
Dans ce passage, nous avons vu Gangleri s’étonner devant Wotan, s’exclamant que le Valhalla devait être un bâtiment immense, si grand que l’on pourrait imaginer une foule se pressant sans fin à ses portes. Wotan, fidèle à son rôle de guide et maître, le corrige et lui propose une autre question, bien plus significative :
« Pourquoi ne demandes-tu pas plutôt combien de portes possède le Valhalla et leur taille ? »
Et Wotan poursuit :
« Car tu verras qu’il est remarquable que quiconque souhaite y entrer ou en sortir puisse toujours le faire. »
C’est ici une leçon subtile : la porte du Valhalla est toujours ouverte pour celui qui en a gagné l’accès, portant les trois marques de noblesse. Mais elle reste également ouverte à celui qui doit en partir, car il n’y a pas de confinement, seulement un passage libre entre les mondes.
Le verset du Grímnismál
Écoutez à présent ce que dit le Grand Wotan, appliquant un principe fondamental de l’exégèse eddique :
L’Edda se commente au moyen de l’Edda.
Ce principe, appelé Iss dans la partie initiale de l’Otswal (exégèse nordique), rappelle que la sagesse interne de l’Edda trouve ses réponses en elle-même.
Pour illustrer son propos, Wotan cite un verset du Grímnismál :
Cinq centaines de portes et quatre dizaines en plus,
j’estime que compte le Valhalla.
Huit centaines d’Einherjar sortiront au même moment
par chaque porte pour combattre le loup.
Ainsi, Wotan conclut son explication en révélant un détail frappant : le Valhalla possède 540 portes, et chacune d’elles permet à 800 Einherjar – guerriers d’élite tombés au combat – de sortir simultanément. Et lorsque viendra l’heure du Ragnarök, lorsque Fenrir émergera pour semer la destruction, 800 guerriers franchiront en même temps chacune des 540 portes pour affronter le loup.
Ces chiffres ne sont pas anecdotiques. Ils encapsulent une vérité plus profonde, un message codé qui demande à être déchiffré. Cela nous conduit naturellement à un travail de guématrie.
Pourquoi 540 ?
Pourquoi 800 ?

Prenons les choses depuis leur fondement.
Accéder au Valhalla, qu’est-ce que cela signifie ? C’est l’objectif ultime du seiðr, la finalité de notre praxis, le but véritable et le sens profond de l’existence. Mais comprenons-le correctement : il ne s’agit pas d’une quête triviale ou parasitique, ni de se complaire dans les distractions insignifiantes du monde matériel. Ce n’est ni être un skreal twerkan, ni un ténia à langue de concierge. Nous sommes ici pour gravir, pour monter, pour accomplir ce que nous sommes venus réaliser en ce monde.
Pourquoi ? Parce que ce monde est Erda, le royaume matériel. Erda constitue la base solide de notre ascension. C’est uniquement sur ce qui résiste que l’on peut s’appuyer.
Qu’est-ce que monter ? Monter, c’est gravir Yggdrasil, l’Arbre-Monde, et atteindre les royaumes supérieurs. Gravir l’Arbre du Monde, c’est entreprendre un voyage redoutable, comme nous le rappelle son nom. Yggdrasil signifie littéralement « le destrier d’Ygg », et Ygg est l’un des noms de Wotan, notre Maître, qui signifie le redoutable. L’idée est de s’élever le long de ce pilier central, jusqu’à atteindre le Valhalla, le sommet.
Mais pour gravir cet arbre, il faut comprendre le pilier central. Ce pilier est formé de quatre sphères principales, que nous devons franchir une à une, comme les étapes d’une ascension, en commençant depuis la base.
- Tout en bas se trouve Erda, la sphère de la Terre, notre point de départ. C’est la dixième sphère, associée au chiffre 10. C’est la matière, notre fondement solide, dans laquelle est enraciné Yggdrasil.
- En montant, nous atteignons la sphère suivante, Ak, la neuvième sphère, le réceptacle des énergies divines prêtes à prendre forme.
