
79. Konungaheiti.
Hver eru manna heiti ókennd? Maðr er hverr fyrir sér; it fyrsta ok it æðsta heiti manns, er kallaðr er maðr keisari, því næst konungr, þar næst jarl. Þessir þrír menn eigu saman þessi heiti öll. Allvaldr, svá sem hér er kveðit:
315.
Allvalda kann ek alla
austr ok suðr of flausta,
Sveins er sonr at reyna,
setr, hverjum gram betri.
Hér er ok gramr kallaðr. Því heitir hann allvaldr, at hann er einvaldi alls ríkis síns. Fylkir, sem Gizurr kvað:
316.
Fylkir gleðr í folki
flagðs blakk ok svan Hlakkar,
Óláfr of viðr élum
Yggs gögl fegin Sköglar.
Fyrir því er fylkir kallaðr konungr, at hann skipar í fylkingar herliði sínu. Vísi, sem kvað Óttarr svarti:
317.
Vísi tekr, víg-Freys,
víst austr munlaust,
aldar hefir allvaldr,
óskvíf, gótt líf.
Harri eða herra, sem kvað Arnórr:
318.
Harri fekk í hverri
Hjaltlands þrumu branda,
greppr vill grams dýrð yppa,
gagn, sá er hæstr var bragna.
Hertogi heitir jarl, ok er konungr svá kallaðr ok, fyrir því er hann leiðir her til orrostu. Svá kvað Þjóðólfr:
319.
Ok hertoga hneykir
herfingnum lét stinga,
leyfð ber ek hans, ór höfði
haugs skundaði augu.
Sinjór eða senjór, sem Sighvatr kvað:
320.
Lát auman nú njóta,
Nóregs, ok gef stórum,
mál halt, svá sem sælan,
sínjór, laga þinna.
Mildingr, sem Markús kvað:
321.
Mildingr fór of óþjóð eldi,
auðit varð þá flotnum dauða.
Hæstan kynduð, hlenna þrýstir
hyrjar ljóma suðr at Jómi.
Mæringr, sem Hallvarðr kvað:
322.
Erat und jarðar höslu,
orðbrjótr Dönum forðar
moldreks, munka valdi
mæringr en þú næri.
Landreki, sem Þjóðólfr kvað:
323.
Eyss landreki ljósu
lastvarr Kraka barri,
sem fyrr var ritat. Því heitir hann svá, at hann rekr her um land annarra konunga eða rekr her ór sínu landi.
79. Les heiti des konungar.
Quels sont les heiti sans-kenningar1 des hommes? Chacun désigne un homme en soi ; le premier et le plus élevé heiti de l’homme, est nommé maðr keisari2 ; à cela ensuite konungr, puis jarl. Tous ces heiti valent pour ces trois hommes. Allvaldr3, comme il est chanté ici :
315.
De tous les Allvaldar4 que je connais
à l’est et au sud par-delà les navires,
le fils de Sveinn5 si l’on juge,
aux-sièges, est supérieur à n’importe quel courroux6.
Ici est aussi appelé Gramr (courroux/prince). Pour cela il est appelé Allvaldr, puisqu’il est le seul de tout son domaine. Fylkir7, comme Gizurr l’a chanté :
316.8
Le fylkir réjouit dans la troupe
le coursier de la femme-troll9 et le cygne de Hlökk10,
Óláfr bel arbre des bourrasques
d’Yggr réjouit les oisons de Skögul11.
Voilà pourquoi le konungr est appelé fylkir, parce qu’il forme son ost en fylkingar12. Vísi13, comme l’a chanté Óttarr svarti :
317.14
Le vísi prend, du Freyr-de-la-bataille15…,
assurément à l’est [celle] sans amour16,
[que] l’Allvaldr possède de cette vie,
… l’épouse-choisie17, [il a] le bon sort.
Harri18 ou herra19, comme l’a chanté Arnórr :
318.
Le Harri20 (le plus-haut) remporta en chaque
fracas de tonnerre des épées de Hjaltland21,
l’empoigneur22 en exalta la splendeur du courroucé23,
l’exploit, [pour] celui qui était le plus haut des princes.
