
Lughnasadh marque une transition essentielle dans le cycle annuel : le glissement de l’Ă©tĂ© Ă l’automne et l’Ă©mergence de la pĂ©riode des moissons. Cette fĂȘte est un jalon symbolique, riche en traditions et en rituels. Lughnasadh, en incarnant la sagesse ancestrale et la puissance de la nature, donne naissance Ă une symphonie symbolique complexe.
Les quatre cĂ©lĂ©brations saisonniĂšres, qui jalonnent le cĆur du cycle festif annuel, sont des instants singuliers oĂč l’on rend hommage aux diffĂ©rents aspects de la vie universelle et aux activitĂ©s du clan. Ces festivitĂ©s, qui comprennent Samain, Imbolc, Beltaine et Lugnasad, soulignent chacune des traits distinctifs de leur saison respective.
Samain, cĂ©lĂ©brĂ©e le 1er novembre, met l’accent sur la valeur de la solidaritĂ© familiale et clanique. Ă l’automne, saison des semailles et des chasses, la cohĂ©sion et la coopĂ©ration du clan deviennent primordiales. C’est donc une pĂ©riode privilĂ©giĂ©e pour se rassembler et resserrer les liens familiaux.
Imbolc, qui a lieu le 2 fĂ©vrier, est une fĂȘte de purification et de recueillement. L’hiver, par sa nature mĂȘme, est une pĂ©riode de retraite et de renouveau. Cette fĂȘte marque un temps de purification du foyer, symbolisant un nettoyage en profondeur avant l’arrivĂ©e du printemps.
Beltaine, cĂ©lĂ©brĂ©e le 1er mai, est un hommage Ă la jeunesse, Ă la croissance et Ă l’amour. Le printemps, saison du renouveau et de l’Ă©panouissement, est une pĂ©riode oĂč la compĂ©tition entre les jeunes est mise en avant. C’est un temps de croissance et de compĂ©tition saine, oĂč l’amour fleurit.
Lugnasad, enfin, cĂ©lĂ©brĂ©e le 1er aoĂ»t, est un jour de festin, marquant la saison estivale qui est le moment de savourer les fruits des premiĂšres rĂ©coltes. Cette fĂȘte est associĂ©e Ă la maturitĂ© et Ă la rĂ©colte, symbolisant l’Ăąge de 44 ans, oĂč l’on moissonne ce que l’on a semĂ© dans sa vie. Lugnasad reprĂ©sente l’Ăąge mature, le temps de rĂ©colter matĂ©riellement les fruits de ce que nous avons semĂ© et cultivĂ© au cours de notre vie, une pĂ©riode marquĂ©e par la notion de maturitĂ© et de moisson.
Ce que nous savons
Le Dieu Lugh aurait instaurĂ© cette fĂȘte en mĂ©moire de sa mĂšre Tailtiu dont un tumulus subsiste Ă Teltown en Irlande. La mĂšre de Lug succomba d’Ă©puisement aprĂšs avoir dĂ©frichĂ© toute l’Irlande, prĂ©parant ainsi tout le pays Ă l’agriculture. Tailtiu est plus qu’une simple mĂšre pour Lug, elle incarne une grande DĂ©esse, reprĂ©sentant un aspect de la Terre-MĂšre.