- Plus haut encore, nous trouvons Ior, la sixième sphère, où réside l’équilibre moral et instinctif, le filtre qui nous guide et nous ajuste à la Vérité.
- Enfin, nous arrivons à la dernière étape, au sommet : Gar, la première sphère, qui symbolise l’unité primordiale, le point d’émanation et de retour, le 1.
Le chemin de l’ascension est donc balisé par ces quatre sphères. Si nous additionnons leurs valeurs numériques : 10 (Erda) + 9 (Ak) + 6 (Ior) + 1 (Gar) = 26.
Et que signifie ce 26 ? Il correspond à la valeur numérique du saint tétragramme, la formule sacrée qui exprime le nom du Divin en tant que Loi.
Ou plus spécifiquement dans notre tradition, il est la somme de toutes les rivières et l’équilibre des 4 mondes survivants.
G(3) + I(10) + M(40) + L(30) + É(5) = 88=16=7
S(200) + I(10) + N(50) + D(4) + R(100) + I(10)=374=14=5
B(2) + R(100) + I(10) + M(40) + I(10) + R(100)=262=10
J(10) + ǫ(70) + r(100) + ð(4) = 184=13=4
7+5+10+4=26
Le saint tétragramme, symbole des quatre éléments, incarne leur équilibre parfait. Ainsi, la réponse à la question « Comment gravir Yggdrasil ? » est claire : équilibre tes éléments. Lorsque tes éléments seront harmonisés, tu pourras atteindre l’Unité, le sommet, le 1.
Le but ultime, c’est d’atteindre l’unité, d’accéder à l’unicité absolue. C’est parvenir à cet état que célèbre la chanson la plus connue au monde : « When all is one and one is all ». Tout le voyage tend vers cela : comprendre l’unité.
Derrière la multiplicité apparente des phénomènes, il n’y a qu’une seule réalité, cachée, une seule vérité sous-jacente. Ce que nous percevons comme une multitude effervescente, éclatée, n’est qu’une projection. L’Un est ce qui se trouve derrière tout ce que nous voyons. Et notre rôle, notre mission en tant qu’êtres conscients, est de révéler cette unité cachée dans chaque chose.

Quand nous atteignons cette conscience de l’Unité sous-jacente, nous arrivons à la porte du Valhalla. Ce point culminant où tout converge, où l’on comprend que l’unité imprègne tout.
Mais alors, Wotan nous dit : la porte du Valhalla c’est 540. Ce chiffre revient sans cesse : 540 portes. Pourquoi 540 et non 26 ?
La montée jusqu’au Valhalla, le chemin initiatique, c’est 26. Nous venons de l’expliquer : c’est l’ascension à travers les sphères d’Yggdrasil, en équilibrant les éléments. Mais pour entrer dans le Valhalla, il faut traverser les 540 portes.
Pourquoi ? Parce qu’une fois arrivé à l’unité, vous réalisez que tout ce qui vous a porté jusque-là, tout ce qui vous a permis de gravir l’Arbre, n’était que des manifestations dégradées de l’Un lui-même. Ces phénomènes, ces étapes, n’étaient que des projections, des reflets partiels de l’unité divine, créés pour vous guider jusqu’à ce point culminant.
C’est alors que vous constatez que l’escalier que vous avez monté, tout ce chemin initiatique, n’était autre que l’Un déplié. Il s’est manifesté sous forme d’un escalier, d’un parcours, pour vous permettre de monter à votre rythme. Et maintenant que vous êtes arrivé à l’Unité, l’escalier se replie derrière vous, se résorbant dans sa source originelle. Vous êtes entièrement absorbé dans l’unité.
C’est cela, le Valhalla : cet état où tout converge, où « all is one and one is all ».
À ce moment, tout ce qui vous a permis de monter – ces étapes, ces phénomènes divers qui vous ont guidé sur le seiðr – fusionne et disparaît dans l’Unité.
Vous comprenez alors que tout cela, ces expériences, ces obstacles, ces révélations, n’étaient qu’un jeu subtil de cache-cache avec le divin. Il a déployé ces éléments pour que vous puissiez monter à votre niveau, que ce soit celui d’Erda ou d’un autre point de départ. Et à mesure que vous avanciez, ces phénomènes vous ont permis de progresser, de spiritualiser votre perception.
