
84. Kvennaheiti.
Þessi eru kvenna heiti ókennd í skáldskap: Víf ok brúðr ok fljóð heita þær konr, er manni eru gefnar. Sprund ok svanni heita þær konr, er mjök fara með dramb ok skart. Snótir heita þær, er orðnæfrar eru. Drósir heita þær, er kyrrlátar eru, svarri ok svarkr þær, er mikillátar eru. Ristill er kölluð sú kona, er sköruglynd er. Rýgr heitir sú, er ríkust er. Feima er sú kölluð, er ófröm er, svá sem ungar meyjar eða þær konur, er ódjarfar eru. Sæta heitir sú kona, er búandi hennar er af landi farinn. Hæll er sá kona kölluð, er búandi hennar er veginn. Ekkja heitir sú, er búandi hennar varð sóttdauðr. Mær heitir fyrst hver, en kerlingar er gamlar eru. Eru enn þau kvenna heiti, er til lastmælis eru, ok má þau finna í kvæðum, þótt þat sé eigi ritat. Þær konur heita eljur, er einn mann eigu. Snör heitir sonarkván. Sværa heitir vers móðir. Heitir ok móðir, amma, þriðja edda. Eiða heitir móðir. Heitir ok dóttir ok barn, jóð. Heitir ok systir, dís, jóðdís. Kona er ok kölluð beðja, mála, rúna búanda síns, ok er þat viðrkenning.
84. Les heiti-des-femmes.
Voici les heiti des femmes sans-kenningar1 dans la poésie : Víf2 (épouse), brúðr3 (jeune-mariée) et fljóð4 (jeune-femme) sont appelées les femmes, qui sont données à un homme. Sprund5 (bondissante) et svanni (cygnesse) sont appelées ces femmes, qui se conduisent avec beaucoup de superbe et d’apparat. Snótir6 (dames-avisées) sont appelées ces femmes, qui sont habiles-en-paroles7. Drósir8 (hautes-dames) sont appelées ces femmes, qui sont posées[;] svarri9 (la-fière) et svarkr10 (l’altière) celles-là, qui sont hautaines. Ristill11 (la-tranchante) est appelée cette femme, qui est ferme-de-caractère12. Rýgr13 (la-puissante) s’appelle celle-là, qui est la plus puissante14. Feima15 (la-réservée) est appelée celle-là, qui est peu hardie, telles les jeunes filles ou ces femmes, qui manquent-d’audace16. Sæta17 (l’agréable) est appelée cette femme, dont le búandi18 (mari) est parti du pays. Hæll19 (la-laissée-en-arrière) est appelée cette femme, dont le búandi (mari) a été tué. Ekkja20 (veuve) s’appelle celle-là, dont le búandi (mari) mourut-de-maladie21. Mær22 (vierge) est la première appellation de toute femme, mais kerlingar23 (vieilles-femmes) [est l’appellation] de celles qui sont vieilles. Il y a encore ces heiti de femmes, qui servent de termes d’invectives, et on peut les trouver dans les poèmes, bien que cela ne soit pas consigné par écrit [ici]. Ces femmes sont appelées eljur24 (coépouses), qui partagent le même homme. Snör25 (bru) est appelée l’épouse-du-fils. Sværa26 (belle-mère) s’appelle la mère du mari. Elle est aussi appelée móðir (mère), amma (grand-mère), et au troisième [degré] edda (arrière-grand-mère). Eiða27 est appelée móðir (la mère). Est aussi appelée dóttir28 (fille), barn29 (enfant), jóð30 (jeune-être). Est également appelée systir31 (sœur), dís32 (dame) et jóðdís33 (dame-du-jeune-être). Une femme est aussi appelée beðja34 (compagne-de-lit), mála35 ([compagne]-de-parole), rúna36 ([compagne]-de-secret) de son propre búandi (mari), et cela en est un viðrkenning37.
LXVIII. « These are simple terms for women in skaldship: Wife and Bride and Matron are those women who are given to a man. Those who walk in pomp and fine array are called Dame and Lady. They who are witty of speech are called Women of Wisdom.[1] They who are gentle are called Girls; they who are of high countenance are called Proud and Haughty Ones. She who is of noble mind is called Gentlewoman;[2] she who is richest, Lady. She who is bashful, as young -maids are, or those women who are modest, is called Lass. The woman whose husband has departed from the land is called Stay-at-Home.
