
LâĂ©tude du chapitre 35 de la Gylfaginning sâouvre sur des questions relatives aux conditions concrĂštes de la pratique de la Huð et Ă la dĂ©finition de termes rĂ©currents de lâenseignement. Ces Ă©changes introduisent lâexamen du verset consacrĂ© Ă Syn, dont lâinterprĂ©tation permet de lire lâĂ©numĂ©ration des proches de Frigg comme une succession ordonnĂ©e des degrĂ©s initiatiques.
Un correspondant explique que ses obligations professionnelles lâempĂȘchent de pratiquer la Huð Ă Halfr. Se levant trĂšs tĂŽt, il doit dormir Ă cette heure pour pouvoir travailler. Son seul moment disponible se situe aprĂšs le dĂźner, un peu aprĂšs sĂłlbjörg, le coucher du soleil, en plein Myrkr, presque au cĆur du cĂŽne dâombre. Il demande sâil peut alors se promener dans un parc pour y pratiquer la Huð. Myrkr est le moment le plus tĂ©nĂ©breux de la journĂ©e. Cette situation illustre la maniĂšre dont Fenrir organise la sociĂ©tĂ© : le seul temps laissĂ© libre au peuple se trouve prĂ©cisĂ©ment dans lâobscuritĂ©.
La rĂ©ponse est sans ambiguĂŻtĂ© : mieux vaut pratiquer la Huð au plus sombre de Myrkr que ne pas la pratiquer du tout. La pratique doit se poursuivre jusque dans les lieux les plus dĂ©chus ; mĂȘme Ă NĂĄströnd, elle demeurerait nĂ©cessaire. Ă cette Ă©chelle, Myrkr reprĂ©sente une difficultĂ© relativement mineure. Lorsque ce crĂ©neau est le seul disponible, il convient donc de lâutiliser.
Cette rĂ©ponse rejoint une remarque adressĂ©e autrefois par le maĂźtre Ă un Ă©lĂšve qui se plaignait de ne disposer, chez lui, dâaucun emplacement pour amĂ©nager une aire consacrĂ©e. Lâabsence de cet espace lui servait Ă justifier son inaction. Le maĂźtre lui avait rĂ©pondu que, le jour oĂč une aire consacrĂ©e ou un temple magnifique lui serait rĂ©ellement nĂ©cessaire, il en disposerait ; dans lâimmĂ©diat, il devait agir avec les moyens dont il bĂ©nĂ©ficiait. Les conditions de la pratique spirituelle et rituelle restent toujours perfectibles, puisque leur horizon est lâinfini. Attendre quâelles soient absolument optimales revient donc Ă attendre une perfection qui ne peut jamais ĂȘtre dĂ©finitivement accomplie. Loki, et plus particuliĂšrement son frĂšre BĂœleistr, souffle cette justification Ă©laborĂ©e de lâinaction.
Le coucher du soleil possĂšde certes son ambiance propre, mais Halfr demeure prĂ©fĂ©rable. Le moment plus favorable encore se situe Ă la deuxiĂšme heure aprĂšs Halfr, au cĆur de HvĂtr : câest le moment de la grande paix.
Une autre question porte sur la dĂ©finition de termes frĂ©quemment employĂ©s, au point de suggĂ©rer la crĂ©ation dâun glossaire. SkrĂŠling est Ă lâorigine la forme singuliĂšre, dont le pluriel est SkrĂŠlingar ; un usage simplifiĂ© a ensuite fait de SkrĂŠl le singulier et de SkrĂŠling le pluriel. Dans le vocabulaire de cet enseignement, le mot dĂ©signe toute personne non-heimdallar, extĂ©rieure Ă la lignĂ©e dâHeimdall.
Le thrall est, au contraire, un homme blanc. Thrall, fils dâEdda, est le premier enfant dâHeimdall : dans cette gĂ©nĂ©alogie, il prĂ©cĂšde donc les Jarls et les Karls. Les lignĂ©es issues de Thrall ont fourni, pendant des millĂ©naires, la caste servile du peuple. Leur situation contemporaine ne correspond plus nĂ©cessairement Ă cette fonction, puisque le prĂ©sident de la RĂ©publique est lui-mĂȘme qualifiĂ© de thrall.
Le terme dĂ©signe dâabord lâappartenance Ă ces lignĂ©es, puis, par extension, les personnes qui en prĂ©sentent les mĂȘmes caractĂ©ristiques, mĂȘme lorsquâelles nâen descendent pas au sens strict. Le thrall est associĂ© Ă lâalternative entre trahir et servir. Un homme issu dâune lignĂ©e de thrallar qui devient un vĂ©ritable serviteur reste thrall par son ascendance, sans lâĂȘtre par son attitude. Wodenson a tenu des propos trĂšs sĂ©vĂšres Ă leur sujet, allant presque jusquâĂ prĂ©coniser leur stĂ©rilisation. Mieux vaut avoir des ennemis que des traĂźtres.
