
La quatriĂšme : Gefjun.
Elle est vierge. Elle est jeune fille.
Elle a pour assistantes, pour servantes, toutes celles qui meurent vierges.
Vous savez que Gefjun, de Seeland, est connue â lâEdda, aussi bien Ă©crite quâorale, le rapporte â comme celle qui dirigea les travaux de forage Ă lâorigine de ce quâon appelle aujourdâhui le lac MĂ€laren (Lögrinn), en SuĂšde.
Ces travaux qui aboutirent Ă la formation de lâĂźle de SjĂŠlland, au Danemark.
Autrefois, on le raconte, le roi Gylfi, roi de SuĂšde, offrit une terre Ă une vagabonde qui lâavait distrait.
En remerciement du divertissement que cette femme inconnue lui avait apportĂ© â elle lâavait amusĂ©, rĂ©joui â il lui promit une rĂ©compense.
Il lui dit :
« Je tâoffre la portion de terre que quatre bĆufs pourront labourer en un jour et une nuit. »
Elle nâeut quâĂ se procurer quatre bĆufs, labourer sans sâarrĂȘter, et toute la superficie couverte par ce labour lui serait donnĂ©e.
Mais voilĂ : cette vagabonde… câĂ©tait une Ăsynja â Gefjun, prĂ©cisĂ©ment.
Allons plus loin, regardons cela de plus prĂšs.
Les bĆufs quâelle utilisa nâĂ©taient pas de simples animaux : câĂ©taient ses propres enfants.
Gefjun avait eu une union avec un jötunn â un gĂ©ant â dont le nom fut, dit-on, effacĂ© prĂ©cipitamment des chroniques.
Elle eut quatre fils, et ce jour-lĂ , elle leur donna lâapparence de bĆufs.
Elle les métamorphosa.
Ils labourĂšrent si profondĂ©ment, avec une telle puissance, quâun morceau entier de terre se dĂ©tacha du royaume suĂ©dois et dĂ©riva vers lâouest, flottant comme une Ăźle.
Lorsquâelle se stabilisa, Gefjun appela cette terre SĂŠlund, ce qui est devenu aujourdâhui SjĂŠlland.
Et la zone laissĂ©e vide par lâarrachement de cette terre fut remplie dâeau, formant un lac intĂ©rieur : le lac MĂ€laren.
(On hĂ©site parfois, encore aujourdâhui, entre le lac MĂ€laren et le lac VĂ€nern, pour identifier le vĂ©ritable lieu du prĂ©lĂšvement.)
Parfois, il est aussi dit que Gefjun a laissĂ© un trou derriĂšre elle â un vide, lĂ oĂč la terre fut arrachĂ©e.

Mais bon⊠les gens là -bas, à Copenhague,
ils ne plaisantent pas du tout avec Gefjun.
Le plus grand monument de la ville, câest la fontaine de Gefjun.
Un ensemble monumental. Majestueux.
Gefjun nâest pas du tout une figure prise Ă la lĂ©gĂšre.
Et pourtant⊠le verset de lâEdda qui la concerne est extrĂȘmement court.
Et pourtant encore â Wotan la cite en quatriĂšme.
La quatriÚme parmi les déesses.
Câest-Ă -dire : juste aprĂšs Frigg â donc deux places avant Freyja.
Câest une prĂ©sĂ©ance extrĂȘme, tout de mĂȘme.
Et si vous allez Ă Copenhague, vous verrez â on ne plaisante pas.
Ce nâest pas une figure Ă laquelle on accole le moindre sarcasme.
Tous les vers que Bragi a écrits sur elle sont clairs.
Il dit :
Gefjun a tiré de Gylfi, joyeusement, une profonde bande de terre,
de sorte quâelle augmenta, avec des champs fertiles, le Danemark.
Elle enleva, dans la joie, une portion dâorigine â
elle façonna ainsi le terrain qui agrandit le Danemark.