Hertogi24 est appelé le jarl, et le konungr est lui aussi ainsi nommé, parce qu’il conduit l’armée au combat. Ainsi chanta Þjóðólfr :
319.
Et le dérouteur des hertogar25
au capturé-à-la-guerre26 fit poignarder,
une éloge lui adresse-je, depuis la tête
du tumulus filèrent ses yeux.
Sinjór27 ou senjór28, ainsi que Sighvatr l’a chanté :
320.
Laisse jouir maintenant le pauvre,
de Norvège…, et donne avec largesse,
tiens tes promesses29, ainsi qu’au prospère,
… [toi le] Sínjór30, par tes lois.
Le munificent31, comme Markús l’a chanté :
321.32
Le munificent marcha contre la race-mauvaise33 avec le feu,
richement [le feu] devint alors aux marins leur mort.
Le plus-haut tu allumas, [toi] le dominateur des voleurs
cet éclat-ardent34 vers le sud jusqu’à Jómi35.
L’illustre36, comme Hallvarðr l’a chanté :
322.
Il n’y avait sous le noisetier37 de jorð38…,
le briseur-de-parole39 pour les Danois est le protecteur
meneur-de-la-glaise40, … du souverain des moines41
[aucun] [prince]-illustre42 plus proche que toi .
Le meneur-des-landes43, ainsi que Þjóðólfr l’a chanté :
323.
Le meneur-des-landes44 dispense l’éclatante-
orge de Kraki soucieux-d’éviter-toute-faute45,
comme il a été écrit auparavant. C’est pourquoi il est appelé ainsi, parce qu’il mène une armée à travers le pays d’autres konungar ou bien mène une armée hors de son propre pays.
LXIII. « What are the simple terms for men? Each, in himself, is Man; the first and highest name by which man is called is Emperor; next to that, King; the next thereto, Earl: these three men possess in common all the following titles: All-Ruler, as this song showeth:
I know all All-Rulers
East and south, o’er the Ships’ seat
Sveinn’s son in proof is better
Than any other War-Prince.
Here he is called War-Prince also; for this reason he is called All-Ruler, that he is sole Ruler of all his realm.
Host-Arrayer, as Gizurr sang:
The Host-Arrayer feedeth
The wolf and the raven in folk-mote;
Óláfr gladdens, in Skögul’s sharp showers
Of battle, the geese of Odin.
« A King is called Host-Arrayer because he divides his war-host into companies.
Leader, as Ottarr the Swarthy sang:
The Leader taketh
Odin’s loved Wife,
The lordless land;
His a warrior’s life.
Lord or Lording, as Arnórr sang:
The Lord of Hjaltland, highest
Of heroes, gained the victory
In every thunderous sword-clash:
The bard will extol his glory.
An earl is called Host-Duke, and a king also is so termed, forasmuch as he leads his host to battle. Thus sang Thjódólfr:
He who put to shame the Host-Duke
Thrust out the eyes of prisoners,–
He who speeds the sacrifices;
In song I chant his praises.
Signor, or Señor, as Sigvatr sang:
O Norway’s gracious Signor,
Grant the wretched, as the happy,
May now enjoy thy wise laws;
Give greatly, hold thy word!
Munificent One, as Markús sang:
The Munificent Prince brought fire’s destruction
O’er the base people; to the pirates
Death was fated: Thief-Compeller,
South at Jóm highest flame-glow kindle!
Illustrious One, as Hallvardr sang:
No Illustrious One nearer
Under Earth’s Hazel liveth
Than thou, O Monks’ Upholder:
The Gold-Minisher Danes protecteth.
Land-Driver, as Thjódólfr sang:
The guileless Land-Driver sprinkles
Kraki’s gleaming barley,
as was written before;[1] he is called so because he drives his host about the lands of other kings, or drives a host out of his own land.
- See page 173, where these two lines are translated slightly differently.
—-
LXIII. Quels sont les heiti simples des hommes ?
Chaque homme est, en lui-même, appelé homme (maðr). Le premier et le plus élevé des noms par lesquels un homme est désigné est Empereur ; ensuite vient Roi ; puis Jarl (Comte). Ces trois personnages partagent également tous les titres suivants.
