
Le besoin latent de retrouver une vie communautaire, Ă©voquĂ© par Vincent, trouve sa rĂ©solution structurelle dans lâarchitecture du Wotanisme, spĂ©cifiquement par lâactivation de Sleipnir. Sleipnir, le destrier Ă huit pattes de Wotan, symbolise le vĂ©hicule horizontal communautaire. Ses huit jambes incarnent les huit fĂȘtes saisonniĂšres â Yule, Litha, Beltaine, Samhain, Lughnasadh, etc. â qui rythment le temps et constituent la base dâune communautĂ© organisĂ©e et en mouvement.
Lâhistorien Ibn Khaldoun a Ă©tabli lâimportance de lâÊżasabiyya, cette solidaritĂ© sociale gĂ©nĂ©ratrice dâunitĂ©. Le sociologue Ămile Durkheim a Ă©galement montrĂ© que lorsque la population, ordinairement dispersĂ©e dans le labeur quotidien, se rassemble Ă lâoccasion de cĂ©rĂ©monies communes, elle produit une « effervescence collective ». Cette idĂ©e peut Ă©galement ĂȘtre rapprochĂ©e des rĂ©flexions de Laurent Ozon sur les replis. Les rituels communautaires agissent ainsi comme des technologies sociales qui excitent, Ă©lĂšvent et fusionnent les individus en une conscience collective, constituant le ciment de la sociĂ©tĂ©.
Lâorganisation collective des huit fĂȘtes du cycle annuel constitue le mĂ©canisme opĂ©ratif permettant dâattacher Fenrir, incarnation de la tyrannie et de lâatomisation. La fĂȘte constitue un rituel magique de rupture de lâordre temporel ordinaire, arrachant momentanĂ©ment lâindividu Ă la matĂ©rialitĂ© contraignante pour le reconnecter Ă lâesprit. Honorer rigoureusement ce calendrier festif permet ainsi de rebĂątir les liens horizontaux, de rĂ©parer la spiritualitĂ© communautaire et de repousser la progression du Ragnarök.
La cohĂ©sion communautaire repose dâabord sur le chef local, lequel opĂšre sur la frĂ©quence du dieu Freyr, protecteur des producteurs et garant de la prospĂ©ritĂ©. Ce rĂŽle peut ĂȘtre assumĂ© par plusieurs personnes au dĂ©part. Ces responsables organisent les premiĂšres festivitĂ©s, maintiennent une attitude affable et gĂ©nĂ©reuse et financent personnellement les premiers banquets du groupe. En injectant de lâĂ©nergie matĂ©rielle dans la communautĂ© par lâabondance partagĂ©e, la musique et lâivresse â galvaniseurs de lâenthousiasme â, ils attĂ©nuent la rigueur, adoucissent les tensions et contribuent Ă garantir la paix civile.
Lâindividu contemporain, assimilĂ© au Niflheimer, est noyĂ© dans un labeur incessant oĂč son Ă©nergie est dĂ©vorĂ©e par la quĂȘte dâaccomplissement matĂ©riel. Les huit fĂȘtes offrent un antidote strict Ă cette frĂ©nĂ©sie consumĂ©riste. En se dĂ©tachant du tumulte politique pour organiser ces cĂ©lĂ©brations locales, le groupe crĂ©e un sanctuaire mĂ©taphysique, semblable aux remparts dâAsgard, qui permet la rĂ©paration des valeurs et la survie de la communautĂ©.
LâEdda est un mode opĂ©ratoire.
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