Et les bĆufs avaient tant dâardeurâŠ
que des nuages de poussiĂšre suivaient leurs traces.
Etc.
Maintenant, si lâon se concentre sur ce jeu-lĂ , un paradoxe apparaĂźt immĂ©diatement :
comment peut-elle avoir eu quatre enfants et ĂȘtre encore appelĂ©e vierge ?
Il nâest pas question â contrairement Ă ce que prĂ©tendent ou affirment certaines religions Ă©trangĂšres â dâavoir un enfant et de rester vierge.
Or, lĂ , en lâoccurrence, il y en a eu quatre.
Quatre enfants jötunn.
Alors, comment se fait-il que Wotan dise quâelle est vierge ?
Dâautant plus que Gefjun a Ă©tĂ© mariĂ©e Ă un fils de ces fils.

Quand Wotan, notre maĂźtre, est arrivĂ© dâAnatolie, et quâil a conquis lâEurope du Nord,
il a, comme chacun le sait, donné la SuÚde à son fils Yngvy, et le Danemark à son fils Skjöldr.
Câest pour cela que la lignĂ©e des rois de SuĂšde sâappelait les Ynglingar, et celle du Danemark les Skjöldungar.
Câest prĂ©cisĂ©ment Ă ce moment-lĂ , lorsque Wotan entreprit la conquĂȘte de lâEurope du Nord,
quâil confia Ă ses frĂšres Hoenir-VĂ© et Lóðurr-Vili tout le territoire dâAsgard â câest-Ă -dire le pays dâAnatolie qui tamponne aujourd’hui avec les turques.
Pendant que Wotan partait en conquĂȘte,
il emmena avec lui tous ses Ă©lĂšves, tous les prĂȘtres, tous les initiĂ©s, et une grande partie du peuple.
Il se dirigea vers ce quâon appelait GarðarĂki, « lâenclos souverain » â aujourdâhui Novgorod, en Russie.
De lĂ , il redescendit vers le sud, vers ce quâon appelait autrefois la Saxe, qui correspond aujourdâhui Ă une rĂ©gion dâAllemagne.
Sur son chemin, il conquit de nombreux royaumes, et laissa Ă chaque fois lâun de ses fils pour les gouverner.
Depuis la Saxe, Wotan remonta vers le Nord â
vers la rĂ©gion que lui avaient indiquĂ©e les oracles, car câest lĂ , selon les prophĂ©ties, quâil devait accomplir son devoir ultime.
Il sâĂ©tablit alors sur une Ăźle Ă laquelle il donna son nom : Ăðinsey (lâactuelle Odense, la ville consacrĂ©e Ă Ăðinn).
Câest lâĂźle de Wotan.
Aujourdâhui, on lâappelle lâĂźle de Fionie (Fyn),
dont la capitale est justement Odense.
Câest une Ăźle couverte de chĂąteaux, parcs, manoirs magnifiques â on lâappelle parfois le jardin du Nord.
Câest vraiment une Ăźle splendide.
En tant que wotaniste, il est indispensable dâavoir fait, au moins une fois dans sa vie, le pĂšlerinage jusquâau palais dâOdense.
Car Odense Ă©tait la capitale que Wotan avait choisie comme devant ĂȘtre la capitale de son empire, de ses terres sacrĂ©es.
à cette époque-là , Wotan envoya Gefjun en exploration vers le Nord-Est,
de lâautre cĂŽtĂ© du dĂ©troit, au-delĂ du Sund.
Câest lĂ que Gefjun rencontra Gylfi,
qui lui fit la promesse suivante :
« Je tâoffre autant de terres que tes quatre bĆufs pourront labourer en un seul jour. »
Un jour complet â
câest-Ă -dire : un jour et une nuit.
Alors Gefjun se rendit au Jǫtunheim,
oĂč elle conçut quatre fils dâun jötunn.