La onziĂšme est Syn
LâĂ©tude reprend au verset 30 : « Ellifta Syn », « La onziĂšme est Syn ». Celle-ci surveille la porte de la salle et la ferme devant ceux qui ne doivent pas entrer. Elle garde la porte de Fensalir, la halle de Frigg, et plus prĂ©cisĂ©ment lâaccĂšs aux appartements rĂ©servĂ©s Ă ses familiers, le cercle le plus privilĂ©giĂ© dâAsgard.
Lâanalogie est celle de la door girl dâun Ă©tablissement privĂ©, chargĂ©e de sĂ©lectionner les personnes admises dans lâespace VIP. Sa rĂ©ponse caractĂ©ristique est : « Câest une soirĂ©e privĂ©e, monsieur. » Les cĂ©lĂ©britĂ©s et les top models y figurent comme personnes admises dans ce cercle. Le rapprochement sâappuie sur la formule associĂ©e Ă Othala : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. La beautĂ© physique fĂ©minine est le signe dâun accomplissement karmique ; le VIP est celui qui sâest distinguĂ© de la multitude par ce quâil a accompli. Un Einheri est, en ce sens, un VIP : il a manifestĂ© son unicitĂ© dans le monde et sâest dĂ©gagĂ© de lâĂ©tat de foule. Rien nâest extĂ©rieur Ă lâEdda ; toutes les situations ordinaires en manifestent les principes.
La fonction de Syn sâexerce Ă©galement au Thing, oĂč elle intervient dans les dĂ©fenses opposĂ©es aux causes que lâon veut rĂ©futer. Son nom signifie nĂ©gation ou dĂ©nĂ©gation, proche de lâanglais denial. Dire quâil y a Syn, câest constater quâun refus ou une contestation est opposĂ© Ă une demande. La gardienne de la porte et la puissance de rĂ©futation Ă lâassemblĂ©e expriment une mĂȘme fonction : dire non.
Lâensemble du chapitre 35 Ă©numĂšre les Ă©tapes successives de lâinitiation. Wotan les a habilement dissimulĂ©es dans lâordre de prĂ©sentation des suivantes et des proches de Frigg. Le fait quâil sâagisse dâĂsynes, donc de figures fĂ©minines, reçoit une signification particuliĂšre : chacune reprĂ©sente ce qui doit ĂȘtre conquis, lâobjet de lâeffort correspondant au rang Ă franchir ou Ă atteindre.
Syn, onziĂšme de lâĂ©numĂ©ration, correspond Ă la probation. Celle-ci est figurĂ©e par la porte, et mĂȘme par « la porte des portes », parce quâelle constitue le commencement dĂ©cisif du parcours. Le rĂŽle de Syn est de faire Ă©chouer le probationnaire, de lui fermer la porte ; celui du probationnaire est de frapper inlassablement pendant un an. Il se prĂ©sente sans appartenir encore au cercle auquel il aspire : le refus initial est inhĂ©rent Ă sa situation. Sa tĂąche consiste Ă persĂ©vĂ©rer malgrĂ© ce refus.
Cette obstination est rattachĂ©e Ă HallinskĂði, surnom dâHeimdall qui signifie « bĂ©lier ». Le bĂ©lier est celui qui enfonce la porte. LâaccĂšs Ă lâinitiation et Ă la magie est rĂ©servĂ© aux Blancs, les Heimdallar, parce que ce principe est prĂ©sent dans leur ADN. Cette ascendance porte un entĂȘtement absolu et un gĂ©nie crĂ©atif dont le monde entier a bĂ©nĂ©ficiĂ©. Les SkrĂŠlingar rĂ©pĂštent les mĂȘmes gestes en espĂ©rant des rĂ©sultats diffĂ©rents, tandis que les Blancs recherchent continuellement de nouveaux angles dâattaque pour franchir un obstacle. Cette obstination inventive sâillustre dans le passage du rĂȘve de voler Ă lâinvention de lâavion : celui qui rĂȘve quâil vole cherche ensuite un moyen concret de le rĂ©aliser.
La probation exige prĂ©cisĂ©ment cette obstination. Syn refuse lâentrĂ©e et fait intervenir les videurs ; le candidat revient pourtant, jusquâĂ ce que, de guerre lasse, la direction autorise son admission. LâĂ©preuve consiste Ă se voir fermer la porte trois cent soixante-cinq fois et Ă passer Ă la trois cent soixante-sixiĂšme.
MĂȘme un Ă©chec complet ne dispense pas de recommencer. Celui qui Ă©choue doit reprendre sa probation, autant de fois que nĂ©cessaire. Si une personne renouvelle cet effort mille fois et meurt sans avoir atteint le niveau recherchĂ©, elle est nĂ©anmoins considĂ©rĂ©e, de lâautre cĂŽtĂ©, comme lâayant atteint, Ă condition de nâavoir jamais relĂąchĂ© son effort. La valeur retenue ne se rĂ©duit pas au rĂ©sultat obtenu : elle rĂ©side dans le mĂ©rite de lâacharnement Ă poursuivre ce rĂ©sultat.
