Partie 3

« miötvið mœran »
Vö 2
En décryptant l’obscurité de la deuxième strophe de la Völuspá, on déterre l’expression cryptique « miötvið mœran », transposée en français par « l’ordonnateur de la mesure célèbre ».
Ce terme, directement issu de l’ancien norrois, « miöt-viðr », se décompose littéralement en « mesure-arbre ».
Guidé par le dictionnaire de Cleasby & Vigfusson : Old Norse to English, qui explore le labyrinthe de l’ancien langage, on trouve un mot anglo-saxon proche, « metoð », qui fait directement référence à ‘Dieu’, le maître absolu de la mesure.
Le récit, alors, se dévoile dans toute sa majesté symbolique. Car qui pourrait être ce « mesure-arbre » si ce n’est Yggdrasill lui-même, cet arbre de vie emblématique de la mythologie nordique?
Yggdrasill, la colonne du monde toujours ancrée dans le coeur de la terre, s’expose dans sa véritable essence sous ce nouvel énoncé.
Ce titre, ‘ordonnateur de la mesure’, nous invite à une nouvelle compréhension d’Yggdrasill dans la cosmogonie nordique. Yggdrasill n’est pas seulement l’arbre de vie de notre mythologie, il est l’échelle de l’univers, le mètre étalon entre les mondes, l’architecte des réalités.
Mais cette image de l’arbre de vie évoque aussi une analogie puissante avec la colonne vertébrale de l’homme, élément structurel central de notre anatomie, tout comme Yggdrasill est l’élément central de notre univers. De même que la colonne vertébrale donne structure et stabilité à l’organisme, Yggdrasill, l’arbre de vie, offre une structure solide et cohérente à la mythologie et à la culture ethnique d’un peuple en perdition.
Face à l’érosion progressive de notre culture et de notre identité, face au danger de l’effacement, nous devons puiser dans l’image de l’arbre de vie et dans la colonne vertébrale, symboles de force, de stabilité et de résilience.
C’est en conservant et en renforçant notre structure culturelle, en préservant notre « arbre de vie », en l’arrosant de boue blanche, que nous pourrons résister, persister et finalement triompher face aux menaces qui pèsent sur notre existence en tant que peuple.
Il semblerait que c’est seulement lors de la période néolithique que l’arbre cosmique, en tant que figure mythologique, a commencé à émerger en Europe et en Asie.
Le chamanisme et le motif de l’arbre cosmique auraient perduré au Proche-Orient, et c’est de là qu’une vague de migration a commencé à se répandre en Europe et en Asie à partir de 10 000 av. J.-C., apportant avec elle la néolithisation. Ces nouveaux arrivants ont imposé à la fois leurs techniques et leurs croyances culturelles.
Au IVe millénaire avant notre ère, la culture Yamna a vu le jour dans les steppes pontique-caspienne. De là, ces peuples se sont étendus à l’Europe occidentale, centrale, orientale et septentrionale, à l’Asie centrale et septentrionale, ainsi qu’au sous-continent indien.
Ce sont précisément toutes les régions où nous retrouvons des traces de chamanisme, de mythologies, et du motif de l’arbre cosmique.
Compte tenu de nos connaissances actuelles, ce modèle de vagues migratoires successives semble être le plus plausible et le plus réaliste.
Nous pouvons maintenant passer à l’examen de l’Arbre de Vie proprement dit en nous référant aux articles précédant surtout celui sur ses origines chamaniques.
D’après l’Edda, Yggdrasil se compose de :
— 3 enclos
— eux même composés de 3 Royaumes
le tout enracinés en Erda (la terre elle même)
— Puis un pont reliant 2 des enclos,
— et de vingt-deux voies qui les relient ces 9 mondes.
Notre objectif premier est de bien ancrer ce schéma de base dans l’inconscient, et le seul moyen d’y parvenir est de travailler et de ruminer ce symbole de manière consciente et persistante.
Une fois cette base bien établie, tout autre symbole peut être envoyé en gestation dans le subconscient, où il prendra, après un certain temps, sa place sur la partie appropriée de l’Arbre, révélant ainsi sa signification et sa relation avec les symboles précédemment assimilés.

L’aphorisme suivant :
‘Les dieux sont au peuple ce que l’âme est au corps’
déploie une analogie saisissante qui compare le rôle des divinités dans la structure d’une société à celui de l’âme au sein d’un individu.
Dans nombre de cultures, les dieux sont considérés comme des êtres d’essence supérieure, guidant et influençant les agissements des hommes.
Ils incarnent un ensemble de valeurs et d’idéaux qui modèlent le comportement d’une société et la manière dont celle-ci interagit avec l’extérieur et fait face aux menaces.
De façon similaire, l’âme est perçue comme l’énergie vitale d’un individu, son sens moral et sa conscience, influençant ses actions et sa perception du monde.
En conséquence, ce dicton signifie que de la même manière que l’âme insuffle vie, direction et signification à un individu, les divinités confèrent un cadre, un sens et une orientation à un peuple.
L’abandon des dieux par un peuple n’est pas une décision anodine, et mérite une considération attentive.
Voici plusieurs aspects cruciaux qui devraient être pris en compte :
— Préservation de l’identité culturelle : Les divinités tribales forment le socle de l’identité culturelle d’un peuple, faisant le lien entre l’héritage historique, la compréhension du monde et la connexion aux ancêtres. Leur abandon conduit à un affaiblissement de l’identité culturelle.
— Maintien de l’orientation morale et éthique : Les dieux tribaux offrent un cadre de valeurs et de principes moraux. Sans eux, un peuple se retrouve dans une situation de désorientation morale, où la distinction entre le bon et le mauvais devient floue.
— Perpétuation des traditions : Les rituels et célébrations en l’honneur de nos dieux participent à l’unité sociale et au sentiment d’appartenance ethnique. S’il abandonne ses dieux, un peuple peut en mourir.
— Protection contre l’aliénation et l’acculturation : La disparition des dieux est le signe d’une influence extérieure croissante d’autres cultures ou religions et mène à un sentiment d’aliénation et à une perte de l’autonomie culturelle.
— Prévention des conflits sociaux : La disparition des dieux tribaux engendre des tensions sociales internes.
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