Elle les transforma en bĆufs,
les attela,
et ils labourĂšrent avec tant de puissance quâun morceau entier de terre fut arrachĂ© du royaume,
puis dĂ©riva vers lâouest,
traversant le détroit du Sund,
et vint sâĂ©tablir juste en face dâĂðinsey,
câest-Ă -dire de lâĂźle de Fionie.
Câest ainsi quâelle crĂ©a SĂŠlund,
ce que lâon appelle aujourdâhui lâĂźle de SjĂŠlland.
Câest pour cela quâon parle de Gefjun de SjĂŠlland â
car câest lĂ quâelle sâest installĂ©e,
câest lĂ quâelle a Ă©tabli sa demeure.
Plus tard, Skjǫldr, le fils de Wotan, prit Gefjun pour épouse.
Ils sâinstallĂšrent Ă Hleiðr (aujourdâhui Lejre).
Il y a encore lĂ -bas un lieu que Gefjun avait elle-mĂȘme façonnĂ©,
une terre quâelle avait prĂ©parĂ©e, ordonnĂ©e, Ă©difiĂ©e.
Et câest bien sur lâĂźle de SjĂŠlland que se trouve aujourdâhui Copenhague,
avec la fontaine de Gefjun au centre de la ville,
témoignage monumental de sa puissance fondatrice.
Donc, problĂšme :
Comment peut-elle ĂȘtre vierge dans ces conditions-lĂ ?
Mariée à Skjǫldr, et mÚre de quatre enfants conçus avec un jötunn ?
Câest paradoxal.
Et pourtant, câest bien ce que dit Wotan.
Du reste, lors du grand festin organisĂ© chez Ăgir, sur lâĂźle de HlĂ©sey,
quand Loki a fait Ă©clater le scandale â aprĂšs sâen ĂȘtre pris Ă Iðunn â
câest Gefjun qui est intervenue pour lui demander pourquoi il avait ce besoin de noircir lâatmosphĂšre, de pourrir lâambiance du banquet.
Et lĂ , Loki â dans sa langue venimeuse â a rĂ©pliquĂ© directement contre elle.
Il lâa accusĂ©e dâavoir acceptĂ© de coucher avec un tout jeune et trĂšs beau garçon blond, en Ă©change dâun collier.
Il a prĂ©cisĂ©, dans une parole typiquement lokienne, quâelle avait « serrĂ© ses jambes autour de lui ».
Autrement dit, de maniĂšre crue : dâavoir eu un rapport sexuel complet avec ce garçon.
Mais â et câest trĂšs important â Wotan est intervenu Ă ce moment-lĂ .
Il a rappelĂ© Ă Loki quâil Ă©tait fou dâoser insulter Gefjun,
car la colĂšre de Gefjun est redoutable.
Wotan a ajoutĂ© que Gefjun a autant de clairvoyance, de prescience, dâintelligence des choses que lui-mĂȘme.
Il a dit, mot pour mot :
« Elle voit autant que moi. »
« Autant que moi, elle est lucide. Autant que moi, elle connaßt les destins. »
Et cela, on le retrouve dans la Lokasenna, verset 21 :
Gefjun veit of örlög svå sem ek
â « Gefjun connaĂźt les destinĂ©es autant que moi. »
Dans la Gylfaginning, on parle trĂšs peu dâelle â mais ce silence mĂȘme est un signe de respect.
On dit simplement ceci :
Elle est vierge, et elle est servie par toutes celles qui meurent vierges.
Et pourtant, on voit bien que physiquement, elle ne peut pas ĂȘtre vierge,
puisquâelle a eu quatre fils avec un jötunn.
Câest pourquoi on en dĂ©duit gĂ©nĂ©ralement que le terme employĂ© ici â mĂŠr â ne renvoie pas Ă la virginitĂ© biologique, mais Ă une notion sacrĂ©e, archĂ©typale.