Quand vous atteignez l’Un grâce aux Dieux, tout se replie derrière vous, et vous comprenez qu’il n’y a jamais eu que cela, jamais eu que Lui. Tout était Un dès le départ. Vous le réalisez enfin.
C’est cela, le Valhalla.

10 x 9 x 6 x 1 = 540.
Toutes les étapes de votre chemin refusionnent. En guématrie, en kabbale, cette fusion est exprimée par la multiplication, le « fois », représenté par le X. Ainsi, si vous prenez les quatre sphères du pilier central – 10 x 9 x 6 x 1 – c’est-à-dire que tout votre pilier du milieu fusionne dans l’unité, vous obtenez 540. Voilà pourquoi 540 est l’entrée du Valhalla, l’accès, le moyen d’entrée dans le Valhalla.
À présent, chaque porte du Valhalla laisse passer 800 guerriers, en deux rangs, côte à côte, au même moment. Mais pourquoi 800 ?
Le 8 est ici multiplié par 10, représentant le 8 dans la matière, et à nouveau multiplié par 10, pour signifier une incarnation encore plus profonde, jusque dans les mondes souterrains, au cœur de l’existence incarnée. Mais alors, qu’est-ce que le 8 ?
Le 8, que nous avons étudié à de nombreuses reprises, est le nombre de la réparation du monde. Il représente l’infini tangible, un zéro incarné, la manifestation de l’infini dans le monde matériel.
Dans la pensée abstraite, le zéro signifie « rien », une absence totale. Mais le huit, en tant que zéro tangible, matérialise cette infinité dans la réalité phénoménale. C’est le monde réparé, où l’infini descend dans la matière et s’y exprime pleinement. Voilà pourquoi il existe huit directions cardinales dans l’espace – une matérialisation de cette infinité.
Le mystère ultime est alors le 1 dans le 8, une clé de la pensée wotaniste. Le 1 dans le 8 représente l’unité (le 1) intégrée dans la réparation du monde (le 8). Chaque anniversaire célèbre cette union : le 1 dans le 8 est symbolisé par les 8 messas rituelles, auxquels s’ajoute le jour d’anniversaire individuel, un cycle perpétuel de célébration et d’intégration.
Pour un roi-prêtre, un prince-prêtre – ce que nous sommes appelés à devenir – être le 1 dans le 8 signifie régner dans toutes les directions du monde horizontal (les huit directions cardinales) tout en demeurant sous un unique firmament.
C’est ce mystère du 1 dans le 8 qui illustre la réparation du monde. Lorsqu’au plan vertical, l’unité (le 1) est atteinte, alors la réparation du monde s’accomplit au plan horizontal, à travers les huit directions et le monde matériel. C’est le chemin de l’harmonie totale, une réparation sans équivoque.

Mais la vraie question est : qu’est-ce qui met réellement en déroute Fenrir ?
Qu’est-ce qui l’affronte lorsque ce moment arrive ? Qu’est-ce qui empêche la société de sombrer dans la corruption totale, dans un chaos semblable à une dystopie ?
Le grand Wotan nous donne la réponse : 800 guerriers franchissent chacune des 540 portes du Valhalla au même moment. Faisons le calcul :
800 x 540 = 432 000.
Ce chiffre, 432 000, est la forme la plus complètement incarnée, car il est multiplié par 10, par 10, par 10 – une progression dans la matérialisation, une incarnation complète jusque dans les profondeurs des mondes.
Mais qu’est-ce que représente 432 ?
432 n’est pas simplement un chiffre aléatoire ou un compte à rebours mystique. Il s’agit, comme toujours dans les nombres sacrés, d’une élaboration du 9.
Regardez :
- 5 + 4 + 0 = 9
- 4 + 3 + 2 = 9
Le 9 est le nombre le plus sacré, car il représente l’ensemble des neuf mondes d’Yggdrasil, qui relient Erda au divin et servent de canaux par lesquels le divin alimente la création. 432, en tant qu’élaboration du 9.