That woman whose husband is slain is called War-Widow: Widow is the term for her whose husband has died of sickness. Maid means, first, every woman, and then carlines that are old. Then there are those terms for women which are libellous: one may find them in songs, though they be not ill writing. Those women who have one husband in common are called Concubines. A son’s wife is termed Daughter-in-law; the husband’s mother is called Mother-in-law. A woman may also be called Mother, Grand mother, Great-Grandmother; a Mother is called Dam. Woman is further called Daughter, Bairn, and Child. She is also called Sister, Lady,[1] and Maiden.[1] Woman is also called Bed-Fellow, Speech-Mate, and Secret-Sharer of her husband; and that is an epithet of possession.
- Snót (plural, Snótir) = a gentlewoman. Cf. Snotr = wise. A popular etymology.
- Literally = Plowshare. (See Cl.-Vig, p. 498, s.v. ristill)
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LXVIII. « Voici les termes simples employés pour désigner les femmes dans la poésie scaldique : Épouse, Mariée et Femme mariée désignent les femmes qui sont données en mariage à un homme. Celles qui marchent avec faste et dans de riches parures sont appelées Dames et Grandes Dames. Celles qui sont spirituelles dans leurs paroles sont appelées Femmes de Sagesse.[1] Celles qui sont douces sont appelées Jeunes Filles ; celles qui ont une expression hautaine sont appelées Orgueilleuses et Altières. Celle qui possède un esprit noble est appelée Femme Noble ;[2] celle qui est la plus riche, Dame. Celle qui est timide, comme le sont les jeunes filles, ou les femmes qui font preuve de modestie, est appelée Pucelle. La femme dont le mari a quitté le pays est appelée Celle-qui-reste-au-foyer.
La femme dont le mari a été tué est appelée Veuve-de-Guerre : Veuve est le terme désignant celle dont le mari est mort de maladie. Le terme Fille désigne d’abord toute femme, puis les vieilles femmes. Il existe ensuite des termes désignant les femmes qui sont injurieux : on peut les trouver dans les chants, bien qu’ils ne constituent pas nécessairement de mauvais écrits. Les femmes qui ont un même mari en commun sont appelées Concubines. L’épouse d’un fils est appelée Belle-fille ; la mère du mari est appelée Belle-mère. Une femme peut également être appelée Mère, Grand-mère, Arrière-grand-mère ; une mère est appelée Génitrice. Une femme est en outre appelée Fille, Enfant et Rejeton. Elle est également appelée Sœur, Dame[1] et Jeune Fille.[1] Une femme est aussi appelée Compagne-de-Lit, Compagne-de-Parole et Partageuse-de-Secrets de son mari ; et cela constitue une épithète de possession.
1. Snót (pluriel, Snótir) = une femme noble. Cf. Snotr = sage. Une étymologie populaire.
2. Littéralement = Soc de charrue. (Voir Cl.-Vig., p. 498, s.v. ristill.)
- ókennd
ókenndr
non caractérisés par kenning, employés sans kenning ↩︎ - víf
femme, épousePGmc *wībą, « femme » ; cf. vieil anglais wīf, anglais wife, vieux haut allemand wīb, allemand Weibfemme / épouse ↩︎ - brúðr
mariée, fiancée, jeune épousePGmc *brūdiz, « jeune mariée » ; cf. vieil anglais brȳd, anglais bride, allemand Braut, néerlandais bruid
mariée / jeune-épouse ↩︎ - fljóð
femme, jeune femme, dame, terme poétique
étymologie profonde obscure ; vieux terme poétique nordique sans dérivation sûre
jeune-femme / dame
fljóð = X + Y. ↩︎ - sprund
femme, jeune femme, dameétymologie obscure ; rapprochement parfois envisageable avec la famille de springa « bondir, jaillir », mais non démontré
jeune-femme ; éventuellement la-vive comme lecture interprétative
celle-qui-jaillit ↩︎ - snót f. — « femme, dame, jeune femme », surtout poétique
snótir — pluriel « femmes, dames ».