Comme le montre ce poème :
Je connais tous les Souverains universels
à l’est et au sud, par-delà le siège des navires [MER] ;
le fils de Sveinn est, à l’épreuve, meilleur
que tout autre prince de guerre.
Ici il est également appelé prince de guerre (gramr). Il est nommé Allvaldr (« souverain universel ») parce qu’il est l’unique maître de tout son royaume.
Comme l’a chanté Gizurr :
L’Ordonnateur de l’armée nourrit
le loup et le corbeau dans l’assemblée des hommes ;
Óláfr réjouit, dans les averses aiguës de Skǫgul [BATAILLES],
les oies d’Óðinn [CORBEAUX].
Un roi est appelé Fylkir parce qu’il répartit son armée en compagnies.
Comme l’a chanté Óttarr le Noir :
Le Guide prend
l’épouse bien-aimée d’Óðinn [TERRE],
la terre sans maître ;
telle est la vie du guerrier.
Comme l’a chanté Arnórr :
Le Seigneur des Shetland, le plus élevé
des héros, remporta la victoire
dans chaque fracas retentissant des épées ;
le poète célébrera sa gloire.
Un jarl est appelé Hertogi (« duc de l’armée »), et un roi peut également être désigné ainsi, puisqu’il conduit son armée au combat.
Ainsi chanta Þjóðólfr :
Celui qui humilia le duc de l’armée
fit crever les yeux des prisonniers ;
lui qui favorise les sacrifices ;
je chante ses louanges en vers.
Comme l’a chanté Sigvatr :
Ô seigneur de Norvège,
fais que le misérable comme le prospère
puissent maintenant jouir de tes sages lois ;
donne avec largesse, tiens ta parole !
Comme l’a chanté Markús :
Le généreux prince porta la destruction du feu
sur le peuple méprisable ; aux pirates
la mort était destinée ; ô dompteur des voleurs,
tu allumas au sud de Jóm le plus haut brasier !
Comme l’a chanté Hallvarðr :
Nul illustre personnage ne vit
plus près, sous le noisetier de la terre [YGGDRASILL],
que toi, soutien des moines ;
le dispensateur d’or protège les Danois.
Comme l’a chanté Þjóðólfr :
Le meneur des terres, irréprochable, répand
l’orge éclatante de Kraki [OR]…
comme il a été écrit précédemment1. Il est appelé Landreki parce qu’il conduit son armée à travers les terres d’autres rois, ou parce qu’il mène une armée hors de son propre pays.
- Voir la page 173, où ces deux vers sont traduits légèrement différemment.
- ókennd « non périphrastiques »
« non kennings »
« sans kenning »
« non figurés »
littéralement : « non caractérisés / non désignés par périphrase »
Ici ókennd s’oppose à ce qui est exprimé par kenning. ↩︎ - l’homme empereur
maðr = « homme », « être humain », « personne »
keisari = « empereur ».
Étymologie
C’est un emprunt au latin :
Caesar.