La fonction de Syn est une expression de celle dâHeimdall : fermer lâaccĂšs aux intrus et Ă lâimmixtion Ă©trangĂšre ou de niveau infĂ©rieur. Heimdall exclut les non-Heimdallar ; Syn opĂšre ensuite une sĂ©lection supplĂ©mentaire Ă lâintĂ©rieur du cercle ainsi dĂ©fini. Dans ce second cas, lâadmission dĂ©pend des « trois marques de noblesse ».
La rĂšgle est celle dâune admission entiĂšre ou dâun refus entier. Toute personne qui possĂšde ces trois marques doit ĂȘtre accueillie avec chaleur et reconnue comme appartenant pleinement au peuple, y compris lorsquâelle est issue, Ă lâorigine, dâune lignĂ©e de thrallar. Ă lâinverse, leur absence entraĂźne un refus absolu. Une fois lâadmissibilitĂ© reconnue, les diffĂ©rences de taille, de corpulence ou de couleur de cheveux nâintroduisent pas de degrĂ©s dâappartenance : lâaccueil est entier, comme lâexclusion lâest dans le cas contraire. Cette rĂšgle doit ĂȘtre mĂ©ditĂ©e et appliquĂ©e Ă tous les niveaux.
La prĂ©sence de ganga dans la formule « er eigi skulu inn ganga » conduit Ă Ă©voquer la « Syn Ganga », câest-Ă -dire le bannissement. Celui-ci est la forme la plus sĂ©vĂšre dâexclusion communautaire : toucher une personne bannie expose soi-mĂȘme au bannissement. Lâexclusion est contagieuse. Il sâagit dâempĂȘcher que le mauvais esprit de certains ne sape la voie des autres.
La conquĂȘte de Syn constitue donc lâĂ©preuve initiale et la plus difficile : il faut surmonter son refus, de mĂȘme quâau Thing elle oppose une rĂ©futation complĂšte. Une fois ce seuil franchi, la progression se poursuit avec Vör, associĂ©e au noviciat. Cette Ă©tape consiste Ă Ă©tendre le champ de la conscience par lâexploration de lâastral. Le novice commence Ă percevoir le rĂ©el au-delĂ de sa forme la plus immĂ©diatement Ă©vidente et dĂ©couvre que la rĂ©alitĂ© diffĂšre profondĂ©ment de ce quâil tenait jusque-lĂ pour tel. Câest lâentrĂ©e au pays des merveilles.
VĂĄr correspond ensuite au vĆu, au moment oĂč lâon devient gothi ou gudja. Il sâagit de vĆux perpĂ©tuels : le serment est ineffaçable, enregistrĂ© et personnellement surveillĂ© par VĂĄr. Cette Ă©tape engage la capacitĂ© de se lier effectivement par un serment dont la portĂ©e ne peut ĂȘtre traitĂ©e avec lĂ©gĂšretĂ©.
Lofn est associĂ©e au huitiĂšme rang et Ă la traversĂ©e du Muspelheim. LâĂ©tude dâYggdrasil et des runes permet alors de comprendre lâunitĂ© cachĂ©e derriĂšre la multiplicitĂ© des phĂ©nomĂšnes, les divisions et les oppositions apparentes. Ce qui semblait contradictoire est replacĂ© dans une unitĂ© plus profonde.
AprĂšs cette comprĂ©hension vient la traversĂ©e du Niflheim, sous le signe de Sjöfn. Câest le moment de la rĂ©ception du Seiðr, aprĂšs lâĂtiseta. LâexpĂ©rience rĂ©vĂšle le principe dâamour qui sous-tend la volontĂ© : lâamour est le moteur de tout vouloir et ce qui oriente la flĂšche personnelle. Le Seiðr est lâamour soumis Ă la volontĂ©.
Cette Ă©tape mĂšne Ă lâĂrulat. Les larmes de Freyja transforment alors, selon lâimage dĂ©jĂ Ă©tudiĂ©e Ă propos dâĂðr, un animal sous-marin vellĂ©itaire en un Ă©lu digne dâentrer au FĂłlkvangr. Cet ĂȘtre, comparĂ© Ă un blobfish, est tombĂ© au plus bas : il ne connaĂźt plus son vouloir et reprĂ©sente un Ă©lu Ă©garĂ©, devenu mĂ©connaissable. Par la puissance de ses larmes et de sa fidĂ©litĂ©, Freyja le ramĂšne Ă sa condition et le rend digne dâappartenir dĂ©finitivement Ă la caste sacerdotale. Sa transformation en un ĂȘtre extraordinaire constitue le Grand Ćuvre accompli.