snotr — « sage, prudent, intelligent, avisé ». ↩︎ - orðnæfrar est le nominatif féminin pluriel de orðnæfr
prompt en paroles, habile à parler, vif de parole
orð
mot, parole, discoursPGmc *wurdan / *wurðą « mot, parole », même famille que l’anglais word, l’allemand Wort
næfr
prompt, habile, disposé/aisé dans une activitéélément rare ; étymologie profonde peu transparente
orðnæfr
prompt/habile en paroleslitt. « prompt-de-parole »
orðnæfrar
promptes/habiles en parolesféminin pluriel ↩︎ - ancien terme de statut féminin« femme de qualité / dame » → terme poétique général
rapprochement avec une racine exprimant éclat, vigueur ou distinction« la brillante / la fière / la distinguée »
*drōs- ↩︎ - svarri = celle-aux-grands-airs
svarri
femme fière, hautaine, altièreradical svar(r)- obscur + formation personnelle en -i ; étymologie profonde incertaine
la-Fière, la-Hautaine, celle-aux-grands-airs ↩︎ - svarkr = celle-qui-se-tient-haut
svarkr
femme hautaine, fière, arrogante
radical svark-/svar- obscur ; le -k- pourrait appartenir à une formation expressive ou dérivée, mais ce n’est pas démontré
l’Altière, la-Superbe, la-Hautaine ↩︎ - rísta
couper, entailler, inciser, graver
verbe ancien germanique
ristill
instrument qui coupe / entaille ; « couteau, tranchet, coutre » selon les contextes
nom d’instrument en -ill
Ristill
heiti de femme
probablement emploi figuré ou descriptif
inciser → couper → trancher. ↩︎ - skörug- + -lynd
-lyndr est un élément très productif signifiant « disposé de telle manière, d’un certain caractère, d’un certain tempérament ». Il appartient à la famille de lundr, « caractère, disposition, humeur, manière d’être ».
Le premier élément, skörugr, signifie quelque chose comme :
énergique, ferme, capable, remarquable, résolu, vigoureux.
« d’un caractère énergique »
« d’un tempérament résolu »
« ferme-de-caractère ». ↩︎ - Rýgr et ríkr
Le vieux norrois ríkr signifie selon le contexte :
« puissant, fort, influent, riche, de haut rang ».
Il remonte au germanique *rīkijaz, appartenant à la famille de *rīk- « pouvoir, domination, royaume », généralement tenue pour un ancien emprunt germanique au celtique *rīg- « roi, souverain ».
On obtient historiquement la grande famille :
vieux norrois ríkr « puissant »
allemand Reich
gothique reiks « chef, souverain »
avec, plus loin, le celtique *rīg- « roi ».
Rýgr
≈ « celle qui est puissante »
→ « femme de puissance »
→ « femme de haut rang »
→ « grande dame ». ↩︎ - ríkustríkrla plus puissante, la plus riche, la plus importante, la plus éminente ; superlatif féminin singulier ↩︎
- Feima ← feiminn« réservée / timide » → nom de femme caractérisée ainsi
ancien radical *feim-
« se retenir, hésiter, se dérober » → « timide, pudique »
formation expressive
attitude de retrait → gêne sociale → pudeur
ancien terme de comportement féminin
« celle qui se tient en retrait » → « la réservée »spéculatif mais cohérent ↩︎ - ódjarfaródjarfr
non hardies, timides, craintives, peu audacieuses
↩︎ - sætr / sœtr
doux, agréable, plaisant ; au goût : doux/sucréadjectif germanique ancien
sæta
forme féminine pouvant être substantivéelitt. « la douce / l’agréable »
Sæta
heiti de femmeprobablement « la Douce », « l’Agréable » ↩︎ - habitant, maître de maison, exploitant ; ici mari / époux ↩︎
- hæll« talon », partie arrière du pied
hæll → « talon »
→ partie arrière du pied
→ par extension possible : ce qui reste derrière / ce qui suit / ce qui est laissé en arrière. ↩︎ - Les cognats scandinaves vont dans le même sens : suédois änka, danois enke, norvégien enke / enkje, féroïen einkja. La présence de formes comme einkja montre assez bien l’ancienne proximité avec la famille de einn « un, seul ».
Le développement sémantique probable est donc :
einn « un, seul »
→ formation féminine « celle qui est seule »
→ « femme restée seule après la mort de son mari »
→ ekkja « veuve ». ↩︎ - sótt
maladie, affection, malvieux nom germanique de la maladie, proto-germanique probablement *suhtiz
dauðr
mortproto-germanique *dauþaz, même famille que deyja « mourir » et dauði « mort »
sóttdauðr
mort de maladie« mort par suite d’une maladie » ↩︎ - vieux norrois mær
jeune fille, vierge, demoiselle
proto-germanique probablement *magwī- / *magwīz
jeune fille
gothique mawi
jeune fille
famille germanique cf. *maguz « garçon, jeune homme »
jeunesse, jeune personne ↩︎ - karl
nom masculin homme, homme adulte ; selon le contexte vieil homme, homme du peuple
kerling
dérivé féminin de la famille de karl
femme, puis spécialement femme âgée / vieille femme
kerlingar
nominatif pluriel femmes âgées, vieilles femmes
karl + suffixe -ing-
→ ancienne formation *karling-
→ avec i-umlaut : a → e
→ kerling.
