Skáldskaparmál, 79

79. Konungaheiti.

Hver eru manna heiti ókennd? Maðr er hverr fyrir sér; it fyrsta ok it æðsta heiti manns, er kallaðr er maðr keisari, því næst konungr, þar næst jarl. Þessir þrír menn eigu saman þessi heiti öll. Allvaldr, svá sem hér er kveðit:

315.
Allvalda kann ek alla
austr ok suðr of flausta,
Sveins er sonr at reyna,
setr, hverjum gram betri.

Hér er ok gramr kallaðr. Því heitir hann allvaldr, at hann er einvaldi alls ríkis síns. Fylkir, sem Gizurr kvað:

316.
Fylkir gleðr í folki
flagðs blakk ok svan Hlakkar,
Óláfr of viðr élum
Yggs gögl fegin Sköglar.

Fyrir því er fylkir kallaðr konungr, at hann skipar í fylkingar herliði sínu. Vísi, sem kvað Óttarr svarti:

317.
Vísi tekr, víg-Freys,
víst austr munlaust,
aldar hefir allvaldr,
óskvíf, gótt líf.

Harri eða herra, sem kvað Arnórr:

318.
Harri fekk í hverri
Hjaltlands þrumu branda,
greppr vill grams dýrð yppa,
gagn, sá er hæstr var bragna.

Hertogi heitir jarl, ok er konungr svá kallaðr ok, fyrir því er hann leiðir her til orrostu. Svá kvað Þjóðólfr:

319.
Ok hertoga hneykir
herfingnum lét stinga,
leyfð ber ek hans, ór höfði
haugs skundaði augu.

Sinjór eða senjór, sem Sighvatr kvað:

320.
Lát auman nú njóta,
Nóregs, ok gef stórum,
mál halt, svá sem sælan,
sínjór, laga þinna.

Mildingr, sem Markús kvað:

321.
Mildingr fór of óþjóð eldi,
auðit varð þá flotnum dauða.
Hæstan kynduð, hlenna þrýstir
hyrjar ljóma suðr at Jómi.

Mæringr, sem Hallvarðr kvað:

322.
Erat und jarðar höslu,
orðbrjótr Dönum forðar
moldreks, munka valdi
mæringr en þú næri.

Landreki, sem Þjóðólfr kvað:

323.
Eyss landreki ljósu
lastvarr Kraka barri,

sem fyrr var ritat. Því heitir hann svá, at hann rekr her um land annarra konunga eða rekr her ór sínu landi.


79. Les heiti des konungar.

Quels sont les heiti sans-kenningar1 des hommes? Chacun désigne un homme en soi ; le premier et le plus élevé heiti de l’homme, est nommé maðr keisari2 ; à cela ensuite konungr, puis jarl. Tous ces heiti valent pour ces trois hommes. Allvaldr3, comme il est chanté ici :

315.
De tous les Allvaldar4 que je connais
à l’est et au sud par-delà les navires,
le fils de Sveinn5 si l’on juge,
aux-sièges, est supérieur à n’importe quel courroux6.

Ici est aussi appelé Gramr (courroux/prince). Pour cela il est appelé Allvaldr, puisqu’il est le seul de tout son domaine. Fylkir7, comme Gizurr l’a chanté :

316.8
Le fylkir réjouit dans la troupe
le coursier de la femme-troll9 et le cygne de Hlökk10,
Óláfr bel arbre des bourrasques
d’Yggr réjouit les oisons de Skögul11.

Voilà pourquoi le konungr est appelé fylkir, parce qu’il forme son ost en fylkingar12. Vísi13, comme l’a chanté Óttarr svarti :

317.14
Le vísi prend, du Freyr-de-la-bataille15…,
assurément à l’est [celle] sans amour16,
[que] l’Allvaldr possède de cette vie,
… l’épouse-choisie17, [il a] le bon sort.

Harri18 ou herra19, comme l’a chanté Arnórr :

318.
Le Harri20 (le plus-haut) remporta en chaque
fracas de tonnerre des épées de Hjaltland21,
l’empoigneur22 en exalta la splendeur du courroucé23,
l’exploit, [pour] celui qui était le plus haut des princes.