Cette fĂȘte Ă©tait l’occasion d’un grand rassemblement oĂč tous les problĂšmes Ă©taient rĂ©glĂ©s sous l’Ćil vigilant de la mĂšre (de Lugh), Ă travers des jeux (compĂ©tition) ou autres⊠Par facilitĂ©, cette fĂȘte a Ă©tĂ© associĂ©e Ă la moisson car Tailtiu, qui reprĂ©sente la Terre-MĂšre, est indĂ©niablement la gĂ©nĂ©ratrice de la moisson. Cependant, c’est Lugh qui a instaurĂ© cette fĂȘte en son honneur et non pour la moissonâŠ
Le nom de cette fĂȘte renvoie au dieu Lugh, dont l’influence se retrouve dans le nom de nombreuses villes europĂ©ennes et de tribus celtiques. Il est perçu comme un dieu aux multiples facettes, fortement associĂ© Ă la souverainetĂ© et Ă la magie.
En sommes, Lugh partage de nombreux points communs avec le dieu Wotan. Tout comme Wotan, Lugh est reconnu pour sa vaste connaissance des arts magiques. Il est Ă©galement associĂ© aux corbeaux, pratique l’art de la magie, et est souvent reprĂ©sentĂ© avec un Ćil fermĂ© lors de certains rituels. Lugh, Ă l’image de Wotan, est le patron des poĂštes, conduit les armĂ©es au combat, et sa lance est son arme de prĂ©dilection.
En outre, Freyr, le dieu nordique de la fertilitĂ© et des rĂ©coltes, est honorĂ© par le Freysblöt, une cĂ©rĂ©monie d’offrandes qui marque aussi le dĂ©but de la moisson. Thor, qui aide Ă©galement aux rĂ©coltes, et sa femme Sif, dont les cheveux dorĂ©s peuvent Ă©voquer les champs de blĂ© mĂ»rs, sont Ă©galement vĂ©nĂ©rĂ©s lors de cette fĂȘte.
Au cours du Freysblöt, la premiĂšre gerbe de blĂ© rĂ©coltĂ©e est attachĂ©e et bĂ©nie en l’honneur des dieux et des vaettir, les esprits de la terre. Le pain, cuit Ă partir de ce premier blĂ© moissonnĂ©, devient une offrande partagĂ©e avec toute la communautĂ©.

Autrefois, cette cĂ©lĂ©bration revĂȘtait une importance vitale pour nos ancĂȘtres. Une mauvaise rĂ©colte pouvait entraĂźner de nombreuses morts durant l’hiver. Aujourd’hui, nous rendons hommage Ă Freyr pour toutes les rĂ©coltes abondantes dont nous avons bĂ©nĂ©ficiĂ©. Si certaines annĂ©es Ă©taient particuliĂšrement difficiles, des sacrifices drastiques Ă©taient rĂ©alisĂ©s.
Nous honorons Freyr en lui présentant un blöt, un festin issu de nos jardins et de nos champs.
Ce que nous savons vraiment
Il est vrai que ce que nous savons de maniĂšre avĂ©rĂ©e concernant ces cĂ©lĂ©brations antiques est parfois fragmentaire. Freyfaxi, par example, est une crĂ©ation contemporaine qui correspond approximativement avec le jour de Larsok, le 10 aoĂ»t, citĂ© dans le Primstav. Historiquement, Ă cette date, il Ă©tait de coutume d’avoir fini de stocker le foin pour assurer l’approvisionnement en lait durant l’hiver. Bien que Larsok soit parfois interprĂ©tĂ©e comme une fĂȘte des moissons, certains chercheurs proposent qu’elle pourrait ĂȘtre liĂ©e Ă la fĂȘte de Saint-Laurent.

