©ceptivitĂ© intuitive.
Le nom dâAskr, « frĂȘne », sâaccorde directement avec cette origine vĂ©gĂ©tale. Il permet Ă©galement un rapprochement symbolique avec Yggdrasill, lui-mĂȘme dĂ©signĂ© comme un frĂȘne dans les textes eddiques.
Dans cette lecture dĂ©veloppĂ©e ici sur MĂmameiðr, cette parentĂ© est une correspondance entre le microcosme humain et le macrocosme cosmique : Askr reprĂ©sente lâĂȘtre humain dont lâorganisation intĂ©rieure reflĂšte celle du Grand FrĂȘne. Cette interprĂ©tation est exposĂ©e dans Yggdrasil : LâArchitecture de la Manifestation.
Lâanimation dâune forme initialement dĂ©pourvue des qualitĂ©s de la vie peut Ă©galement ĂȘtre rapprochĂ©e de la rĂ©flexion sur Les trois RĂ©ceptacles et lâHydromel de la Connaissance : une puissance doit rencontrer une forme capable de la recevoir et de lâintĂ©grer. Il sâagit ici dâun prolongement symbolique des rĂ©cits.
Enfin, la prĂ©sence de la figure ancestrale d’Ăsc (ou Oisc) dans la gĂ©nĂ©alogie de la dynastie royale anglo-saxonne des Ăscingas (royaume de Kent) confirme que le mythe de l’ancĂȘtre-arbre s’enracine dans un fond mythique germanique trĂšs ancien, qui dĂ©passe la seule synthĂšse littĂ©raire mĂ©diĂ©vale.
- Ăðinn (Wotan) demeure la figure centrale du Souffle et de l’Esprit dans les deux rĂ©cits.
HĆnir â· VĂ© : HĆnir est identifiĂ© Ă VĂ© (surnommĂ© « le bien-Ă©levĂ© » ou le « sanctificateur »).
Lóðurr â· Vili : Lóðurr est identifiĂ© Ă Vili (surnommĂ© « celui qui sait ce qu’il veut ») â©ïž
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