Hertogi24 est appelé le jarl, et le konungr est lui aussi ainsi nommé, parce qu’il conduit l’armée au combat. Ainsi chanta Þjóðólfr :

319.
Et le dérouteur des hertogar25
au capturé-à-la-guerre26 fit poignarder,
une éloge lui adresse-je, depuis la tête
du tumulus filèrent ses yeux.

Sinjór27 ou senjór28, ainsi que Sighvatr l’a chanté :

320.
Laisse jouir maintenant le pauvre,
de Norvège…, et donne avec largesse,
tiens tes promesses29, ainsi qu’au prospère,
… [toi le] Sínjór30, par tes lois.

Le munificent31, comme Markús l’a chanté :

321.32
Le munificent marcha contre la race-mauvaise33 avec le feu,
richement [le feu] devint alors aux marins leur mort.
Le plus-haut tu allumas, [toi] le dominateur des voleurs
cet éclat-ardent34 vers le sud jusqu’à Jómi35.

L’illustre36, comme Hallvarðr l’a chanté :

322.
Il n’y avait sous le noisetier37 de jorð38…,
le briseur-de-parole39 pour les Danois est le protecteur
meneur-de-la-glaise40, … du souverain des moines41
[aucun] [prince]-illustre42 plus proche que toi .

Le meneur-des-landes43, ainsi que Þjóðólfr l’a chanté :

323.
Le meneur-des-landes44 dispense l’éclatante-
orge de Kraki soucieux-d’éviter-toute-faute45,

comme il a été écrit auparavant. C’est pourquoi il est appelé ainsi, parce qu’il mène une armée à travers le pays d’autres konungar ou bien mène une armée hors de son propre pays. 


LXIII. « What are the simple terms for men? Each, in himself, is Man; the first and highest name by which man is called is Emperor; next to that, King; the next thereto, Earl: these three men possess in common all the following titles: All-Ruler, as this song showeth:

I know all All-Rulers
East and south, o’er the Ships’ seat
Sveinn’s son in proof is better
Than any other War-Prince.

Here he is called War-Prince also; for this reason he is called All-Ruler, that he is sole Ruler of all his realm.

Host-Arrayer, as Gizurr sang:

The Host-Arrayer feedeth
The wolf and the raven in folk-mote;
Óláfr gladdens, in Skögul’s sharp showers
Of battle, the geese of Odin.

« A King is called Host-Arrayer because he divides his war-host into companies.

Leader, as Ottarr the Swarthy sang:

The Leader taketh
Odin’s loved Wife,
The lordless land;
His a warrior’s life.

Lord or Lording, as Arnórr sang:

The Lord of Hjaltland, highest
Of heroes, gained the victory
In every thunderous sword-clash:
The bard will extol his glory.

An earl is called Host-Duke, and a king also is so termed, forasmuch as he leads his host to battle. Thus sang Thjódólfr:

He who put to shame the Host-Duke
Thrust out the eyes of prisoners,–
He who speeds the sacrifices;
In song I chant his praises.

Signor, or Señor, as Sigvatr sang:

O Norway’s gracious Signor,
Grant the wretched, as the happy,
May now enjoy thy wise laws;
Give greatly, hold thy word!

Munificent One, as Markús sang:

The Munificent Prince brought fire’s destruction
O’er the base people; to the pirates
Death was fated: Thief-Compeller,
South at Jóm highest flame-glow kindle!

Illustrious One, as Hallvardr sang:

No Illustrious One nearer
Under Earth’s Hazel liveth
Than thou, O Monks’ Upholder:
The Gold-Minisher Danes protecteth.

Land-Driver, as Thjódólfr sang:

The guileless Land-Driver sprinkles
Kraki’s gleaming barley,

as was written before;[1] he is called so because he drives his host about the lands of other kings, or drives a host out of his own land.

  1. See page 173, where these two lines are translated slightly differently.

—-
LXIII. Quels sont les heiti simples des hommes ?

Chaque homme est, en lui-même, appelé homme (maðr). Le premier et le plus élevé des noms par lesquels un homme est désigné est Empereur ; ensuite vient Roi ; puis Jarl (Comte). Ces trois personnages partagent également tous les titres suivants.

Comme le montre ce poème :

Je connais tous les Souverains universels
à l’est et au sud, par-delà le siège des navires [MER] ;
le fils de Sveinn est, à l’épreuve, meilleur
que tout autre prince de guerre.