Mais ce n’est pas tout. 432 est aussi la Guématri de Tala, dont la valeur numérique du mot Tala en vieux norrois correspond à :
- T = 400, A = 1, L = 30, A = 1.
- La somme est 432.
En langue sainte, en norrois, Tala signifie la parole, le discours, l’expression verbale ou le langage lui-même. Cela s’applique à la fois à l’acte de parler (verbe) et à la parole en tant que substance (nom).
Et c’est là le véritable moyen de combattre Fenrir.
Le Verbe. La Parole. Tala.

Le moyen, et cela, nous l’avons vu à maintes reprises, est la Hud : la réparation de la parole.
En contraste avec ce que nous avons mentionné précédemment – les paroles de médisance et de parjures qui valent exclusion – l’inclusion dans le Valhalla repose sur l’intégrité de la parole. Cela explique pourquoi entrer au Valhalla signifie combattre Fenrir.
Aller au Valhalla, c’est prendre part à ce combat contre Fenrir.
Ce qui repousse le mal absolu, ce qui répare le monde, c’est le 800.
Le 800 représente l’intégration dans les plus hautes sphères spirituelles, l’atteinte du sommet du projet karmique, l’accomplissement d’un progrès horizontal karmique.
C’est Tala, 432, c’est-à-dire c’est la parole, la parole connectée, la parole qui est les 800 guerriers qui sortent par chacune des 540 portes du valhalla. C’est la réparation du monde à l’horizontale grâce à la connexion à l’un, grâce à la connexion au divin, grâce à l’inclusion dans l’un.
C’est la manifestation du Divin dans la réparation totale du monde.
Et tout cela, simplement grâce aux sons qui sortent de votre bouche.
La parole : l’humain est un être parlant.
La hud, c’est cela : réparer votre parole. Réparer votre discours. Réparer votre humanité essentielle, en vous connectant à ce mystère absolu qu’est le Tala, la Parole.
Cette connexion se fait directement au Divin, sans intermédiaire, sans détours. Juste vous et le Divin.
L’être fini s’élève, se transforme, et devient l’être infini, connecté à travers ce mystère fondamental qu’est la parole.

Le Grand Sage enseigne que le monde peut être modifié, reformé, réagencé, simplement par la parole. Tout repose sur le chant, sur les mots. Hávamál signifie d’ailleurs « les hautes paroles ». En magie, tout est dans la formule, dans ce qu’on dit et ce qu’on ne dit pas.
C’est pourquoi la médisance et la calomnie sont si graves. Ce n’est pas pour rien que le premier Ráðumk (conseil) dit : veille avant tout à ne pas abîmer ta parole.
À chaque fois que tu fais une insinuation sournoise, que tu murmures un ragot dans l’oreille de quelqu’un, c’est Fenrir qui approche.
Bien sûr, karmiquement, tu en paieras le prix. Mais, pire encore, tu fais avancer Fenrir pour tout le monde.
Pourquoi la désacralisation de la parole est-elle le pire des actes karmiques ? Parce qu’elle va directement à l’encontre de l’élévation.
Le Valhalla, c’est le sommet du progrès karmique, l’endroit où l’âme s’élève. À l’opposé, le dernier cercle de Náströnd est réservé aux parjures, ceux qui ont abîmé la parole sacrée.
Si la désacralisation de la parole mène à Náströnd, il est logique que sa réparation mène au Valhalla.
La Hud, c’est cette réparation. C’est la sacralisation de la parole, qui doit être alignée sur les quatre éléments. Tout revient au principe fondamental : si tu veux monter, équilibre tes éléments.
Une parole réparée, connectée au Divin, est la clé. C’est par la parole réparée que l’on monte.
On pourrait penser que l’acte le plus grave serait l’infanticide. Mais non. Pourquoi ?
Parce qu’un infanticide, aussi terrible soit-il, est l’acte d’un monstre criminel. Ce dernier est condamné à Náströnd, mais il ne se trouve que dans l’avant-dernier cercle.