đ « mĂŠr » : vierge, mais pas comme on lâentend
Dans le texte, deux mots sont utilisés pour désigner « les vierges » :
â mĂŠr, et
â meyjar pour dĂ©signer les jeunes filles mortes sans union.
Le vrai singulier de meyjar est mey. Et dans le cas de Gefjun, le mot « mĂŠr1 » semble dĂ©signer le signe astrologique de la Vierge â âïž.
⊠Gefjun & lâArchĂ©type de la Vierge (âïž)
| Aspect de Gefjun | DĂ©tail mythique | Correspondance astrologique âïž |
|---|---|---|
| « mĂŠr » (vierge sacrĂ©e) | AppelĂ©e ainsi dans Gylfaginning | âïž = puretĂ© archĂ©typale, autonomie |
| Service funĂ©raire | Reçoit les Ăąmes des vierges mortes | âïž = service, mĂ©diation, passage |
| Labourage de SjĂŠlland | Elle transforme la nature brute en terre cultivable | âïž = Terre, travail ordonnĂ©, maĂźtrise de la fertilitĂ© |
| Connaissance des destins | Lokasenna v. 21 : « elle connaĂźt les destinĂ©es comme Ăðinn » | âïž = Mercure : discernement, perception intĂ©rieure |
| Non-sexualisĂ©e dans les Eddas | Son union avec SkjÇ«ldr est politique, fondatrice, non Ă©rotique | âïž = sublimation du dĂ©sir, retenue, devoir sacrĂ© |
âĄïž Tout ceci s’aligne trĂšs Ă©troitement avec lâarchĂ©type astrologique de la Vierge.
Câest cela qui explique la comparaison entre les types dâintelligence propres Ă la tribu spĂ©cifique des natifs de la Vierge â
comparaison que Wotan Ă©tablit entre lui-mĂȘme et Gefjun,
car lui-mĂȘme est natif de la Vierge.
Cela justifie le parallĂšle quâil trace :
Gefjun nâest pas vierge au plan physique â
elle a eu quatre enfants,
elle a été mariée à un roi,
elle est la bru de Wotan,
et en plus, il y a lâaffaire dĂ©licate rapportĂ©e par Loki.
Et câest lĂ que le problĂšme se pose,
car on sait que dans la Lokasenna, Loki ne ment pas.
Câest tout le paradoxe.
Loki ne ment pas : ce nâest pas dans son mode opĂ©ratoire.
Il montre les choses sous leur jour le plus négatif,
il prend les faits par le petit bout de la lorgnette,
et il les raconte de façon à les rendre compromettants.
Câest ça, le principe de Loki :
il ne fabrique pas un mensonge,
il exagÚre une vérité,
il saisit une faille dans lâapparence, et il la retourne contre celui ou celle qui lâexhibe.
Vous pouvez prendre tout ce quâil dit Ă HlĂ©sey,
lors du festin chez Ăgir,
et vous verrez : chaque chose quâil dĂ©nonce peut ĂȘtre renversĂ©e positivement.
Et câest prĂ©cisĂ©ment ce quâil nous est demandĂ© de faire, dans notre SĂðr,
chaque jour :
prendre ce que Loki détruit et le transmuter.
Mais Loki, lui, va toujours révéler le cÎté socialement nuisible.
Il attaque le maillage rouge,
la forme sociale, lâapparence, la rĂ©putation â
tout ce qui peut ĂȘtre atteint par la parole.
Il est le grand saccageur des forces rouges.
Il est celui qui abĂźme la parole,
qui compromet les formes sociales.
Et tout ce quâil peut compromettre, il le fait.
Donc, lâaffaire du collier, cette histoire de jeune homme blond et de jambes serrĂ©es,
câest une affaire taillĂ©e pour Loki.
Câest typiquement du « Loki Trash ».
Loki, câest le plus grand spĂ©cialiste des magazines People.
Et la Lokasenna, ce nâest que ça.
Ce nâest que ça :
la presse de caniveau divine.