En Grande-Bretagne, des fĂȘtes de la moisson ont Ă©tĂ© cĂ©lĂ©brĂ©es depuis les temps anciens pour remercier les divinitĂ©s pour les rĂ©coltes abondantes. Selon la tradition locale, ces cĂ©rĂ©monies ont lieu en septembre ou en octobre.
NĂ©anmoins, une fĂȘte des moissons prĂ©coce avait lieu le 1er aoĂ»t, nommĂ©e Lammas, « messe du pain », ou Hlalmaesse. Il s’agissait d’une cĂ©rĂ©monie pour marquer le dĂ©but de la saison de la moisson. Ă Lammas, un pain rĂ©alisĂ© Ă partir de la nouvelle rĂ©colte Ă©tait apportĂ©, symbolisant ainsi le commencement de la pĂ©riode des moissons. Cette cĂ©rĂ©monie se situait Ă mi-chemin entre le solstice d’Ă©tĂ© et l’Ă©quinoxe de septembre, indiquant une Ă©tape importante du cycle agricole.
De plus, Lughnasadh est une fĂȘte officielle en Irlande et une cĂ©lĂ©bration gaĂ©lique, qui a des racines dans le paganisme et est mentionnĂ©e dans certaines des plus anciennes littĂ©ratures irlandaises. Historiquement observĂ©e en Irlande, en Ăcosse et sur l’Ăźle de Man, Lughnasadh rĂ©unit de grands groupes pour des cĂ©rĂ©monies religieuses, des compĂ©titions athlĂ©tiques rituelles, des banquets, des rencontres amoureuses et des Ă©changes commerciaux. La fĂȘte survient Ă un moment critique pour les communautĂ©s agricoles : les rĂ©serves de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente sont Ă©puisĂ©es et les nouvelles rĂ©coltes ne sont pas encore prĂȘtes.
En Suisse Ă©galement, le 1er aoĂ»t est un jour fĂ©riĂ©. Traditionnellement, Lughnasadh a toujours Ă©tĂ© associĂ©e au premier jour d’aoĂ»t. Cependant, au cours des siĂšcles rĂ©cents, une grande partie des rassemblements et des festivitĂ©s qui lui sont associĂ©s ont Ă©tĂ© dĂ©placĂ©s vers les dimanches les plus proches – soit le dernier dimanche de juillet ou le premier dimanche d’aoĂ»t. On pense que cela est dĂ» Ă l’incertitude du temps et au fait que la pĂ©riode des rĂ©coltes Ă©tait chargĂ©e, ce qui rendait difficile de sacrifier des jours de travail. Comme le dimanche aurait de toute façon Ă©tĂ© un jour de repos, il Ă©tait logique de cĂ©lĂ©brer Ă ce moment-lĂ . Le passage au calendrier grĂ©gorien a Ă©galement pu influencer cette modification.
Enfin, Lughnasadh partage des thĂšmes agricoles avec Lammas, ou hlalmaesse. Au fil du temps, ces deux fĂȘtes se sont entremĂȘlĂ©es au point qu’il est souvent difficile de distinguer les Ă©lĂ©ments spĂ©cifiques Ă chacune.
Ce que ma Grand-MĂšre dit
Il est dit de Lughnassadh qu’elle est la fĂȘte du plaisir, oĂč il convient de cĂ©lĂ©brer le phĂ©nomĂšne connu sous le nom de plaisir sensible. C’est pourquoi lors du banquet, un squelette accompagne les hĂŽtes Ă table. Qu’est-ce que le plaisir, c’est-Ă -dire ce stimulus qui dĂ©termine Ă peu prĂšs toutes les dĂ©cisions? Il procĂšde de la lumiĂšre tirĂ©e de quelque chose. Chacun, Ă son niveau, tire sa lumiĂšre, son plaisir, du divin. Dans l’ancienne religion, c’est Frey qui raffine le fait de tirer sa vitalitĂ© des joies de ce monde.
Il est dit que c’est lors de cette fĂȘte qu’il faut aller dans la forĂȘt pour explorer et trouver le petit peuple, avec une loupiote comme Hermod allant voir Baldr.
Effectivement, la forĂȘt Ă©tant le symbole du subconscient, il est racontĂ© qu’Ă la veille de Lughnasadh, il est le bon temps de se promener en forĂȘt, de pĂ©nĂ©trer dans les bois et de parcourir un sentier. C’est Ă ce moment prĂ©cis, dit-on, que le petit peuple devient visible. Farfadets, lutins, fĂ©es et nains sont alors au rendez-vous. On souligne l’importance de renouveler les protections magiques pour les rĂ©coltes, le bĂ©tail, les habitations et toutes autres possessions. Les maisons se parent souvent dâune croix de sorbier, en forme de Naudiz, accrochĂ©e au-dessus des portes, un symbole protecteur fort. On prĂ©pare des gĂąteaux avec les ingrĂ©dients disponibles et on les mange dans les champs ou les pĂąturages. De petits morceaux sont jetĂ©s par-dessus l’Ă©paule alternativement Ă gauche et Ă droite en guise dâoffrandes aux esprits de la nature pour favoriser les rĂ©coltes et aux prĂ©dateurs pour demander dâĂ©pargner le bĂ©tail.