En revanche, les parjures sont au fond de Náströnd, dans le dernier cercle. La parole détruite est plus grave encore, car elle sape l’humanité essentielle et les liens sacrés entre les Hommes et le Divin.
Le premier conseil : préserver la parole
Alors, que dit le premier Ráðumk ?
Ne médisez pas. Ne colportez pas de ragots. Ne détruisez pas votre parole.
Si tu veux être heureux, si tu veux avancer sur le chemin, garde ta parole sacrée. C’est le fondement de tout.

Pourquoi la médisance est-elle si grave ?
Pourquoi est-elle considérée comme pire que toutes les autres formes de paroles nuisibles ?
La réponse est simple : elle est la condition sine qua non de tout progrès spirituel, de toute connexion au Divin, de tout accès à la lumière.
C’est la première règle : ne médisez pas.
Ne colportez pas de ragots, même s’ils sont vrais. Surtout s’ils sont vrais. C’est encore pire.
Médire, c’est souvent dire la vérité, mais une vérité perverse, une vérité « à la Loki », détournée par en dessous. Cela fait plus de mal qu’un mensonge pur et simple, car cette vérité dégradée vise à briser, à nuire, à détruire des liens.
Tout dans l’univers repose sur les liens. Tout est interconnecté, comme l’ont enseigné les sages. L’univers est une immense tapisserie tissée par les Nornes. Chaque événement, chaque rencontre, chaque acte est relié à un autre.
Lorsque deux personnes se rencontrent, un nouveau lien se tisse. Ce lien commence souvent par la parole. On parle, on échange, on partage. Ensuite, on renforce ce lien avec des actions – partager un verre, un repas, ou même une étreinte amoureuse. Tout cela sert à renforcer la toile.
Mais que se passe-t-il si, avant même que ce lien puisse se former, quelqu’un intervient pour le briser ?
Imaginez : une personne vous dit qu’elle va rencontrer quelqu’un. Et vous, médisant, répondez :
« Ah oui, un tel… On m’a dit qu’il était gentil, mais… »
Une insinuation sournoise, un doute glissé comme un poison.
Le lien est brisé avant même de pouvoir exister. Même si ces deux personnes se rencontrent, quelque chose manque. Le lien est faussé.
Le médisant, lui, paiera un lourd tribut karmique. On ne dérange pas impunément le travail des Nornes. Mais ce n’est pas tout : en brisant un lien sacré, il perturbe l’ordre même de l’univers.
La médisance est donc anti-cosmique. Elle va à l’encontre du fonctionnement naturel de l’ordre des choses, en semant le désordre dans le réseau divin des connexions.
Le médisant ne fait que parler de lui-même.
Lorsqu’il critique quelqu’un, il projette ses propres défauts sur cette personne. Il se souille lui-même par ses paroles.
Le problème est là.
Chaque fois que vous dites quelque chose, vous produisez de la magie.
En parlant, vous créez une rune, un son qui contient un mystère, une lumière.
Ce mystère porte en lui une intention, une énergie, qui cherche naturellement à prendre forme et à s’incarner dans le monde.
Ainsi, le monde lui-même a été créé : blanc, rouge, noir.

Énergie, forme, matière.
Vous ressentez cette dynamique ? Chaque verbe, chaque mot tend à s’incarner.
Prenons un exemple que nous avons étudié ailleurs : quelqu’un qui médis de quelqu’un d’autre.
C’est comme s’il dessinait avec sa bouche un portrait monstrueux de cette personne. Mais le problème, c’est que les runes que nous émettons restent autour de nous. Nous vivons au milieu des sons, des énergies que nous projetons – et nous passons notre temps à les respirer.
Tout l’univers est constitué uniquement de runes. Il n’existe rien d’autre : tout est runes.
Ainsi, quelqu’un qui passe son temps à formuler des monstres, à déformer la réalité par des paroles malveillantes, respire ces monstres en permanence. Ces monstres l’entourent, l’imprègnent.