Fulla correspond au moment oĂč les pouvoirs reçus permettent Ă lâĂrule dâagir au service du divin sur trois plans : les affaires matĂ©rielles ; les affaires sociales, humaines et relationnelles ; les affaires divines. Câest le principe des « trois-six » : le magicien devient un thĂ©urge capable dâemployer ses pouvoirs sur chacun de ces plans. La magie opĂ©rative est cet usage des pouvoirs au service du divin. ConquĂ©rir le SĂŠti de Fulla revient Ă accĂ©der Ă cette fonction, Fulla Ă©tant lâintime de Frigg dans les affaires matĂ©rielles, les affaires de cĆur et les affaires spirituelles.
Gefjun est associĂ©e au quatriĂšme rang, au Manheim. Elle reprĂ©sente lâaccomplissement qui permet de remodeler le monde : elle Ă©pouse le roi et transforme les territoires sur son passage. Ă ce niveau, lâĂȘtre humain atteint le sommet de son accomplissement dans le monde.
Vient ensuite la traversĂ©e de lâabĂźme, figurĂ©e par les sillons et les sĂ©parations territoriales créés par Gefjun. Elle conduit Ă Eir, au rang de Thule, celui du grand prĂȘtre ou de la grande prĂȘtresse. Eir est Ă la fois une Valkyrie accomplie et une sage-femme. Elle possĂšde le pouvoir de tuer, mais se consacre Ă cultiver les herbes mĂ©dicinales et Ă guĂ©rir le monde. Cette maĂźtrise caractĂ©rise la fonction du Thule.
Les niveaux supĂ©rieurs sont difficiles dâaccĂšs et rarement atteints. Le deuxiĂšme rang correspond Ă Saga, la prophĂ©tesse et la voyante. Elle reprĂ©sente lâesprit prophĂ©tique, celle qui connaĂźt et Ă©numĂšre toutes choses, chante lâEdda et annonce au monde la loi divine.
Au sommet se trouve Frigg elle-mĂȘme. Lâhomme devient alors un dieu dans ce monde. Lâimage de Fensalir exprime lâaboutissement du parcours : Ă partir des marais stagnants oĂč il se trouvait initialement, lâinitiĂ© a construit le palais sublime de Frigg. Fensalir est une demeure Ă©difiĂ©e sur les marais. Ce qui constituait le point de dĂ©part devient le lieu du plus haut accomplissement. LâinitiĂ© a rĂ©alisĂ© son unicitĂ© et devient digne de la compagnie de Frigg, Ă lâimage de Wotan.
Cette interprĂ©tation explique pourquoi le nom propre de Wotan demeure inconnu : seuls ses surnoms sont connus. Lâego a entiĂšrement disparu, au point quâil ne subsiste plus comme individu sĂ©parĂ©. LâimpossibilitĂ© de lui jeter un sort est liĂ©e Ă cette absence de nom, mais le sens profond est son inclusion complĂšte dans le divin. LâĂ©treinte de Frigg en fournit lâimage : Angan Friggjar, « le bien-aimĂ© de Frigg », dĂ©signe celui qui repose dans son giron et sâinclut dans la perfection, donc dans lâinfini.
Toute la progression chamanique sur le bouleau est ainsi Ă©numĂ©rĂ©e Ă travers les proches de Frigg. Lâinitiation consiste Ă devenir toujours plus proche dâelle. Dans cette perspective, la probation demeure le grade dĂ©cisif, parce quâelle ouvre lâaccĂšs au cercle des initiĂ©s. Peu importe dâarriver Ă©prouvĂ© ou en mauvais Ă©tat : lâexemple de Wotan rappelle que lâessentiel est dâentrer. La suite du parcours se dĂ©ploie une fois le seuil franchi.
Les cercles initiatiques sont des espaces privilĂ©giĂ©s emboĂźtĂ©s les uns dans les autres. Ă mesure que la connexion progresse, lâaccĂšs sâouvre Ă des niveaux toujours plus Ă©levĂ©s. Ă lâimage de Las Vegas, surnommĂ©e Sin City, on peut parler de « Syn City » pour dĂ©signer ce territoire rĂ©servĂ© dont Syn rĂšgle lâentrĂ©e. Mais devant la premiĂšre porte, la rĂ©ponse reste dâabord Syn : non.
La probation est aussi rapprochĂ©e de la vie intra-utĂ©rine et de la rune Hagalaz. Celle-ci reprĂ©sente lâĂ©preuve et la grĂȘle. Le grĂȘlon est associĂ© Ă lâĆuf, les deux sens Ă©tant homonymes dans la langue sainte ; hagl est imaginĂ© comme un Ćuf de glace. Le probationnaire se trouve donc Ă la fois sous un orage de grĂȘle et dans lâĆuf oĂč il grandit. Comme lâenfant dans le ventre maternel, il attend de pouvoir passer, tout en dĂ©veloppant les rĂ©cipients nĂ©cessaires Ă ce passage.
