Grottasongr (La chanson de Grotti)

 Grottasongr (La chanson de Grotti)

Le roi danois Frodi, contemporain de l’empereur romain Auguste, était réputé pour la longue période de paix et de prospérité qu’avait apporté son règne. Cet âge d’or était appelé « la paix de Frodi ». Cette prospérité et paix étaient alimentées par le moulin de Grotti, après la découverte de deux lourdes meules magiques. Pour les actionner, Frodi avait acheté deux esclaves géantes, Fenja (Obstinée) et Menja (Femme-lige). Il leur demandait de moudre continuellement de l’or, de la paix et du bonheur. Les deux esclaves n’avaient que quelques minutes de repos par jour. Elles chantent une chanson et font moudre une armée, dirigée par le roi Mysing. Il tuera Frodi et mettra fin à la paix. Mysing emportera avec lui Fenja, Menja et les meules sur son bateau. Il demande aux esclaves de moudre du sel, mais en de trop grandes quantités. Le bateau sombre et la mer devient salée, en raison de l’abondance de sel produite par les géantes. (NB : Il est important de rappeler que le sel était une denrée précieuse dans l’Antiquité, car il était l’unique moyen de conserver la viande ou d’autres denrées. C’était même une monnaie d’échange, puisque la solde des légionnaires romains se faisait avec des kg de sel, d’où le terme « salaire ».)

Ce poème comporte de nombreux sens allégoriques et ésotériques. Le moulin Grotti est une allégorie de la planche à billets qui produit de la richesse artificielle. Cet argent déconnecté du réel provoque les bulles spéculatives de la finance internationale, mais aussi de l’État-providence endetté qui distribue allocations et subventions au Tiers-Monde. Et en même temps, vous avez toute une population active qui trime pour favoriser la production de cet argent artificiel et l’achat de la paix sociale. Frodi, en apparence, correspond à l’archétype du bon roi nordique, représenté par Frey. Snorri Sturlusson indique, dans son Edda, qu’il faut invoquer ce dieu « til ars ok fridar » (pour une année prospère et la paix). Dans une société wotaniste, le rôle du roi était donc de créer les conditions pour favoriser la production de richesse et d’assurer la paix civile. Mais si celui-ci en était incapable, comme le raconte Snorri dans l’Heimskringla au sujet du roi Domaldr, le roi était sacrifié à Wotan. L’historien islandais explique que ce procédé avait été efficace. Les dirigeants politiques actuels du monde occidental ont la chance de ne pas vivre dans une société wotaniste. Cette conception de la royauté explique pourquoi de nombreux rois ont trahi leurs peuples pour se convertir au christianisme. Être souverain de droit divin permettait d’agir en tyran. Frey a été détrôné au profit de Fenrir, incarnation bestiale du pouvoir. Frodi en produisant artificiellement or, paix et bonheur ne faisait que singer Frey. Frodi, comme les dirigeants actuels, est un partisan du moindre effort qui veut acheter la paix sociale avec la planche à billets. Forcément, ce viol de la loi naturelle engendre une correction par l’apparition de Mysing et son armée. 

L’autre enseignement, plus esotérique, de ce poème repose sur la magie relative au dieu Frey. Pour engendrer la prospérité, il faut activer deux forces : Fenja (l’obstination) et Menja (la discipline). Ce sont deux archétypes opposés. L’obstination est une fuite en avant, tandis que la discipline retient. Il faut l’équilibre des deux pour produire de l’or. Frodi a voulu utiliser la magie de Fenja et Menja de manière trop excessive, de telle sorte qu’une magie bénéfique au départ s’est retournée contre lui. Frey est un bon roi, au contraire, car il maîtrise la magie de ces deux forces : l’obstination et l’âpreté au gain doivent être tempérées par une certaine discipline. 

Nous avons désormais étudié tous les poèmes mythologiques de l’Edda poétique. Il reste le cycle épique de Sigurd et des Volsungar que j’aborderai plus tard dans ce canal. Je vais enchaîner avec une présentation de chaque rune en faisant une exégèse de chaque strophe des poèmes runiques, qui font souvent référence aux Eddas.

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En conclusion de cette étude, on peut se rendre compte que la force de l’Edda par rapport à d’autres mythologies et religions est d’être toujours actuelle. Ses archétypes sont intemporels. Les néo-païens Facebook en cosplay viking, qui se font pousser des barbes jusqu’au bas-ventre, on une vision « salafiste » du paganisme. On n’a pas besoin de s’habiller comme au VIIIème siècle pour vivre cette spiritualité. Il n’y a aucun passéisme dans l’Edda, puisqu’on peut y lire l’actualité. Quand vous voyez Loki se déchaîner contre les dieux dans la Lokasenna, vous avez Marvel qui déverse sa boue wokiste sur Asgard. L’autre enseignement qu’on peut retirer de l’étude approfondie de ces poèmes, c’est l’absence d’influence chrétienne, contrairement à ce que répandent de prétendus païens sur Youtube. Ce n’est pas parce que les Eddas ont été rédigées sous la christianisation, que leurs auteurs étaient de sincères chrétiens. Au Moyen-Âge, l’Église se comportait comme Daesh, entre les 4500 wotanistes décapités à Verden par Charlemagne, les exactions du roi Olaf en Norvège, la croisade contre les Albigeois, il était risqué de se revendiquer païen ou hérétique. Il fallait contourner la censure. Et cela ne suffisait pas. Snorri a été assassiné, même s’il faisait des concessions minimes à l’Église, en consacrant quelques lignes à Jésus-Christ dans le Skaldskarpamal. C’est comme aujourd’hui avec la censure démente qui règne sur les réseaux sociaux. Il est nécessaire d’utiliser des périphrases et des tournures ironiques, pour faire passer certaines idées en contrebande. Les païens médiévaux devaient utiliser les mêmes précautions. Le Skaldskarpamal de Snorri nous donne les clefs pour comprendre les kennings (périphrases) employés dans les Eddas. Sans ce texte, le sens de nombreux poèmes de l’Edda poétique serait obscur.

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