↩︎ - « souverain de tout »
« maître de tout »
« celui qui gouverne tout »
1) all-
vient de :
allr = « tout », « entier »
Parenté
Très ancienne famille germanique :
vieil anglais eall
allemand all
gothique alls
Reconstruction probable
proto-germanique *allaz
Donc :
all- = tout, l’ensemble, la totalité
2) valdr
vient de :
valdr = « maître », « souverain », « celui qui a pouvoir sur »
Ce mot est apparenté au verbe :
valda = « gouverner », « dominer », « avoir pouvoir sur », « causer »
Parenté germanique
vieil anglais wealdan = gouverner, manier
anglais wield
vieux haut allemand waltan
allemand walten
Reconstruction probable
On le rattache à la famille proto-germanique :
*waldaną = « gouverner, exercer un pouvoir »
et à un nom de type :
*waldaz = « maître, gouvernant »
Donc :
valdr = celui qui détient le pouvoir, le gouvernant
puissant
ou tout-puissant ↩︎ - Allvalda
génitif pluriel de allvaldr
« des souverains de tout »
« des maîtres universels »
plus souplement en contexte : « des rois », « des princes » ↩︎ - = Knútr ↩︎
- gramr = « prince », « chef », « seigneur »
vieil anglais gram = « farouche, hostile, irrité »
vieux haut allemand gram = « irrité, hostile, chagriné »
gothique grams = « courroucé » ↩︎ - ordonnateur de l’ost
le meneur de l’ost
le meneur du peuple
mettre en ordre
ranger en bataille
mener la troupe / le peuple
ou chef d’un groupe organisé
Il est lié très vraisemblablement à :
fylkja = ranger en bataille, mettre en formation
ou fylki = troupe, peuple, division ↩︎ - Autre traduction :
Le souverain réjouit le coursier de la femme-troll [LOUP] et le cygne de Hlökk [CORBEAU/AIGLE] dans la bataille ; Óláfr rend joyeux les oisons de Odin [CORBEAUX] par les tempêtes de Skögul [BATAILLES]. ↩︎ - [LOUP]
ogresse
troll-femme
monstre femelle
sorcière monstrueuse
la souillure
l’impureté
l’être hideux
ou une créature dangereuse / malfaisante
flagð = être féminin monstrueux, trollesque, maléfique ↩︎ - [CORBEAU/AIGLE/Guerrier]
Hlakkar = « de Hlǫkk » (la valkyrie Hlǫkk)
Hlǫkk : tumulte
fracas
vacarme de bataille
clameur guerrière
par extension : bataille ↩︎ - la valkyrie Skǫgul
« celle qui secoue »,
« celle qui ébranle »
« celle qui déchaîne la bataille » ↩︎ - í fylkingar
« en formations »
« en rangs de bataille »
« en troupes rangées »
« en lignes de bataille » ↩︎ - vísir
prince
guide, conducteur ↩︎ - Le souverain obtient assurément à l’est l’épouse choisie et sans amour du Freyr de la bataille [= Odin > = Jǫrð (« terre »)] ; le puissant souverain des hommes mène une bonne vie. ↩︎
- [= Odin > = Jǫrð (« terre »)]
víg remonte très probablement au proto-germanique :
*wīgą = « combat, bataille »
avec des cognats très clairs :
vieil anglais wīg = « guerre, combat »
vieux saxon wīg
vieux haut allemand wīg
allemand poétique ancien Wig dans des noms héroïques ↩︎ - munlaust « sans amour » : Ainsi les manuscrits 744ˣ et C ; les manuscrits R et Tˣ lisent munnlaust « sans bouche ». La terre pourrait être munlaust pour deux raisons :
(a) Elle pourrait être délaissée et privée d’un souverain puissant (cf. munar lausasta « la plus privée d’amour », Guðr I 4/4, NK 202). L’adverbe víst « assurément, certainement » dans la même ligne suggère fortement que l’état de délaissement de la terre sera corrigé par la puissance militaire d’Óláfr.
(b) L’adjectif qualifie une kenning pour Jǫrð (litt. « Terre », compagne d’Óðinn et mère de son fils Þórr), qui pourrait avoir été abandonnée lorsqu’Óðinn la quitta pour Frigg (voir McKinnell 2005, p. 152-156 ; voir aussi Faulkes, SnE 1998, II, 358, qui compare Hfr Hákdr 3/4 biðkván Þriðja « l’épouse en attente de Þriði [= Óðinn] [= Jǫrð (terre)] »).
Kock (NN §3396N ; Skald) corrige au contraire en mundlaust « sans prix de la fiancée » et compare ómyndr « dépourvue du paiement nuptial » dans un jeu d’ofljóst semblable sur Jǫrð (jǫrð « terre ») dans ÞjóðA Sex 3/4II.
McKinnell (2005, p. 155) suggère que munlaust possède ici le sens affaibli de « sans aucun doute », mais cela semblerait pléonastique après víst « assurément ». ↩︎ - Jord : la terre conquise ↩︎
- le plus haut ↩︎
- l’aîné ↩︎
- Le seigneur des Shetland [= Þorfinnr] ↩︎
- du Shetland
des Orcades ↩︎ - « celui qui saisit »
« l’homme à la poigne »
« le preneur / le fort »
champion
homme valeureux
guerrier
héros
le poète
↩︎ - gramr : prince ↩︎
- le commandement militaire
la conduite de l’ost
herr = armée, ost
togi = meneur, conducteur
Duc
chefs d’armée ↩︎ - le dérouteur des hertogar : le souverain ↩︎
- herfingnum « capturé à la guerre » :
La forme -fingnum est garantie par la rime avec stinga (« percer, poignarder »).