La traversĂ©e de lâabĂźme relĂšve dâune autre situation. Le gothi du quatriĂšme rang dispose dĂ©jĂ dâun pouvoir temporel, illustrĂ© par Gefjun, reine effective du Danemark. Sa charrue et ses quatre bĆufs figurent sa capacitĂ© de transformer le monde au plan noir, matĂ©riel, parce quâelle agit au nom de Wotan. Les quatre bĆufs correspondent Ă une maĂźtrise et Ă un Ă©quilibrage des quatre Ă©lĂ©ments devenus suffisamment parfaits pour permettre cette transformation. Le pouvoir temporel est confĂ©rĂ© par le supernel et exercĂ© au nom du degrĂ© de connexion atteint.
Cette capacitĂ© est rapprochĂ©e de Cweorth, le mĂ©tĂ©ore qui tombe et provoque la dĂ©rive des continents. La rune et sa sphĂšre correspondent au quatriĂšme rang, au Manheim, Ă lâhomme parvenu au sommet de son accomplissement, au surhomme qui rĂ©agence et transfigure le monde. Une fois ce sommet atteint, il doit cependant traverser lâabĂźme. Si le pouvoir temporel prend le pas sur lâaccomplissement spirituel, il risque de devenir un sorcier de bas niveau. Le passage vers Eir et la fonction de sage-femme exprime le dĂ©passement de ce risque.
Le probationnaire demeure, quant Ă lui, dans lâĂ©preuve de lâĆuf. La privation de toute perception sensorielle, hormis le bruit dâun cĆur â pratique de torture attribuĂ©e Ă GuantĂĄnamo â, reproduit les conditions de la vie dans le ventre maternel. Cette pratique, prĂ©sentĂ©e comme la pire des tortures possibles, souligne le paradoxe dâun Ă©tat que lâon cherche Ă retrouver toute sa vie, alors mĂȘme que sa reproduction devient insupportable.
Lâenfant ne peut sortir avant lâaccomplissement des neuf mois ; le probationnaire doit, quant Ă lui, accomplir douze mois. Les deux durĂ©es reprĂ©sentent une totalitĂ©. Les neuf mois correspondent Ă lâensemble dâYggdrasil : avant de sortir, lâenfant doit devenir un arbre complet, un frĂȘne. Lâhomme incarnĂ© possĂšde dĂ©jĂ cet arbre ; sa tĂąche de probationnaire consiste Ă former autour de lui le cercle entier de son aire consacrĂ©e et de sa protection. Il doit accomplir son heure de Huð et achever cette dĂ©limitation, le « V », lâarc de cercle. Les douze mois, qui couvrent toute la course du Soleil, permettent dâachever cette clĂŽture.
La question devient alors celle de lâĂ©chec spirituel : quâest-ce qui provoque le refus de Syn et la fermeture de la porte ? Elle ne concerne pas seulement les candidats Ă lâinitiation ou ceux qui souhaitent devenir gothi ou gudja, mais aussi toute personne qui entend suivre son siðr, accomplir ses devoirs religieux et mener sa vie spirituelle. Le problĂšme se pose dans la pratique, au plan philosophique et, surtout, au plan du siðr individuel. Il sâagit de comprendre comment une personne animĂ©e dâune flamme intense peut perdre cet Ă©lan, renoncer Ă se rendre au Thing de Samhain ou abandonner le matin la pratique du « muno osanir ». Lâenthousiasme, par rĂ©fĂ©rence au grec, est la prĂ©sence dâun dieu intĂ©rieur. La disparition de cet enthousiasme pose la question de ce qui interrompt cette prĂ©sence et cette force.
La formule de Samhain permet dâaborder ce problĂšme. Samhain est le moment oĂč la prĂ©sence de lâĂ©nergie solaire dans le monde descend au-dessous du minimum nĂ©cessaire au fonctionnement habituel. Câest lâentrĂ©e dans les jours dâombre et dans un rĂ©gime dâĂ©conomie. Lâhibernation de certains animaux et la retraite appelĂ©e SĂșt RĂł sont rattachĂ©es Ă cette diminution, qui dure jusquâĂ Imbolc. Ce phĂ©nomĂšne est physiologique : lâĂȘtre humain ne reçoit plus assez dâĂ©nergie solaire pour fonctionner Ă son rĂ©gime ordinaire.
Câest prĂ©cisĂ©ment Ă Samhain quâil est demandĂ© Ă chacun de jeter son dernier feu en accomplissant lâeffort matĂ©riel de se dĂ©placer. Se rendre au Thing exige alors un effort de volontĂ© qui ne procĂšde plus de lâenthousiasme reçu de lâextĂ©rieur. Lorsque la lumiĂšre est abondante, elle porte lâindividu, alimente ses Ă©lans et lui permet de prendre des engagements extraordinaires. Mais cette activitĂ© ne tĂ©moigne pas encore, Ă elle seule, de son vouloir propre.