Ici il est également appelé prince de guerre (gramr). Il est nommé Allvaldr (« souverain universel ») parce qu’il est l’unique maître de tout son royaume.

Comme l’a chanté Gizurr :

L’Ordonnateur de l’armée nourrit
le loup et le corbeau dans l’assemblée des hommes ;
Óláfr réjouit, dans les averses aiguës de Skǫgul [BATAILLES],
les oies d’Óðinn [CORBEAUX].

Un roi est appelé Fylkir parce qu’il répartit son armée en compagnies.

Comme l’a chanté Óttarr le Noir :

Le Guide prend
l’épouse bien-aimée d’Óðinn [TERRE],
la terre sans maître ;
telle est la vie du guerrier.

Comme l’a chanté Arnórr :

Le Seigneur des Shetland, le plus élevé
des héros, remporta la victoire
dans chaque fracas retentissant des épées ;
le poète célébrera sa gloire.

Un jarl est appelé Hertogi (« duc de l’armée »), et un roi peut également être désigné ainsi, puisqu’il conduit son armée au combat.

Ainsi chanta Þjóðólfr :

Celui qui humilia le duc de l’armée
fit crever les yeux des prisonniers ;
lui qui favorise les sacrifices ;
je chante ses louanges en vers.

Comme l’a chanté Sigvatr :

Ô seigneur de Norvège,
fais que le misérable comme le prospère
puissent maintenant jouir de tes sages lois ;
donne avec largesse, tiens ta parole !

Comme l’a chanté Markús :

Le généreux prince porta la destruction du feu
sur le peuple méprisable ; aux pirates
la mort était destinée ; ô dompteur des voleurs,
tu allumas au sud de Jóm le plus haut brasier !

Comme l’a chanté Hallvarðr :

Nul illustre personnage ne vit
plus près, sous le noisetier de la terre [YGGDRASILL],
que toi, soutien des moines ;
le dispensateur d’or protège les Danois.

Comme l’a chanté Þjóðólfr :

Le meneur des terres, irréprochable, répand
l’orge éclatante de Kraki [OR]…

comme il a été écrit précédemment1. Il est appelé Landreki parce qu’il conduit son armée à travers les terres d’autres rois, ou parce qu’il mène une armée hors de son propre pays.

  1. Voir la page 173, où ces deux vers sont traduits légèrement différemment.

  1. ókennd « non périphrastiques »
    « non kennings »
    « sans kenning »
    « non figurés »
    littéralement : « non caractérisés / non désignés par périphrase »
    Ici ókennd s’oppose à ce qui est exprimé par kenning. ↩︎
  2. l’homme empereur
    maðr = « homme », « être humain », « personne »
    keisari = « empereur ».
    Étymologie
    C’est un emprunt au latin :
    Caesar.
    ↩︎
  3. « souverain de tout »
    « maître de tout »
    « celui qui gouverne tout »
    1) all-
    vient de :
    allr = « tout », « entier »
    Parenté
    Très ancienne famille germanique :
    vieil anglais eall
    allemand all
    gothique alls
    Reconstruction probable
    proto-germanique *allaz
    Donc :
    all- = tout, l’ensemble, la totalité
    2) valdr
    vient de :
    valdr = « maître », « souverain », « celui qui a pouvoir sur »
    Ce mot est apparenté au verbe :
    valda = « gouverner », « dominer », « avoir pouvoir sur », « causer »
    Parenté germanique
    vieil anglais wealdan = gouverner, manier
    anglais wield
    vieux haut allemand waltan
    allemand walten
    Reconstruction probable
    On le rattache à la famille proto-germanique :
    *waldaną = « gouverner, exercer un pouvoir »
    et à un nom de type :
    *waldaz = « maître, gouvernant »
    Donc :
    valdr = celui qui détient le pouvoir, le gouvernant
    puissant
    ou tout-puissant ↩︎
  4. Allvalda
    génitif pluriel de allvaldr
    « des souverains de tout »
    « des maîtres universels »
    plus souplement en contexte : « des rois », « des princes » ↩︎
  5. = Knútr ↩︎
  6. gramr = « prince », « chef », « seigneur »
    vieil anglais gram = « farouche, hostile, irrité »
    vieux haut allemand gram = « irrité, hostile, chagriné »
    gothique grams = « courroucé » ↩︎
  7. ordonnateur de l’ost
    le meneur de l’ost
    le meneur du peuple
    mettre en ordre
    ranger en bataille
    mener la troupe / le peuple
    ou chef d’un groupe organisé
    Il est lié très vraisemblablement à :
    fylkja = ranger en bataille, mettre en formation
    ou fylki = troupe, peuple, division ↩︎
  8. Autre traduction :
    Le souverain réjouit le coursier de la femme-troll [LOUP] et le cygne de Hlökk [CORBEAU/AIGLE] dans la bataille ; Óláfr rend joyeux les oisons de Odin [CORBEAUX] par les tempêtes de Skögul [BATAILLES]. ↩︎
  9. [LOUP]
    ogresse
    troll-femme
    monstre femelle
    sorcière monstrueuse
    la souillure
    l’impureté
    l’être hideux
    ou une créature dangereuse / malfaisante
    flagð = être féminin monstrueux, trollesque, maléfique ↩︎
  10. [CORBEAU/AIGLE/Guerrier]
    Hlakkar = « de Hlǫkk » (la valkyrie Hlǫkk)