La presse trash des dieux.
Ou alors â câest lâinverse.
Un miroir, Ă double fond.
Donc voilĂ .
Câest lâenfance de lâart, pour quelquâun qui travaille dans les mĂ©dias :
tourner un mĂȘme Ă©vĂ©nement de maniĂšre Ă ce quâil soit nĂ©gatif, soit extrĂȘmement valorisant, selon lâeffet dĂ©sirĂ©.
Tout cela montre que vous pouvez toujours manipuler les choses, les retourner dâun cĂŽtĂ© ou de lâautre, selon lâangle choisi.
Et câest prĂ©cisĂ©ment ça, lâessence du SĂðr :
voir lâambiguĂŻtĂ©, savoir oĂč couper, comment inverser, oĂč est le pouvoir dans lâimage,
et surtout â savoir sacrifier lâĆil.
Parce que le sacrifice de lâĆil, câest le sacrifice du regard naĂŻf, unilatĂ©ral, binaire.
Câest accepter de perdre la vision immĂ©diate, sociale, pour gagner la vision profonde, intĂ©rieure, clairvoyante.
Câest lĂ que se joue le vrai discernement â pas dans ce quâon voit, mais dans ce quâon choisit de voir, ou de dĂ©voiler.
Câest pour cela que MĂmir lui a imposĂ© ce sacrifice-lĂ (Ă Wotan).
Il faut absolument faire le sacrifice de lâĆil de Loki â
câest-Ă -dire lâĆil gauche, lâĆil du filtre de la raison.
Il faut sacrifier cela.
Mais enfin, une chose est certaine :
Gefjun ne peut pas ĂȘtre vierge physiquement.
Donc, il sâagit du signe.
RĂ©cemment, il avait Ă©tĂ© demandĂ© de donner le nom dâune Ăsynja native de la Vierge, pour le marrainage de l’enfant, dans le cas de Gefjun.
Il en avait Ă©tĂ© dĂ©duit que câĂ©tait pour une sainte convocation,
probablement pour un bod dâaccueil dâun nouveau-nĂ©.
Mais la chose n’est pas recommandĂ© dans le cas de Gefjun,
ayant le mĂȘme respect envers Gefjun qu’elle nous invite,
et surtout ce quâelle incarne.
Câest un personnage trĂšs, trĂšs fort,
et cela transparaĂźt clairement dans la deuxiĂšme partie du verset :
« Elle se fait servir par toutes celles qui meurent vierges. »
Câest une formule puissante.
Elle désigne généralement :
â les petites filles qui ne sont pas encore arrivĂ©es Ă la pubertĂ©,
â les jeunes filles non mariĂ©es,
â et toutes celles qui, en grandissant, nâont pas trouvĂ© de « chaussure Ă leur pied », comme on dit.
Autrement dit :
la femme qui demeure vierge non par choix sacrĂ©, mais parce quâelle a refusĂ© ou Ă©chouĂ© dans sa mission de femme â
celle-lĂ va au Helheim.
On le sait, on lâa vu souvent.
En revanche,
celle qui meurt vierge sans avoir pu faire autrement,
celle qui nâa pas eu la possibilitĂ©,
celle-lĂ devient servante de Gefjun.
Donc, pour un bod dâaccueil dâune petite fille,
je ne recommanderais pas de faire de Gefjun une marraine.
Mais aprÚs⊠chacun fait comme il veut.
En tout cas, oui, il est clair que Gefjun est native de la Vierge.
Le lien trÚs fort que Gefjun entretient avec tout ce que Wotan lui a confié,
et le fait quâil lâait explicitement comparĂ©e Ă lui-mĂȘme â
quâil ait dit, dans la Lokasenna,
« Elle est autant que moi » â
câest Ă©norme.
Câest un aveu de paritĂ© spirituelle.
Câest-Ă -dire : mĂȘme niveau de luciditĂ©, de prescience, de pouvoir visionnaire.