Ă l’aube de Lughnasadh, nos ancĂȘtres et leurs enfants cĂ©lĂšbrent une sĂ©rie de rites et de cĂ©rĂ©monies. Une coupe solennelle du premier grain est effectuĂ©e, dont une offrande est faite Ă la divinitĂ©, portĂ©e Ă un endroit Ă©levĂ© et enterrĂ©e. Un repas composĂ© de la nouvelle rĂ©colte et de myrtilles rassemble la communautĂ© entiĂšre. Par ailleurs, une danse-jeu rituelle peut-ĂȘtre illustre une lutte pour une dĂ©esse et un combat rituel.

Ce rituel complexe implique aussi l’installation d’une tĂȘte en pierre sculptĂ©e au sommet de la colline et une victoire sur elle par un acteur incarnant Lugh/Wotan. La cĂ©lĂ©bration se prolonge ainsi sur trois jours, avec le jeune dieu Lugh, ou son reprĂ©sentant humain, Ă la tĂȘte des festivitĂ©s.

En Irlande, on gravi de nombreuses montagnes et collines importantes pour ce festival. L’occasion est marquĂ©e par des repas, des boissons, de la danse, de la musique folklorique, des jeux, des rencontres amoureuses, ainsi que des compĂ©titions athlĂ©tiques et sportives. Dans certaines traditions, tous portent des fleurs en grimpant la colline et ils les enterrent ensuite au sommet en signe de la fin de l’Ă©tĂ©.

Parmi les autres traditions, les gens prĂ©parent un gĂąteau spĂ©cial appelĂ© le lunastain, qui est Ă l’origine une offrande aux dieux. Certains puits sacrĂ©s sont visitĂ©s, oĂč les visiteurs prient pour la santĂ© en marchant dans le sens du soleil autour du puits, laissant ensuite des offrandes, gĂ©nĂ©ralement des piĂšces de monnaie ou des clooties.
Finalement, nous purifions notre bĂ©tail en le guidant Ă travers un cours d’eau. Nous dĂ©dions les premiers fruits de nos rĂ©coltes aux divinitĂ©s et aux esprits. Des poupĂ©es sont fabriquĂ©es Ă partir des Ă©pis de blĂ© et servent de talismans pour assurer la protection des personnes, des champs, du bĂ©tail et des possessions.
« Le mois d’aoĂ»t a besoin de la rosĂ©e autant que les hommes ont besoin de pain. »
« AprÚs Lammas, le maïs mûrit autant la nuit que le jour. »
En conclusion
Lughnasadh, cette fĂȘte ancestrale, reprĂ©sente un symbole profond de l’interdĂ©pendance entre l’homme et la nature et du respect de ses cycles. Elle rappelle l’importance de la gratitude pour les dons que nous recevons de la terre. Aujourd’hui, alors que nous cĂ©lĂ©brons cette journĂ©e, nous nous souvenons de ces traditions et nous les adaptons Ă notre Ă©poque moderne, tout en prĂ©servant l’esprit et le sens des anciennes coutumes. Que ces rituels et cĂ©lĂ©brations nous rappellent constamment notre lien avec la nature et l’importance de vivre en harmonie avec elle.
1er Aout
Lugnasad se situe entre le solstice d’Ă©tĂ© (Litha), le jour le plus long de l’annĂ©e, et l’Ă©quinoxe d’automne (Mabon), oĂč le jour et la nuit sont de durĂ©e Ă©gale.
C’est un point intermĂ©diaire oĂč l’on commence Ă sentir le dĂ©clin progressif de la lumiĂšre et l’approche des jours plus courts.
C’est donc le moment de plonger dans votre subconscient I.E. explorer la forĂȘt la plus proche quand la nuit sera tombĂ©e avec la plus simple des lanternes.
Autrement, faites comme tous les thralls en ce jour saint : rien d’original car vous ne l’ĂȘtes pas.
Happy Lugnasad Ă celui qui plongera tĂȘte premiĂšre dans nos bois sacrĂ©s pour y rencontrer le petit peuple sacrĂ©.
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