    Hlǫkk : tumulte
    fracas
    vacarme de bataille
    clameur guerrière
    par extension : bataille ↩︎
  11. la valkyrie Skǫgul
    « celle qui secoue »,
    « celle qui ébranle »
    « celle qui déchaîne la bataille » ↩︎
  12. í fylkingar
    « en formations »
    « en rangs de bataille »
    « en troupes rangées »
    « en lignes de bataille » ↩︎
  13. vísir
    prince
    guide, conducteur ↩︎
  14. Le souverain obtient assurément à l’est l’épouse choisie et sans amour du Freyr de la bataille [= Odin > = Jǫrð (« terre »)] ; le puissant souverain des hommes mène une bonne vie. ↩︎
  15. [= Odin > = Jǫrð (« terre »)]
    víg remonte très probablement au proto-germanique :
    *wīgą = « combat, bataille »
    avec des cognats très clairs :
    vieil anglais wīg = « guerre, combat »
    vieux saxon wīg
    vieux haut allemand wīg
    allemand poétique ancien Wig dans des noms héroïques ↩︎
  16. munlaust « sans amour » : Ainsi les manuscrits 744ˣ et C ; les manuscrits R et Tˣ lisent munnlaust « sans bouche ». La terre pourrait être munlaust pour deux raisons :
    (a) Elle pourrait être délaissée et privée d’un souverain puissant (cf. munar lausasta « la plus privée d’amour », Guðr I 4/4, NK 202). L’adverbe víst « assurément, certainement » dans la même ligne suggère fortement que l’état de délaissement de la terre sera corrigé par la puissance militaire d’Óláfr.
    (b) L’adjectif qualifie une kenning pour Jǫrð (litt. « Terre », compagne d’Óðinn et mère de son fils Þórr), qui pourrait avoir été abandonnée lorsqu’Óðinn la quitta pour Frigg (voir McKinnell 2005, p. 152-156 ; voir aussi Faulkes, SnE 1998, II, 358, qui compare Hfr Hákdr 3/4 biðkván Þriðja « l’épouse en attente de Þriði [= Óðinn] [= Jǫrð (terre)] »).
    Kock (NN §3396N ; Skald) corrige au contraire en mundlaust « sans prix de la fiancée » et compare ómyndr « dépourvue du paiement nuptial » dans un jeu d’ofljóst semblable sur Jǫrð (jǫrð « terre ») dans ÞjóðA Sex 3/4II.
    McKinnell (2005, p. 155) suggère que munlaust possède ici le sens affaibli de « sans aucun doute », mais cela semblerait pléonastique après víst « assurément ». ↩︎
  17. Jord : la terre conquise ↩︎
  18. le plus haut ↩︎
  19. l’aîné ↩︎
  20. Le seigneur des Shetland [= Þorfinnr] ↩︎
  21. du Shetland
    des Orcades ↩︎
  22. « celui qui saisit »
    « l’homme à la poigne »
    « le preneur / le fort »
    champion
    homme valeureux
    guerrier
    héros
    le poète
    ↩︎
  23. gramr : prince ↩︎
  24. le commandement militaire
    la conduite de l’ost
    herr = armée, ost
    togi = meneur, conducteur
    Duc
    chefs d’armée ↩︎
  25. le dérouteur des hertogar : le souverain ↩︎
  26. herfingnum « capturé à la guerre » :
    La forme -fingnum est garantie par la rime avec stinga (« percer, poignarder »).
    Il s’agit du datif singulier du participe passé finginn, une variante de fenginn, apparemment formée sur le modèle du prétérit pluriel fingum (plus tard fengum ; voir ANG §504 et note 5 ; Finnur Jónsson 1901, p. 98).
    La forme -fingnum est garantie par la rime avec stinga (« percer, poignarder »). ↩︎
  27. sire
    aîné ↩︎
  28. senior
    seigneur ↩︎
  29. môl halt
    ou maintiens le droit, ↩︎
  30. Sinjórr Nóregs — « le seigneur de Norvège [= Magnús] » ↩︎
  31. Mildingr
    mildr
    mildr signifie en vieux norrois :
    doux
    clément
    bienveillant
    généreux
    libéral
    *mildjaz ↩︎
  32. Skjǫldungr, fórt of óþjóð eldi;
    auðit vas þá flotnum dauða;
    hæstan kynduð, hlenna þrýstir,
    hyrjar ljóma sunnr at Jómi. ↩︎