Lâanalogie est celle dâune jeune entreprise financĂ©e par un investisseur en capital-de-risque. Tout ce quâelle accomplit grĂące Ă cet apport repose dâabord sur un capital quâelle a reçu : sa rĂ©alisation ne peut donc encore ĂȘtre entiĂšrement portĂ©e Ă son propre crĂ©dit. De mĂȘme, une activitĂ© spirituelle soutenue par une forte ouverture et par une Ă©nergie reçue nâa pas la mĂȘme valeur quâun effort accompli lorsque cet appui manque.
Le dĂ©placement au Thing nâaurait ainsi pas le mĂȘme mĂ©rite Ă Ostara ou Ă Beltaine. Au printemps, le mouvement de la nature, lâĂ©nergie croissante et les jours lumineux favorisent la mobilitĂ©, la crĂ©ativitĂ© et le dynamisme. Ă Samhain, au contraire, lâeffort exprime la seule volontĂ© personnelle : « Parce que je le veux ainsi. » Cet acte a un caractĂšre lĂ©onin, rĂ©sumĂ© par la formule « Parce que mon nom est Lion ». Ce vouloir pur est capable de rĂ©parer lâensemble des liaisons et des connexions personnelles.
Samhain est, pour cette raison, le moment du passage Ă tous les plans, notamment du passage dans lâau-delĂ . Dans la mort, il ne reste que lâĂȘtre lui-mĂȘme, privĂ© des Ă©laborations Ă©gotiques reçues de lâextĂ©rieur. Ces constructions sont attribuĂ©es Ă Loki : lâindividu sâentoure dâun personnage, de tendances, de rĂ©actions personnelles et de dĂ©finitions de soi alimentĂ©es par le monde extĂ©rieur. De lâautre cĂŽtĂ©, ces enveloppes ne constituent plus un appui ; il ne demeure que le vouloir rĂ©el. Le choix devient alors le plus libre, mais aussi particuliĂšrement difficile.
La veille de Mabon offre une expĂ©rience diffĂ©rente. La lumiĂšre reste abondante ; la douceur de lâautomne, sa beautĂ©, son harmonie et sa nostalgie particuliĂšre composent une vibration indĂ©finissable. Câest le moment le plus beau et le plus sacrĂ© de lâannĂ©e. Ă Samhain, en revanche, lâindividu doit choisir sans ĂȘtre portĂ© de la mĂȘme maniĂšre par les influences extĂ©rieures. Câest ce qui donne Ă son action sa valeur mĂ©ritoire et sa capacitĂ© de rĂ©tablissement.
La cause de lâĂ©chec se trouve dans la vingt-troisiĂšme strophe du HĂĄvamĂĄl, la vingt-troisiĂšme Haute Parole de Wotan : « Le sot veille toute la nuit, ruminant sur tout, sâinquiĂ©tant de tout : aussi est-il Ă©puisĂ© quand vient le jour, et ses peines restent encore Ă rĂ©soudre. »
La nuit dĂ©signe aussi les pĂ©riodes de difficultĂ© spirituelle, lorsque la lumiĂšre nâest plus reçue gratuitement. La formule qui occupe alors le non-sage est celle du « de tout pourquoi », du pourquoi de toute chose. Lâobservation de sa propre conduite et la pratique de la Huð permettent dâen reconnaĂźtre la racine : le moment oĂč lâon commence Ă soupçonner le divin dâinjustice. Les Ă©checs peuvent ensuite prendre des formes diverses, mais ils sont tous issus de ce soupçon initial.
Ce soupçon correspond Ă la perte dâEihwaz. Au cĆur de la nuit, lâindividu oublie la beautĂ© du crĂ©puscule et du coucher du soleil ; il perd le sentiment dâun ordre parfaitement juste et harmonieux. La sphĂšre finie que constitue lâĂȘtre humain ne peut faire le tour de la sphĂšre infinie du divin ni la comprendre entiĂšrement : cette impossibilitĂ© est gĂ©omĂ©trique.
Lorsque la lumiĂšre disparaĂźt, lâatavisme Jotunn reprend le dessus sous la forme de la pensĂ©e logique. Lâerreur consiste alors Ă confondre lâexactitude de la justesse divine avec une justice morale et Ă©thique. Lâindividu repasse sous le rĂ©gime binaire du bien et du mal, au lieu de se tenir « par-delĂ le bien et le mal », selon la formule de Nietzsche. Ce mouvement est un passage de lâhĂ©ritage de Bor Ă celui de Bestla. LâĂȘtre humain descend des deux et porte leurs deux atavismes ; dans les pĂ©riodes de nuit, lâabsence dâenthousiasme et dâĂ©nergie favorise la prĂ©pondĂ©rance du second.
Le raisonnement sâappuie alors sur lâapparente contradiction entre la souffrance de personnes jugĂ©es nobles et la rĂ©ussite de personnes jugĂ©es indignes. Le prĂ©sident de la RĂ©publique, un thrall, voit sa situation favorable, tandis que de grandes Ăąmes peuvent souffrir continuellement. MĂȘme lâexplication karmique ne suffit pas toujours Ă rĂ©soudre cette difficultĂ©.
