
La Saison Sainte est une pĂ©riode rituelle et festive de 22 jours qui dĂ©bute Ă l’Ă©quinoxe du printemps, s’Ă©tendant gĂ©nĂ©ralement du 20 mars au 10 avril. Sur la roue de la vie, elle reprĂ©sente la pĂ©riode de l’adolescence et incarne la « formule nuclĂ©aire » du renouveau, de la jeunesse et de la lumiĂšre, en rĂ©sonance directe avec le dieu Baldr. C’est Ă©galement le moment oĂč est tuĂ© Ymir. Durant ce temps, l’univers appuie sur le bouton « reset » et l’influence du « CĂŽne d’Ombre » devient nulle sur la terre. Les sages dĂ©crivent cette pĂ©riode comme une gigantesque fĂȘte, aussi « multicolore et furieuse que possible », oĂč les individus sont encouragĂ©s Ă libĂ©rer leurs instincts, les femmes « dĂ©muselant la bacchante » et les hommes virant au « fauve en Ă©tat dâivresse ». C’est un moment de communion avec la force vitale pure qui jaillit Ă la racine du printemps.
Pourtant, câest prĂ©cisĂ©ment au cĆur de cette ivresse printaniĂšre que le monde profane tente d’imposer le carĂȘme, une pratique perçue ici comme une violation directe des lois de la nature. Pour un initiĂ©, sâinfliger des restrictions au moment oĂč lâunivers appelle Ă l’expansion n’est pas une vertu, mais un dysfonctionnement spirituel majeur qui place l’individu en porte-Ă -faux avec la rĂ©alitĂ©. Cette opposition radicale au carĂȘme s’enracine dans plusieurs piliers doctrinaux :
1. Violation des rythmes naturels
Le carĂȘme tombe en pleine Saison Sainte, pĂ©riode oĂč lâabstinence est interdite car il s’oppose frontalement Ă l’ordre naturel. Ne pas cĂ©lĂ©brer, ne pas festoyer, ne pas sâabandonner Ă la joie printaniĂšre crĂ©e un « faux temps » : lâinitiĂ© se retrouve en porte-Ă -faux avec la rĂ©alitĂ©, dĂ©phasĂ© magiquement, nerveusement et spirituellement. Ce dĂ©calage attire lâĂ©chec, le mal-ĂȘtre et la stĂ©rilitĂ©.
2. Outil de contrÎle des égrégores
Le jeĂ»ne collectif est dĂ©fini comme une mĂ©thode propre aux « religions rĂ©vĂ©lĂ©es » (judaĂŻsme, christianisme, islam) pour fĂ©dĂ©rer des peuples divers en une seule « Ăąme collective » artificielle ou en un Ă©grĂ©gore. Contrairement Ă ces systĂšmes, les traditions naturelles considĂšrent que la nourriture est un sacrement permanent et qu’il n’existe aucune cassure entre le spirituel et le temporel. Refuser le carĂȘme, c’est rejeter ce mode de contrĂŽle politique pour privilĂ©gier une connexion directe et individuelle au divin par l’acte mĂȘme de manger et de boire1. Il est nĂ©cessaire de se nourrir abondamment, durant la Saison Sainte, pour rendre le corps fort et capable de « porter son fruit en sa saison ».
3. La « mentalitĂ© d’esclave » contre l’idĂ©al du Surhomme
Le carĂȘme prolonge la vision chrĂ©tienne de lâhomme comme « pauvre pĂ©cheur » intrinsĂšquement mauvais, qui ne peut sâĂ©lever que par la souffrance et la contrition. Cette morale dâesclave glorifie la restriction, la tristesse et le masochisme. LâĂ©thique des maĂźtres, elle, commande dâĂȘtre « affable et joyeux jusquâau jour de sa mort ». La viande persillĂ©e, les fromages onctueux, les vins qui pĂ©tillent ne sont pas des pĂ©chĂ©s : ce sont les attributs naturels de lâĂbermensch. La frugalitĂ© forcĂ©e est une maladie hĂ©ritĂ©e ; la joie et la gratitude sont les preuves vivantes de lâorigine divine.
4. Le danger du refoulement et de la tristesse
Le carĂȘme entretient un Ă©tat de contrition et de mal-ĂȘtre qui attire les larves â ces entitĂ©s parasites2 se nourrissant de dĂ©connexion spirituelle et de ressentiment. La rĂšgle de la nature est claire : « le divin n’est pas avec une personne triste ou mĂ©contente ». Au lieu de rĂ©primer les instincts, l’initiĂ© doit les canaliser, les raffiner et les maĂźtriser : « dĂ©sire, jouis de toutes les choses des sens et de l’extase », car la restriction est le seul vĂ©ritable pĂ©chĂ©.
En conclusion
La Saison Sainte nâest pas une permission : câest un impĂ©ratif. Elle appelle Ă cĂ©lĂ©brer la vie matĂ©rielle comme un temple de lâEsprit, Ă faire de chaque festin, de chaque ivresse, de chaque Ă©treinte un acte de dĂ©votion. Le carĂȘme, en sây opposant, nâest pas une ascĂšse : câest une trahison des lois naturelles et du Vrai Vouloir.
La Saison Sainte ne pardonne pas les tiĂšdes. Elle rĂ©compense ceux qui osent ĂȘtre pleinement vivants.
- Cette vision repose sur le refus de la « dichotomie absurde » entre le spirituel et le temporel, une dĂ©formation lĂ©guĂ©e par l’erreur chrĂ©tienne qui sĂ©pare l’Ăąme du corps. Pour l’initiĂ© des traditions naturelles, cette sĂ©paration n’existe pas : le divin est en tout ce qui existe, car il est l’essence mĂȘme de l’existence.
La nourriture comme sacrement permanent
Dans les traditions naturelles, l’acte de manger n’est jamais purement biologique ou trivial ; il est une ritualisation du quotidien.
âą Action de grĂące continue : Contrairement au chrĂ©tien qui a besoin d’un prĂȘtre pour consacrer l’hostie, l’initiĂ© considĂšre chaque repas comme un sacrement. L’abondance est directement identifiĂ©e au dieu Frey, et non Ă un simple salaire ou Ă une rĂ©ussite matĂ©rielle isolĂ©e.
âą Incorporation de la force divine : On hĂ©rite des vertus de ce que l’on mange. Par exemple, la consommation de sanglier (SĂŠhrĂmnir au Valhalla) est un acte sacrĂ© qui transmet la sagesse, le courage et l’amour de la vie.
âą DĂ©dier chaque geste : L’adage traditionnel commande : « que vous mangiez, buviez ou fassiez lâamour, faites tout Ă la gloire des dieux ».
â©ïž - âą L’attraction des « larves » (entitĂ©s nĂ©gatives) : C’est un point central de la doctrine : lorsque la lumiĂšre divine se retrouve en dehors de ses rĂ©cipients naturels (Ă cause d’actes contraires Ă la loi naturelle ou de dĂ©connexion), elle attire des « entitĂ©s nĂ©gatives » appelĂ©es « larves ». Ces larves sont dĂ©finies comme des « excrĂ©ments spirituels » qui viennent se coller Ă l’individu pour se nourrir de cette Ă©nergie dĂ©voyĂ©e, le poussant Ă s’enfoncer davantage dans l’erreur et la tristesse pour assurer leur propre subsistance. â©ïž
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