Et toute sa gestion des affaires â les bĆufs, la terre, le labour, le creusement, le dĂ©placement du sol â
tout cela renvoie au symbole fondamental de la charrue.
Le symbole de la charrue est central ici.
On parle de travail de forage, de pénétration de la matiÚre, de labourage du monde brut pour en tirer un ordre.
Ce sont les bĆufs â les enfants de Gefjun â qui tirent cette charrue.
Et câest tout un archĂ©type du fĂ©minin crĂ©ateur, actif, dĂ©miurgique.
Alors, question :
toute jeune fille qui sâattache Ă Gefjun court-elle le risque de mourir vierge ?
Et tout jeune homme court-il le risque dâĂȘtre transformĂ© spirituellement en bĆuf ?
Ce nâest pas trĂšs encourageant, du point de vue masculin, non.
Et lĂ , paradoxalement, lâanecdote de Loki, mĂȘme si elle est apportĂ©e de façon malveillante,
devient presque⊠plus engageante.
Elle propose une voie de dĂ©sir, de beautĂ©, de jeunesse charnelle â ce qui est, Ă sa maniĂšre, une offrande solaire.
Mais bonâŠ
Cela reste une lecture détournée.
Au fond, Gefjun, câest la Reine.
La Reine du Danemark.
Ce nâest pas rien.
Ce nâest vraiment pas rien.
Donc, non, il n’est pas recommandĂ© de faire un parrainage pour une petite fille, avec Gefjun.
Mais on voit bien que le symbole fondamental ici, câest celui de la charrue.
Et la charrue, prĂ©cisĂ©ment, câest le symbole ultime de la force rouge Ă lâĂ©quilibre.
Et oui â de la Stan.
Parce que lĂ , vous avez Gefjun,
vous avez la charrue tirĂ©e par les bĆufs,
et vous avez la pénétration ordonnée de la terre.
Vous avez la force blanche qui structure, qui pacifie, qui dompte la matiĂšre brute.
Et chez Gefjun, câest trĂšs clair :
- elle agence,
- elle réagence,
- elle remodĂšle,
- elle démiurgise,
- elle reformate le monde matériel,
au moyen de la force rouge domestiquée.

LĂ , vous avez la formule des trois forces Ă lâĂ©quilibre.
Et câest exactement la formule de la rune Ingwaz.
Le lien entre Gar (la lance sacrée, la volonté divine) et Stan (la pierre stable, la matiÚre ordonnée).
Câest le premier sentier dâYggdrasill.
Câest trĂšs, trĂšs, trĂšs haut.
Câest extrĂȘmement haut.
Vous avez Gar,
vous avez Stan,
et ce qui les relie,
câest la goutte de rosĂ©e dâIngwaz.
On voit bien que nous sommes ici Ă des niveaux tout Ă fait exceptionnels,
et que Wotan est de trĂšs bon conseil.
Il y a notamment un Råðumk (un avertissement, un conseil solennel) dâune importance cruciale,
quand Wotan sâadresse Ă Loki,
câest-Ă -dire Ă la personne sous contrĂŽle Ă©gotique,
et lui dit de ne pas jouer avec cette Ăsynja-lĂ .
Il ne faut pas badiner avec Gefjun.
Et pourtant â si lâon regarde attentivement â
le nom Gefjun signifie littéralement :
« Celle qui donne »,
« Le don »,
« Le cadeau ».
Elle est donc entiĂšrement inscrite dans lâarchĂ©type de Cweorth.
Le 4e royaume, c’est-Ă -dire Manheim.
Cweorth, câest le don sacrificiel,
câest le feu terminal et rĂ©gĂ©nĂ©rateur.
Et plus profondément encore :
elle incarne le principe de fertilitĂ© propre au signe de la Vierge â
non pas la fertilité brute, chaotique, mais la fécondité ordonnée, intérieure, potentielle.