  33. óþjóð
    race-mauvaise : étymologie complète
    1) Décomposition
    óþjóð est un composé transparent :
    ó- + þjóð
    Il signifie selon le contexte :
    peuple étranger
    nation étrangère
    gent ennemie
    peuple mauvais / hostile
    parfois plus fortement : la non-nation, la gent hors de l’ordre
    le meilleur sens est probablement :
    « peuple ennemi »
    ou
    « nation étrangère hostile »
    2) ó-
    Le premier élément est le préfixe privatif vieux norrois :
    ó- = « non- », « sans », « absence de », parfois « mauvais / contraire à »
    C’est le même vieux préfixe germanique que :
    gotique un-
    vieil anglais un-
    allemand un-
    En vieux norrois, ó- peut être :
    purement négatif : « non-, sans »
    ou marquer une valeur péjorative : mauvais
    inversé
    contraire à la norme
    Donc dans óþjóð, ce n’est pas seulement une négation mécanique ; cela peut suggérer :
    un peuple hors de la bonne communauté,
    étranger,
    ennemi,
    ou non conforme à l’ordre social du locuteur.
    3) þjóð
    Le second élément est :
    þjóð = « peuple », « nation », « communauté humaine », « gent »
    C’est un mot très ancien, extrêmement important dans le lexique germanique.
    Cognats
    On le rapproche de :
    gotique þiuda = « peuple »
    vieil anglais þēod = « peuple, nation »
    vieux saxon thioda
    vieux haut allemand diot / diota
    allemand deutsch remonte indirectement à cette même famille
    Proto-germanique
    On reconstruit généralement :
    *þeudō
    = « peuple, nation »
    C’est l’un des grands mots germaniques pour la collectivité humaine définie comme peuple.
    4) Plus loin : indo-européen
    La famille de þjóð est généralement rattachée à une racine indo-européenne du type :
    *tewtéh₂
    = « peuple, tribu »
    ou à un thème voisin *teutā / *teuta-, bien connu dans plusieurs langues indo-européennes.
    C’est la même grande famille que l’on retrouve dans des formes celtiques et germaniques exprimant :
    le peuple
    la tribu
    la communauté ethno-politique
    Donc ici l’étymologie est particulièrement solide.
    5) Sens interne du composé
    Ainsi :
    ó-þjóð
    = littéralement « non-peuple »
    ou « peuple autre / opposé »
    Mais en usage réel, cela devient plus naturellement :
    peuple étranger
    nation ennemie
    gent hostile
    parfois mauvaise nation
    Autrement dit, le composé ne veut pas dire abstraitement « absence de peuple », mais :
    le peuple d’en face,
    la communauté étrangère ou ennemie,
    celle qui n’est pas notre peuple.
    ↩︎
  34. L’étymologie la plus plausible rattache hyrr à la famille vieux norroise de :
    hýr / hýrr = « clair », « brillant », « serein », « d’aspect lumineux »
    Autrement dit, Hyrr serait originellement quelque chose comme :
    « le brillant »,
    « l’éclatant »,
    puis, par spécialisation poétique,
    « la flamme », « le feu ».
    la flamme claire
    l’éclat ardent
    la lueur de feu
    le feu lumineux ↩︎ ↩︎
  35. Wollin ↩︎
  36. Mæringr peut se traduire par :
    le fameux
    l’illustre
    le glorieux
    le renommé
    l’homme illustre
    le noble illustre
    le prince illustre
    le roi glorieux
    le seigneur renommé
    Étymologie de mærr
    Le mot appartient à une vieille famille germanique très bien attestée :
    vieil anglais mǣre = célèbre, illustre
    vieux haut allemand māri = célèbre, grand, renommé
    gothique probablement de la même famille
    ↩︎
  37. höslu
    « coudrier »
    « noisetier »