Il s’agit du datif singulier du participe passé finginn, une variante de fenginn, apparemment formée sur le modèle du prétérit pluriel fingum (plus tard fengum ; voir ANG §504 et note 5 ; Finnur Jónsson 1901, p. 98).
La forme -fingnum est garantie par la rime avec stinga (« percer, poignarder »). ↩︎ - sire
aîné ↩︎ - senior
seigneur ↩︎ - môl halt
ou maintiens le droit, ↩︎ - Sinjórr Nóregs — « le seigneur de Norvège [= Magnús] » ↩︎
- Mildingr
mildr
mildr signifie en vieux norrois :
doux
clément
bienveillant
généreux
libéral
*mildjaz ↩︎ - Skjǫldungr, fórt of óþjóð eldi;
auðit vas þá flotnum dauða;
hæstan kynduð, hlenna þrýstir,
hyrjar ljóma sunnr at Jómi. ↩︎ - óþjóð
race-mauvaise : étymologie complète
1) Décomposition
óþjóð est un composé transparent :
ó- + þjóð
Il signifie selon le contexte :
peuple étranger
nation étrangère
gent ennemie
peuple mauvais / hostile
parfois plus fortement : la non-nation, la gent hors de l’ordre
le meilleur sens est probablement :
« peuple ennemi »
ou
« nation étrangère hostile »
2) ó-
Le premier élément est le préfixe privatif vieux norrois :
ó- = « non- », « sans », « absence de », parfois « mauvais / contraire à »
C’est le même vieux préfixe germanique que :
gotique un-
vieil anglais un-
allemand un-
En vieux norrois, ó- peut être :
purement négatif : « non-, sans »
ou marquer une valeur péjorative : mauvais
inversé
contraire à la norme
Donc dans óþjóð, ce n’est pas seulement une négation mécanique ; cela peut suggérer :
un peuple hors de la bonne communauté,
étranger,
ennemi,
ou non conforme à l’ordre social du locuteur.
3) þjóð
Le second élément est :
þjóð = « peuple », « nation », « communauté humaine », « gent »
C’est un mot très ancien, extrêmement important dans le lexique germanique.
Cognats
On le rapproche de :
gotique þiuda = « peuple »
vieil anglais þēod = « peuple, nation »
vieux saxon thioda
vieux haut allemand diot / diota
allemand deutsch remonte indirectement à cette même famille
Proto-germanique
On reconstruit généralement :
*þeudō
= « peuple, nation »
C’est l’un des grands mots germaniques pour la collectivité humaine définie comme peuple.
4) Plus loin : indo-européen
La famille de þjóð est généralement rattachée à une racine indo-européenne du type :
*tewtéh₂
= « peuple, tribu »
ou à un thème voisin *teutā / *teuta-, bien connu dans plusieurs langues indo-européennes.
C’est la même grande famille que l’on retrouve dans des formes celtiques et germaniques exprimant :
le peuple
la tribu
la communauté ethno-politique
Donc ici l’étymologie est particulièrement solide.
5) Sens interne du composé
Ainsi :
ó-þjóð
= littéralement « non-peuple »
ou « peuple autre / opposé »
Mais en usage réel, cela devient plus naturellement :
peuple étranger
nation ennemie
gent hostile
parfois mauvaise nation
Autrement dit, le composé ne veut pas dire abstraitement « absence de peuple », mais :
le peuple d’en face,
la communauté étrangère ou ennemie,
celle qui n’est pas notre peuple.