Le principe de la Vierge, câest quâelle contient tous les possibles.
Elle est le champ des formes en puissance.
Il y a donc dans Gefjun un aspect Ă©minemment Cweorth â
mais aussi une structure runique trÚs précise :
Le sentier 20 de la rune Isa,
celui qui relie Cweorth Ă Ior,
est le sentier de la Vierge.
Il relie :
- Cweorth, situĂ© sur lâĂ©paule gauche,
- Ă Ior, situĂ© sur le cĆur.
Et câest lĂ que tout sâĂ©claire.
Ce sentier de la Vierge, câest Gefjun.
Câest pourquoi Wotan dit de ne pas jouer avec elle :
elle est Ă son niveau,
au mĂȘme niveau de perspicacitĂ©,
de vision, de préscience.
PrĂ©science, câest-Ă -dire :
â intelligence du cĆur,
â capacitĂ© Ă voir Ă lâintĂ©rieur des choses,
â pĂ©nĂ©tration lucide du rĂ©el.
On y retrouve le principe de la charrue,
le soc qui ouvre la terre,
creuse la matiĂšre pour y faire passer lâordre divin.
Elle est clairement Ă son niveau.
Cela se voit dans :
â les travaux que Wotan lui a confiĂ©s,
â et le fait quâil lui ait donnĂ© pour Ă©poux son propre fils,
le roi du Danemark.
Elle est donc Reine du Danemark.
Ce nâest pas rien.
(Sachant que la femme de Joachim de Danemark, aujourdâhui, est française :
Marie Cavallier, devenue princesse de Danemark â)
On voit clairement que les travaux que Wotan a confiĂ©s Ă Gefjun sont des travaux dâagencement du monde phĂ©nomĂ©nal â
dâagencement de la Terre.
Ce sont des rapprochements extraordinaires,
des actes de démiurgie organisée.
Donc, au plan karmique, on comprend que toutes les filles qui meurent vierges â
et jâinsiste ici : celles qui, bien quâayant cherchĂ©, nâont pas trouvĂ© chaussure Ă leur pied,
ou celles que les dieux ont prĂ©servĂ©es (ou privĂ©es) dâun mariage parce quâelles sont mortes trop jeunes â
toutes celles-lĂ deviennent servantes de Gefjun.
Et cela fait beaucoup de monde, quand mĂȘme.
Lâinfluence de Gefjun est colossale.
Câest lâinfluence de Cweorth sur le cĆur.
Câest lâinfluence du feu sacrificiel terminal sur le centre Ă©motionnel.
Mais cette influence-lĂ passe par le sentier dâIsa.
Et Isa, câest la rune.
La premiĂšre rune dans lâordre de la crĂ©ation.
Câest la premiĂšre forme,
le trait,
la ligne droite,
la structure de base.
Câest la rune sĂ©minale,
celle qui contient la semence de toutes les autres,
et donc : de tous les phénomÚnes.

Ainsi, en Isa, on retrouve le principe du labour,
lâagencement du monde,
et le mystĂšre de la Vierge :
celle qui porte en elle tous les possibles, mais ne les a pas encore actualisés.
Gefjun, câest cela :
la Vierge primordiale,
la puissance qui structure,
la Reine qui crée le royaume,
et la mĂšre cosmique de lâordre terrestre.
Donc oui, ça, câest du Sunniva encore.
En pratique, le grand enseignement du jour, câest :
On ne badine pas avec la Reine du Danemark.
On ne badine pas avec la Princesse du CĆur.
Il faut faire attention.
Et voilĂ .
Par le mérite de Gefjun de Seeland,
Gefjun de Danemark,
puissent cette journĂ©e ĂȘtre excellente,
et que des bonnes nouvelles vous soient donnĂ©es aujourdâhui.
đČ MĂmameiðr te salue depuis lâombre dâYggdrasill.
- Il pourrait aussi dĂ©signer jeune femme noble â©ïž
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