Les dettes karmiques et les rĂ©ajustements Ă accomplir sont signifiĂ©s par les planĂštes rĂ©trogrades du thĂšme de naissance. Leur mouvement est comparĂ© au geste de revenir sur une phrase mal Ă©crite pour la corriger. Il existe pourtant des personnes ne prĂ©sentant aucune planĂšte rĂ©trograde et souffrant nĂ©anmoins toute leur vie. Lâabsence de cet indicateur laisse entiĂšre la question de lâapparente injustice.
La mise en garde du HĂĄvamĂĄl invite Ă ne pas rechercher le pourquoi pendant la nuit. Demander pourquoi revient Ă invoquer un « Ă cause », donc la raison raisonnante, la logique et la pensĂ©e Jotunn. Le Jotunn ne peut agir spirituellement. Lâindividu passe sous le principe de Loki et construit autour de lui un personnage qui accompagne le commencement de sa chute.
Il nâest pas tenu de comprendre intĂ©gralement lâintention divine Ă lâĂ©gard de sa vie. Il ne sera pas jugĂ©, devant le Thing de lâautre cĂŽtĂ©, pour avoir Ă©chouĂ© Ă cette comprĂ©hension : ce nâest pas la tĂąche pour laquelle il a Ă©tĂ© envoyĂ©. Il peut chercher des raisons et proposer une explication karmique, mais aucune de ces explications ne permet Ă une sphĂšre finie dâembrasser lâinfini.
Le danger tient au mouvement dâinertie qui accompagne cette recherche lorsque la lumiĂšre manque. Le raisonnement binaire fournit alors un alibi : si le divin paraĂźt injuste, Ă quoi bon chercher Ă sâen rapprocher ? Cette justification de lâinaction est rattachĂ©e Ă Loki, le frĂšre de BĂœleistr, et au mouvement de ceux qui le suivent. Elle conduit Ă la tristesse, puis Ă une consolation limitĂ©e Ă bien manger, bien boire et profiter du temps disponible.
Ce raisonnement contient cependant un Ă©lĂ©ment de vĂ©ritĂ© : la vie incarnĂ©e ne dure que quelques dizaines dâannĂ©es. La consĂ©quence Ă en tirer est toutefois inverse. Le parcours terrestre est une expĂ©dition viking, entendue comme une expĂ©dition corsaire sur lâocĂ©an de la vie incarnĂ©e. Le temps limitĂ© doit servir Ă recueillir le plus de trĂ©sors possible, afin dâavoir de quoi nĂ©gocier sur les tĂȘtes de pont de lâau-delĂ et y passer un hiver riche et agrĂ©able.
Le moment critique est celui oĂč la lumiĂšre ne suffit plus Ă porter lâindividu, ni Ă maintenir un minimum dâ« Ăva » : au moins un Ă©merveillement devant le coucher du soleil, Ă lâouest. Cet Ă©merveillement devant Eihwaz, devant lâharmonie divine, la justesse et la beautĂ© sur lesquelles le monde est fondĂ©, cesse alors de le soutenir. La nuit devient lâoubli du coucher du soleil ; le jugement « ce nâest pas juste » prend sa place.
On peut certes proposer des rĂ©ponses Ă la diffĂ©rence de destin entre un homme jugĂ© ignoble et un homme jugĂ© noble. MĂȘme des rĂ©ponses sans fondement peuvent parfois aider Ă continuer dâavancer. Elles ne constituent pourtant pas le point central : lâessentiel est de ne pas transformer cette interrogation en une remise en cause de toute la voie spirituelle.
La Huð conduit Ă considĂ©rer tout ce qui advient comme un message direct du divin Ă lâĂąme. Lâanalogie est celle du facteur : quâil apporte une facture accablante, une trĂšs mauvaise nouvelle ou une lettre dâamour, il demeure celui qui transporte le courrier. Le contenu ne justifie, Ă son Ă©gard, ni ressentiment ni reconnaissance. Il faut examiner le message reçu et dĂ©terminer ce quâil convient dâen faire.
Les personnes et les phĂ©nomĂšnes rencontrĂ©s sont envisagĂ©s de la mĂȘme maniĂšre. MĂȘme celui qui commet une mauvaise action envers lâindividu est le porteur dâun message dont il ne comprend pas nĂ©cessairement la signification. Le fait que ce messager se porte bien ne doit pas conduire Ă rejeter tout le siðr ni Ă contester la justesse divine. Comme le facteur qui ignore le contenu de lâenveloppe, il peut ne rien saisir du rĂŽle quâil joue.
Cette image sâapplique au thrall et au Muspelheimer. Il ne sâagit pas de qualifier les facteurs de thrallar, mais de distinguer le porteur du message de ce quâil transmet. Le Muspelheimer cherche Ă rabaisser autrui Ă son niveau, sans mĂȘme comprendre pourquoi il a Ă©tĂ© choisi pour jouer ce rĂŽle. Si une personne manque Ă sa parole, son parjure lui appartient et la destine Ă NĂĄströnd. Elle doit plutĂŽt ĂȘtre plainte ; sa faute ne constitue pas une raison dâabandonner sa propre voie.
