
Comme l’ont enseignĂ© nos sages, l’Edda ne peut se dĂ©cortiquer qu’en la contemplant Ă travers Yggdrasil, l’Arbre de Vie. C’est par ce prisme que sa lumiĂšre se rĂ©vĂšle, et les rĂȘves, les visions et les rĂ©flexions quâelle engendre prennent leur vĂ©ritable sens. Comme il est dĂ©clamĂ© :
Je suis suspendu, mais mon esprit veille.
20.
Quels sont ces rĂȘves, dit Ăðinn,
je pensais me lever avant lâaube,
afin de préparer la Valhöll
pour le peuple des tués au combat,
je nâai pas rĂ©veillĂ© les Einherjar,
je me suis levé,
pour faire couvrir les bancs de paille,
vidanger les tonneaux de biĂšre,
et pour que les valkyries portent du vin,
comme si un prince venait.
Il ne fait aucun doute que la CrĂ©ation â câest-Ă -dire tous les mondes dâYggdrasil â est un instrument au service de GimlĂ©, lĂ oĂč rĂ©side la lumiĂšre divine la plus pure. Par rapport Ă GimlĂ©, cette CrĂ©ation apparaĂźt comme une succession de « vĂȘtements profanes » ou « d’Ă©corces », chaque monde formant une couche dâĂ©loignement ou de proximitĂ© avec le divin. Yggdrasil, en ce sens, se revĂȘt de dix mondes.
Ainsi, le nom âEddaâ nâest pas un hasard : elle est la âgrand-mĂšreâ de toute connaissance et la base solide de ce qui doit ĂȘtre rĂ©vĂ©lĂ©. Elle est la premiĂšre Ă©corce, le point dâentrĂ©e. La progression spirituelle suit ce schĂ©ma : de la noirceur enveloppant le rouge, qui Ă son tour contient le blanc le plus pur. Chacun commence comme un consommateur du monde, attirĂ© par lâambition matĂ©rielle, Ă lâimage de Bestla, axĂ© sur lâaccumulation et le statut. Mais mĂȘme parmi ceux qui possĂšdent lâopulence, la question demeure : ĂȘtes-vous un simple matĂ©rialiste ou un vĂ©ritable descendant des Ăsir ? La rĂ©ponse Ă cette question dĂ©termine la voie.
Les couches d’Ă©corces dâYggdrasil filtrent ainsi les Ăąmes pures et justes, celles qui pourront atteindre GimlĂ©. Mais si lâharmonie est brisĂ©e, si le dĂ©sĂ©quilibre triomphe et que lâon descend trop profondĂ©ment dans la matiĂšre, alors Surtr, le destructeur, viendra dĂ©vorer par le feu les royaumes impurs, laissant GimlĂ© prĂ©servĂ© pour les Ăąmes dignes. Mais cela implique toujours que le loup doit ĂȘtre vaincu, afin quâil ne dĂ©vore pas le monde.
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