
Ce mĂȘme principe permet de relire le cas de Wodenson â David Lane. Il est loin dâĂȘtre un homme sans blessure ; on pourrait mĂȘme le dire candidat au titre de « bĂ©bĂ© le moins chanceux ». Il fut alors l’homme-que-l’on-ne-brise-pas1 : celui qui nâaura pas laissĂ© ses blessures fausser tout son discernement et sa conscience. Câest prĂ©cisĂ©ment lâinverse du Muspelheimer, qui dĂ©cide du bien et du mal au nom de ses plaies psycho-affectives. Chez Wodenson, la douleur nâa pas Ă©tĂ© le critĂšre du tri. Le cadavre de ses blessures nâa pas Ă©tĂ© enfoui dans le subconscient pour y pourrir au fond du tombeau dâEar.
Le rapport Ă sa mĂšre lui fut tragique, potentiellement trĂšs tragique. Il reçut pourtant le titre de Wodenson, « fils de Wotan », ce qui nâest pas fortuit : nous le tenons pour lâĂ©lĂšve de Wotan par excellence, en rĂ©sonance complĂšte avec notre maĂźtre. Le rĂ©cit familial demeure pourtant trĂšs sombre. Le mari de sa mĂšre lâaurait prostituĂ©e pour se payer de lâalcool ; elle Ă©tait serveuse dans un bar, oĂč elle chantait aussi. Il est mĂȘme dit quâil nâa jamais su, et nâa pas cherchĂ© Ă savoir, ce quâelle avait dâautre Ă y faire. Il sâagissait de choses terribles.
Câest pourtant le mĂȘme homme qui a formulĂ© et prophĂ©tiser les « 14 mots » : « We must secure the existence of our people and a future for white children », commentĂ©s ici par la phrase : « parce que la beautĂ© de la femme blanche ne doit pas disparaĂźtre de la terre ». Le lien entre lâenfance et cette formule est manifeste. On peut donc tout analyser au seul niveau des blessures affectives. Mais il faut regarder ce quâil en a fait. Il nâessaya pas dâincendier le monde avec sa douleur, ni de pourrir lâexistence des autres. Il chercha au contraire Ă prĂ©server lâexistence de son peuple, afin que la beautĂ© ne sâen aille pas du monde.
Avec un tel parcours, il put tout de mĂȘme faire descendre le prĂ©cepte selon lequel la mesure dâun homme est la bonne humeur dans lâadversitĂ©. Lors dâune sĂ©ance photographique en prison, on lâaurait placĂ© exprĂšs face au soleil, afin de le gĂȘner. On connaĂźt le clichĂ© au Mjöllnir et celui, dĂ©fiant, aux lunettes de soleil ; il en existe un autre, de la mĂȘme sĂ©rie, oĂč le sourire est enjouĂ©, narquois, presque enfantin. Pouvoir demeurer ainsi, aprĂšs un destin de cette nature, est inouĂŻ. Câest toute la diffĂ©rence avec ceux dont le miroir reste fĂȘlĂ©.
Son maĂźtre Ă©tait Else Christensen, Gyðja Christensen, surnommĂ©e Folk Mother, « mĂšre du peuple ». On peut, lĂ encore, tout ramener au rapport Ă la mĂšre. Mais ce sont des niveaux distincts : une lecture psychologique nâĂ©puise pas la signification initiatique.
Et ĂȘtre Vör nous enseigne prĂ©cisĂ©ment Ă empĂȘcher que ce qui est perçu soit dĂ©formĂ© par les blessures, le ressentiment, lâego ou les projections du subconscient. Ătre conscient, au sens de Vör, câest savoir ce qui est et voir clair dans ce qui est, au-delĂ de lâillusion de la matiĂšre.
Tant que l’enfant est un fils de Heimdall, il ne peut ĂȘtre bon qu’il soit nĂ©e. Chaque tĂȘte dâhomme est une Ă©pĂ©e de Heimdall. Chaque naissance blanche est une Ă©pĂ©e supplĂ©mentaire.
Commentaire
MĂȘme s’il s’agirait d’un coup marketing, le principe reste le mĂȘme, aucune naissance blanche n’est mauvaise.
- harðmenni : « personne dure/forte ».
« hommes-que-l’on-ne-brise-pas » â©ïž
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