Tout phĂ©nomĂšne est un message du divin, et le bien-ĂȘtre apparent de son porteur ne permet pas de juger la justesse de ce message. La question du pourquoi est lâorigine de tout faux pas, de tout manquement au siðr et de toute dĂ©connexion progressive de la pratique. Lâintention divine complĂšte nâest pas accessible Ă la comprĂ©hension humaine.
Une autre analogie est celle de la musculation. Pouvoir porter davantage, et donc supporter davantage de souffrance, peut ĂȘtre interprĂ©tĂ© comme un signe de progrĂšs. Lâaccumulation des Ă©preuves sur des personnes tenues pour nobles trouve son explication dans la parole de Wotan : « Les malĂ©fices ne sâabattent que sur les hĂ©ros. » Constater quâun hĂ©ros subit des malĂ©fices ne constitue pas une contradiction de lâordre divin. La formule est une rĂ©ponse suffisante, qui ne doit pas ĂȘtre suivie dâun nouveau pourquoi.
La consĂ©quence pratique rejoint la lettre du HĂĄvamĂĄl : il faut dormir pendant la nuit plutĂŽt que sâĂ©puiser dans des questions auxquelles on ne peut rĂ©pondre. Sans cela, au moment oĂč la lumiĂšre revient et oĂč lâappel permet de reprendre le chemin, lâindividu est dĂ©jĂ Ă©puisĂ© et ne peut plus agir. Il risque alors de refuser de se rendre Ă Samhain, convaincu, au terme de ses raisonnements, que lâordre auquel il devrait participer est injuste.
Cette explication sâĂ©tend aux manquements dans les relations ordinaires : envers les amis, les proches, lâĂ©pouse, le maĂźtre, les parents ou les enfants. Tous sont rattachĂ©s Ă lâoubli de la beautĂ© du coucher du soleil. La tranquillitĂ© apparente de celui qui est qualifiĂ© de thrall est mise en rapport avec la formule selon laquelle les malĂ©fices ne concernent que les hĂ©ros : elle ne constitue pas un contre-exemple.
L’exemple de Wodenson, dont les mĂ©rites nous protĂšgent, illustre cette mise en garde. Pourquoi lui a-t-il fallu naĂźtre dans des conditions aussi Ă©pouvantables, dans l’Iowa, aux Ătats-Unis, plutĂŽt que de venir au monde directement comme empereur du monde ? Tout n’aurait-il pas Ă©tĂ© plus simple s’il Ă©tait nĂ© empereur ? Pourtant, s’enfermer dans de telles interrogations revient Ă chercher des rĂ©ponses qui, par dĂ©finition, demeurent hors de portĂ©e de la comprĂ©hension humaine. Lorsque ces questions s’enracinent dans l’esprit, elles rongent l’individu durant les pĂ©riodes de doute, de difficultĂ© et d’obscuritĂ© spirituelle, jusqu’Ă l’Ă©puiser. Lorsque l’appel retentit enfin, celui-ci n’est plus en Ă©tat d’y rĂ©pondre.
La tĂąche pendant le bref passage Ă Midgard est concrĂšte : prĂ©server sa joie, Ă©tudier lâEdda et sâoccuper de sa famille. Il nâest pas demandĂ© de comprendre lâintĂ©gralitĂ© des mystĂšres divins. La participation Ă Samhain relĂšve de cette mĂȘme exigence pratique. Placer le dĂ©placement et la rencontre avec des personnes que lâon ne connaĂźt pas au moment oĂč lâon reçoit le moins dâĂ©nergie peut sembler retors ; un rassemblement dans lâĂ©lan printanier serait plus facile. Mais câest prĂ©cisĂ©ment cette difficultĂ© qui permet de manifester un vouloir qui ne dĂ©pend pas seulement de lâimpulsion reçue.
La nuit, au sens spirituel, est le moment oĂč chacun doit allumer lui-mĂȘme sa bougie et produire sa propre lumiĂšre. Sâenfermer alors dans le pourquoi de toute chose, puis dans lâinvocation dâun « Ă cause », empĂȘche de rĂ©pondre au matin lorsque retentissent la corne dâHeimdall et le chant de Gullinkambi, qui appellent Ă monter. Le refus de Syn est ainsi ramenĂ© Ă cette incapacitĂ© de poursuivre lâeffort lorsque lâenthousiasme nâest plus donnĂ©.
Par les mĂ©rites de Syn, que tous soient admis dans les cercles des Ă©lus, que tous soient admis dans lâintimitĂ© de Frigg et que nous nous retrouvions tous Ă Samhain pour festoyer et cĂ©lĂ©brer le privilĂšge dâĂȘtre nĂ©s de la lignĂ©e dâHeimdall, Heimdall le BĂ©lier, Heimdallr HallinskĂði, notre pĂšre.
Alu, Alu.
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