« femme correspondant au karl »,
« femme de la catégorie du karl »,
puis « femme âgée ». ↩︎ - elja = coépouse
elja = rivale-conjugale
elja = rivale-en-amour
elja = l’autre-[femme]
eljur = les-autres-[femmes]
↩︎ - On retrouve des cognats remarquables dans plusieurs langues anciennes : vieil anglais snoru « bru », vieux haut allemand snura, latin nurus « bru », sanskrit snuṣā́, grec ancien nuós, vieux-slave snъxa. Cela montre qu’il s’agit vraisemblablement d’un très vieux terme de parenté hérité, et non d’un composé nordique tardif.
Le développement germanique est probablement passé par quelque chose comme :
*snus-
→ germanique *snuz-
→ rhotacisme germanique z > r
→ *snurō
→ vieux norrois snör.
Le sens, lui, est resté remarquablement stable :
« épouse du fils »
→ « bru ».
Snör (bru) ;
Snör (épouse-du-fils) ;
Snör (femme-du-fils) ;
Snör (belle-fille). ↩︎ - vieux norrois
sværa belle-mère, ici précisément mère du mari
proto-germanique *swehurō / forme très voisinebelle-mère
proto-indo-européen *sweḱrúh₂- (reconstruction usuelle)belle-mère ↩︎ - gothique aiþei, qui signifie lui aussi « mère »
Eiða (mère) ↩︎ - anglais daughter
allemand Tochter
gothique dauhtar
grec ancien thygátēr
sanskrit duhitṛ́- ↩︎ - celui-qui-est-enfanté / ce-qui-est-porté
vieux norrois barn
< proto-germanique *barną
apparenté à bera « porter ». ↩︎ - jóð : ancien terme poétique pour « enfant, descendant, progéniture ». Étymologie profonde obscure ; un rapprochement avec un ancien vocabulaire germanique de la jeunesse est envisageable, ce qui permettrait spéculativement un sens originel du type « le jeune [être] ». ↩︎
- systir — « sœur »
remonte au proto-germanique :
*swestēr
et au proto-indo-européen :
*swésōr — « sœur ».
anglais sister,
allemand Schwester,
latin soror,
sanskrit svásṛ-. ↩︎ - une femme, une dame, une figure féminine noble ou poétique,
vieil anglais ides — « femme, dame »
vieux haut allemand itis — « femme ».
femme de statut ou de dignité particulière
dís = puissance-féminine ↩︎ - jóð + dís
« dame-de-la-progéniture »
« femme-de-la-descendance »
« dame issue de la même progéniture ».
jóðdís = femme-de-la-fratrie ↩︎ - Pour beðja, la motivation sémantique est donc assez transparente :
beðr « lit, couche »
→ beðja « celle qui appartient à la couche / qui partage la couche »
→ « compagne de lit »
→ « épouse ».
beðja = compagne-de-lit
beðja = compagne-de-couche
beðja = celle-du-lit
beðja = celle-qui-partage-la-couche ↩︎ - mála
Mála est vraisemblablement le correspondant féminin de máli, que nous avons déjà rencontré comme heiti masculin.
Le noyau est :
mál — « parole, discours, conversation ; affaire, question, cause ».
Le mot mál appartient à une vieille famille germanique liée à la parole et à ce qui est formulé ou discuté. Selon le contexte, il peut signifier « parole », « discours », « affaire », « cause », voire « convention ».
« celle avec qui l’on parle »
→ « compagne de parole »
→ « interlocutrice intime / confidente ». ↩︎ - rúna
Rúna correspond de même au masculin rúni et appartient clairement à la famille de :
rún — « secret, mystère, confidence, conseil secret » ; secondairement « rune ».
Proto-germanique :
*rūnō — « secret, mystère, confidence ».
rúna = [compagne]-de-secret
rúna = [compagne]-de-secrets
rúna = partageuse-de-secrets
rúna = confidente ↩︎ - kenningar-par-relation ↩︎
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