Or, comme tout cocaïnomane le sait, l’odorat est le seul sens qui accède directement au cerveau primitif. Ce phénomène, nous l’avons tous expérimenté : ouvrir un tiroir oublié et sentir une odeur qui nous ramène instantanément dans notre enfance. Ce n’est pas un simple souvenir : avec l’odorat, nous sommes projetés dans la vibration même de l’instant.
C’est pourquoi les parfums sont liés à la magie. Il n’y a pas de rituel sans parfum, car il agit directement sur nos perceptions profondes.
Une personne qui inhale constamment les monstres qu’elle a créés par ses paroles finit par emplir son cerveau primitif de ces mêmes monstres. Elle vit dans une galerie de monstres, un univers déformé qu’elle a elle-même généré.
Naturellement, elle ressentira le besoin de projeter ces monstres sur autrui, cherchant désespérément à s’en libérer. Mais c’est un cercle vicieux : elle est malheureuse, piégée dans cette dynamique toxique qu’elle alimente elle-même.
C’est ainsi que, petit à petit, on devient une larve. C’est ainsi qu’on finit en bannissement – exclu du monde des justes, incapable de rétablir l’équilibre de la parole et des énergies.
C’est là tout le problème.

Tu dis du mal de l’autre, et le mal te revient par le nez.
Tu le respires, tu t’en imprègnes, et tu vis entièrement dans ce cas.
Mais il existe une autre solution : faire la Hud.
C’est-à-dire, au contraire, se servir de la parole pour se connecter au divin. Cela, nous l’avons vu, est tout le but de l’existence. C’est pourquoi nous sommes ici.
Pendant une heure, à travers la Hud, tu formes un cercle autour de toi avec toutes les runes sacrées. Tu resacralises la parole, la répares. Ce cercle devient comme un cercle magique inscrit de runes de protection.
Et voilà pourquoi, celui qui a fait la Hud peut passer les 23 heures suivantes à danser, à vivre, à faire tout ce qui lui plaît, même de manière insouciante.
À une condition :
Revenir à la Hud la 24ᵉ heure.
Parce qu’à cet instant précis, tout se recadre, tout se reconnecte impeccablement. Chaque chose retourne dans l’intention divine, dans le lien qui doit être formulé. Sans cela, la parole désacralisée perturbe ces liens essentiels, rompt l’ordre divin au niveau horizontal.
Nous comprenons maintenant pourquoi ce chapitre est marqué par le nombre 40.
Le 40, comme nous l’avons vu, symbolise l’aboutissement, l’accomplissement final, la matérialisation ultime. Toute personne ayant atteint l’âge de 40 ans en fait l’expérience : ce matin-là, en ouvrant les yeux, la vie passée apparaît comme une page tournée.
On ne s’y reconnaît plus.
C’est derrière.
Un chapitre s’est refermé.
Il n’y a ni nostalgie, ni regret – simplement, cela n’est plus nous.
C’est ce sentiment, étrangement détaché, qui produit la crise de la quarantaine. Parce que le 40, c’est le fin mot de l’affaire, la finalité.
Le 40, c’est la matérialisation complète :
Cweorth, le météore 4, qui s’écrase dans Erda, la Terre (10).
Le 4 x 10, c’est l’impact du divin dans la matière. Un bouleversement total. Une restructuration complète. Tout est fini, rééquilibré.
Mais regardez bien le glyphe du nombre lui-même :
- 4, le saint tétragramme, les quatre éléments en équilibre ;
- 0, l’infini.
Le 40, c’est le pont entre la vie incarnée et l’équilibration des éléments qui permet le retour au divin, au zéro primordial, à l’infini.
C’est tout le sens de notre vie : descendre dans la matière finale pour rééquilibrer les éléments perturbés, et remonter vers l’infini.
C’est pourquoi nous sommes ici, dans cette « ténébreuse splendeur » d’Erda. La vie n’a pas d’autre objet. Tout est là.
Le 40, dans son essence, résume tout cela.
Pourquoi s’être incarné ?
Parce que nous sommes ici pour manifester le divin dans la matière, équilibrer les éléments en nous, pour remonter vers le sublime, vers l’infini.
C’est le mystère du 540.
C’est ainsi que l’on fait.
C’est ainsi que l’on avance.
Alu!
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