↩︎ - L’étymologie la plus plausible rattache hyrr à la famille vieux norroise de :
hýr / hýrr = « clair », « brillant », « serein », « d’aspect lumineux »
Autrement dit, Hyrr serait originellement quelque chose comme :
« le brillant »,
« l’éclatant »,
puis, par spécialisation poétique,
« la flamme », « le feu ».
la flamme claire
l’éclat ardent
la lueur de feu
le feu lumineux ↩︎ ↩︎ - Wollin ↩︎
- Mæringr peut se traduire par :
le fameux
l’illustre
le glorieux
le renommé
l’homme illustre
le noble illustre
le prince illustre
le roi glorieux
le seigneur renommé
Étymologie de mærr
Le mot appartient à une vieille famille germanique très bien attestée :
vieil anglais mǣre = célèbre, illustre
vieux haut allemand māri = célèbre, grand, renommé
gothique probablement de la même famille
↩︎ - höslu
« coudrier »
« noisetier »
« bois de coudrier » ↩︎ - le noisetier de la terre [= Yggdrasill] ↩︎
- orðbrjótr
[(litt. « briseur de la parole du souverain de la terre ») GÉANT > OR > HOMME GÉNÉREUX] ↩︎ - mold + rekr
a) mold
mold signifie :
terre
sol
poussière
glaise
pays
parfois, dans la diction poétique, monde terrestre
Étymologie de mold
Le mot appartient à une vieille famille germanique bien attestée :
vieil anglais molde = terre, poussière, sol
vieux saxon moldu / formes voisines
vieux haut allemand molta / molta- dans le champ de la terre friable
anglais dialectal mould au sens ancien de terre meuble
b) rekr
rekr est ici presque certainement :
chef
souverain
celui qui mène
régent / prince
C’est un vieux nom d’agent ou de fonction lié au verbe :
reka = « pousser, faire aller, conduire, chasser, mener »
Dans la langue poétique, le sens se développe vers :
celui qui mène les hommes
→ chef
→ roi / souverain
Étymologie de reka
Le verbe appartient à une vieille famille germanique :
vieil anglais recan / ræcan dans des champs voisins de mouvement, de direction, d’extension
vieux saxon et vieux haut allemand ont des formes apparentées au champ de pousser / conduire / diriger
la parenté exacte des branches demande prudence, mais le noyau germanique de conduite / poussée / direction est solide
Moldrekr « souverain de la terre » est une kenning étrange pour « géant » — elle pourrait tout aussi bien désigner un nain — et n’est attestée qu’ici. ↩︎ - maître des moines = Dieu ↩︎
- mær- + -ingr
c’est-à-dire un dérivé formé sur :
mærr = « célèbre, illustre, glorieux »
avec le suffixe :
-ingr
Mæringr = « l’illustre », « celui qui est renommé » ↩︎ - Landreki : heiti royal ; composé de land « pays, territoire » (< pgerm. *landą) et de reki « chef, gouvernant », lié à reka « conduire, mener » ; litt. « souverain du pays », « gouvernant du territoire ».
Landreki = le souverain du pays ↩︎ - landreki ↩︎
- lastvarr
ast
last signifie en vieux norrois :
blâme
reproche
faute
vice
défaut
parfois aussi déshonneur moral
C’est un mot du champ de la réprobation morale et sociale.
Cognats
Le plus sûr est de le rapprocher de formes germaniques comme :
vieux haut allemand lastar = « vice, faute, blâme »
allemand Laster = « vice »
formes voisines vieux saxonnes / germaniques du même champ lexical
Donc on est clairement dans une vieille famille germanique de :
faute, vice, blâme, reproche
Proto-germanique
*lastra- / *lastrą
ou une forme voisine, avec le sens de :
blâme, faute, vice
varr
varr signifie :
prudent
circonspect
sur ses gardes
attentif à éviter
wary au sens anglais
Cognats
Le mot appartient à une vieille famille germanique très claire :
vieil anglais wær = prudent, averti
allemand gewahr est apparenté plus lointainement dans le champ de l’attention / conscience
anglais wary, aware appartiennent à la même grande zone sémantique
Proto-germanique
On reconstruit généralement :
*waraz
avec le sens de :
attentif, prudent, vigilant
Sens interne
Le mot exprime l’idée de :
se tenir en garde contre quelque chose
Donc :
lastvarr n’est pas d’abord « innocent » au sens passif,
mais plutôt :
« attentif à éviter le blâme » ↩︎
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