    « bois de coudrier » ↩︎
  38. le noisetier de la terre [= Yggdrasill] ↩︎
  39. orðbrjótr
    [(litt. « briseur de la parole du souverain de la terre ») GÉANT > OR > HOMME GÉNÉREUX] ↩︎
  40. mold + rekr
    a) mold
    mold signifie :
    terre
    sol
    poussière
    glaise
    pays
    parfois, dans la diction poétique, monde terrestre
    Étymologie de mold
    Le mot appartient à une vieille famille germanique bien attestée :
    vieil anglais molde = terre, poussière, sol
    vieux saxon moldu / formes voisines
    vieux haut allemand molta / molta- dans le champ de la terre friable
    anglais dialectal mould au sens ancien de terre meuble
    b) rekr
    rekr est ici presque certainement :
    chef
    souverain
    celui qui mène
    régent / prince
    C’est un vieux nom d’agent ou de fonction lié au verbe :
    reka = « pousser, faire aller, conduire, chasser, mener »
    Dans la langue poétique, le sens se développe vers :
    celui qui mène les hommes
    → chef
    → roi / souverain
    Étymologie de reka
    Le verbe appartient à une vieille famille germanique :
    vieil anglais recan / ræcan dans des champs voisins de mouvement, de direction, d’extension
    vieux saxon et vieux haut allemand ont des formes apparentées au champ de pousser / conduire / diriger
    la parenté exacte des branches demande prudence, mais le noyau germanique de conduite / poussée / direction est solide
    Moldrekr « souverain de la terre » est une kenning étrange pour « géant » — elle pourrait tout aussi bien désigner un nain — et n’est attestée qu’ici. ↩︎
  41. maître des moines = Dieu ↩︎
  42. mær- + -ingr
    c’est-à-dire un dérivé formé sur :
    mærr = « célèbre, illustre, glorieux »
    avec le suffixe :
    -ingr
    Mæringr = « l’illustre », « celui qui est renommé » ↩︎
  43. Landreki : heiti royal ; composé de land « pays, territoire » (< pgerm. *landą) et de reki « chef, gouvernant », lié à reka « conduire, mener » ; litt. « souverain du pays », « gouvernant du territoire ».
    Landreki = le souverain du pays ↩︎
  44. landreki ↩︎
  45. lastvarr
    ast
    last signifie en vieux norrois :
    blâme
    reproche
    faute
    vice
    défaut
    parfois aussi déshonneur moral
    C’est un mot du champ de la réprobation morale et sociale.
    Cognats
    Le plus sûr est de le rapprocher de formes germaniques comme :
    vieux haut allemand lastar = « vice, faute, blâme »
    allemand Laster = « vice »
    formes voisines vieux saxonnes / germaniques du même champ lexical
    Donc on est clairement dans une vieille famille germanique de :
    faute, vice, blâme, reproche
    Proto-germanique
    *lastra- / *lastrą
    ou une forme voisine, avec le sens de :
    blâme, faute, vice
    varr
    varr signifie :
    prudent
    circonspect
    sur ses gardes
    attentif à éviter
    wary au sens anglais
    Cognats
    Le mot appartient à une vieille famille germanique très claire :
    vieil anglais wær = prudent, averti
    allemand gewahr est apparenté plus lointainement dans le champ de l’attention / conscience
    anglais wary, aware appartiennent à la même grande zone sémantique
    Proto-germanique
    On reconstruit généralement :
    *waraz
    avec le sens de :
    attentif, prudent, vigilant
    Sens interne
    Le mot exprime l’idée de :
    se tenir en garde contre quelque chose
    Donc :
    lastvarr n’est pas d’abord « innocent » au sens passif,
    mais plutôt :
    « attentif à éviter le blâme » ↩︎

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