Histoire cochonne

Tout comme la Chine , nous sommes une « civilisation du cochon » . Depuis la plus haute antiquitĂ© , depuis la rĂ©volution agricole du nĂ©olithique , c’est l’élevage du porc qui a modelĂ© nos paysages et notre systĂšme agronomique . Ceci a eu , et a encore , des consĂ©quences incalculables .

En France , comme dans tous les pays d’Europe de l’ Ouest , il n’ y a pas un kilomĂštre carrĂ© qui n’ait Ă©tĂ© modifiĂ© par l’homme ( sauf la haute montagne ) , en particulier par son activitĂ© agricole ou annexes Ă  l’agriculture proprement dite : sylviculture landaise , assĂ©chement de zones marĂ©cageuses entreprise par les ordres monastiques , construction des restanques des collines mĂ©diterranĂ©ennes , sapiniĂšres alpines , peupleraies de plaines humides , prairies d’altitudes , conchyliculture des estuaires 
 La liste est interminable.

La quasi totalitĂ© du territoire a Ă©tĂ© mise en oeuvre Ă  des fin agricoles ou para-agricoles . C’est cette exploitation intense et rationnelle (qui finira par ĂȘtre thĂ©orisĂ©e par les premiers agronomes comme Olivier de Serres ) qui a permis Ă  notre Pays de nourrir sa population historique . Et qui a fait que notre terre n’a jamais Ă©tĂ© ingrate envers ses enfants et ne fĂ»t jamais une terre d’émigration de masse , Ă  la diffĂ©rence de l’ Espagne , de l’ Italie , ou de la Grande Bretagne .

Indirectement , cela explique aussi pourquoi nous n’avons pas eu de colonies de peuplement ( Ă  l’exception dans une certaine mesure de l ‘AlgĂ©rie, encore qu ‘elle fĂ»t largement peuplĂ©e d’ EuropĂ©ens non français de souche , Maltais ,Italiens , Espagnols et d’Alsaciens germanophones , suite au dĂ©sastre de 70 ) et du QuĂ©bec.

Cette prĂ©pondĂ©rance de l’agriculture dans notre destin national et notre dĂ©mographie , nous la devons au porc . C’est l’élevage du cochon domestique qui a permis Ă  de toutes petites unitĂ©s agricoles familiales, y compris des paysans sans terres , de subsister Ă  l’annĂ©e , lĂ  oĂč les ovins demandent un vaste espace et des pratiques nomades ou semi-nomades ( transhumance). Quant aux bovins , signe de prospĂ©ritĂ© , ils n’ont jamais Ă©tĂ© Ă©levĂ©s pour la viande ( c’est trĂšs rĂ©cent ) , mais pour leur force de traction et pourle lait et ils demandent de l’espace .

Les protĂ©ines animales essentielles sont donc fournies et CONSERVEES en France depuis la nuit des temps par le porc (charcuterie = chair cuite) , le porc se prĂȘtant particuliĂšrement bien Ă  la conservation par divers procĂ©dĂ©s de salaisons ou de fumage assurant une rĂ©serve Ă©conomique hivernale .

La question de la conservation et du transport des protĂ©ines animales a toujours Ă©tĂ© cruciale pour les civilisations notamment expansionnistes . L’ Empire Romain l’avait rĂ©solue par le garum , L’Espagne et le Portugal , puissances atlantiques de la Renaissance par la morue , l’ Europe du Nord par le hareng , la France et sa Marine par les salaisons . Encore aujourd’hui on mange aux Antilles beaucoup plus salĂ© qu’en mĂ©tropole , et le goĂ»t pour le porc salĂ© rouge du temps de la Marine Ă  voile est restĂ© .

L’impact Ă©conomique du cochon dans notre histoire est majeur. Et l’on constate que , lĂ  oĂč l’ Islam a interdit l’élevage du porc pour le remplacer par les ovins , la forĂȘt Ă  disparu et le nomadisme partiel ou total s’est imposĂ© .

Il n’est pas excessif de mettre sur le compte des ovins la quasi disparition de la forĂȘt mĂ©diterranĂ©enne en zone musulmane , avec les consĂ©quences Ă©conomiques et Ă©cologiques qui en dĂ©coulent . Le Sahel lui mĂȘme n’ a pas d’autres causes (sinon climatiques Ă©videmment) . Nous avons su en France cantonner les ovins aux landes , aux montagnes et aux terres pauvres , Ă©vitant une catastrophe Ă©cologique globale . Le cochon a participĂ© Ă  l’exception malthusienne française.

La chÚvre et le mouton sont des fléaux qui avancent avec le désert .

Deux illustrations :

  • La Corse possĂšde des milliers de cochons semi-sauvages qui se nourrissent sous le couvert forestier. Elle a conservĂ© ses forĂȘts .
  • L’Irlande Ă©tait forestiĂšre et nourrissait les Irlandais , jusqu’au jour oĂč ses propriĂ©taires (((Anglais))) dĂ©cidĂšrent d’exproprier les paysans pour implanter l’élevage intensif des moutons pour la laine . Cette laine servait d’ailleurs Ă  fabriquer les uniformes que les mĂȘmes Irlandais enrĂŽlĂ©s dans l’ ArmĂ©e Ă©taient conduits par la misĂšre et la spoliation Ă  enfiler pour aller se faire tuer sur les lointains champs de bataille de l’Empire du luminaire Benjamin Disraeli .

La boucle étant ainsi bouclée .

On voit donc Ă  quel point le porc est une part identitaire capitale de notre Histoire . Les menaces qui pĂšsent sur sa consommation tĂ©moignent bien de la montĂ©e d’une autre civilisation , totalement Ă©trangĂšre et mĂȘme antinomique , sans passĂ© ni futur commun , une vĂ©ritable nĂ©gation de ce que nous sommes ontologiquement , menĂ©e par des gens qui sont ce qu’ils sont parce que justement ils ne sont pas ce que nous sommes , le produit d’une Histoire particuliĂšre.

La fin du porc serait la rupture d’un ordre cosmique bien plus que symbolique , le dernier paragraphe de dix millĂ©naires et plus du roman d’un Peuple sur sa terre . Elle serait ce que la fin du bison a Ă©tĂ© pour les Indiens des Plaines , la fin d’un monde.

Source : https://fathermackenzie.wordpress.com/2013/09/28/histoire-cochonne/

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